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Culture - Court Métrage

« Baadarane », une vision poétique et authentique du cinéma libanais

Dans un village druze isolé du Mont-Liban, un garçon de huit ans sombre dans la rébellion après la mort de sa mère, défiant Dieu, la tradition et le silence du divin.

« Baadarane », une vision poétique et authentique du cinéma libanais

Dans un paysage enneigé, le mystère de la foi et de la rébellion. Photo fournie par Nadim Chammas

« Il nous a fallu neuf mois pour écrire ces quinze minutes », confie à L’Orient-Le Jour Nadim Chammas, coscénariste avec Samah el-Kadi de Baadarane, un petit bijou cinématographique qui fait, avec succès, la tournée des festivals internationaux. Sélectionné par le Vancouver International Film Festival (VIFF), le Bakou Film Festival, le FrontDoc d’Aoste, le Hayah International Short Film Festival (Panama) ainsi que le Mexico Shorts, dont il a remporté le prix du meilleur court-métrage international de fiction, il vient d’être projeté « en compétition officielle » au festival Beirut Shorts, qui se tient du 4 au 7 novembre au cinéma Metropolis*.

Samah al-Kadi et Nadim Chammas, respectivement réalisateur et co-scéraistes de Baadarane avec le jeune acteur Karim Hani. Photo fournie par Nadim Chammas
Samah al-Kadi et Nadim Chammas, respectivement réalisateur et co-scéraistes de Baadarane avec le jeune acteur Karim Hani. Photo fournie par Nadim Chammas

Inspiré d’une histoire vraie, celle d’un petit garçon d’un village du Chouf qui a perdu sa mère dans des circonstances tragiques, il met en images le bouleversement intérieur d’un enfant d’une dizaine d’années subitement confronté à la mort et aux interrogations métaphysiques qui en découlent.

À travers le personnage d’un petit druze de la montagne qui se rebelle contre Dieu et son éternel silence, Baadarane plonge le spectateur dans un univers émotionnel troublant qui le renvoie à ses propres questionnements sur l’existence du divin, le sens de la vie, les superstitions, les croyances et la fatalité.

Défoncer des poulaillers, libérer l’âne du voisin

L’exploration de ces thématiques est au centre de cette fiction se déroulant dans des paysages enneigés, dépouillés, suggérant une atmosphère contemplative empreinte de mystère. Soutenue par de simples sons et bruitages naturels, la trame dramatique évolue au fil de l’interprétation d’une intensité remarquable du jeune Karim Hani, tout juste âgé de 8 ans à l’époque du tournage. Avec des dialogues rares, son jeu tout en tension rend palpable la douleur de son personnage à travers ses gestes, ses regards, jusqu’à ses silences.

Le jeune garcon roulant à vélo à tombeau ouvert sur la neige. Photo fournie par Nadim Chammas
Le jeune garcon roulant à vélo à tombeau ouvert sur la neige. Photo fournie par Nadim Chammas

Après avoir hurlé au ciel, en vain, sa quête d’une explication, le petit orphelin va ainsi défier l’autorité de cet être invisible et tout-puissant qui lui a ravi sa mère. Ce Dieu, omniprésent, à la volonté duquel se remettent constamment les membres de sa communauté, il va le provoquer en défonçant des poulaillers la nuit, en tentant de libérer l’âne du voisin, en roulant à tombeau ouvert à vélo sur les routes enneigées… Sa frustration grandissante face à son éternel silence va le pousser à des actions anarchiques de plus en plus violentes qui bousculent l’harmonie paisible de son village.

L’esthétisme onirique du noir et blanc

Dérivée d’un long-métrage auquel étaient attelés depuis 5 ans Samah el-Kadi et Nadim Chammas, cette petite œuvre de fiction « est née en cours de route, durant la période suspendue du Covid, un peu dans un esprit de projet pilote qui donnerait aux producteurs une idée de notre langage artistique », indique Chammas. 

L’affiche du film. Photo fournie par Nadim Chammas
L’affiche du film. Photo fournie par Nadim Chammas

Après un début d’autoproduction, le court-métrage trouvera rapidement des producteurs libano-américains (Cinephilia Productions, Router 243 et Film House), séduits par « la vision poétique qu’il donne du cinéma contemporain libanais ».

Entièrement tourné en noir et blanc, dans un parti pris esthétique en adéquation avec l’approche onirique voulue par le réalisateur Samah el-Kadi, les images contemplatives et d’une grâce subtile de Baadarane sont signées par deux directeurs photo espagnols, Marcel Pascual et Lluis Ferrer – « qui ont tellement aimé l’idée qu’ils nous ont offert leur collaboration gracieusement », signale Nadim Chammas.

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Des non-acteurs pour une vision authentique

« Ayant grandi dans la religion druze, j’ai longtemps cru que mes questions sur la foi étaient un acte de rébellion. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que ces questions étaient au cœur même de la tradition druze, une foi fondée sur le questionnement, le mystère et le refus de prétendre détenir la vérité absolue », déclare le réalisateur. Lequel tenait à tourner Baadarane « avec des non-acteurs dans un véritable village druze du Mont-Liban, pendant les mois les plus rigoureux de l’année, pour rendre hommage et refléter ce monde tel que je le vois, brut, mystique et réel. Je recherchais la présence, l’authenticité et une vision mythique de cette communauté ancienne. Une vérité qui n’explique pas mais invite. Qui ne répond pas mais questionne à tout prix ».

Une image prise lors du tournage au Chouf. Photo fournie par Nadim Chammas
Une image prise lors du tournage au Chouf. Photo fournie par Nadim Chammas

Écrit par un druze et un chrétien, ce film qui sonde la foi, la spiritualité, la question de Dieu, à travers le prisme de l’innocence d’un enfant, porte en réalité, au-delà de sa spécificité libanaise, l’écho d’un questionnement profond à la résonance universelle.  

À signaler que sa suite est désormais acquise. Le long-métrage initial du duo Samah el-Kadi et Nadim Chammas est en cours de production par Cinephilia Production, basé à New York, et sera tourné au Liban en 2026. 

*Du 4 au 7 novembre au Metropolis.  

« Il nous a fallu neuf mois pour écrire ces quinze minutes », confie à L’Orient-Le Jour Nadim Chammas, coscénariste avec Samah el-Kadi de Baadarane, un petit bijou cinématographique qui fait, avec succès, la tournée des festivals internationaux. Sélectionné par le Vancouver International Film Festival (VIFF), le Bakou Film Festival, le FrontDoc d’Aoste, le Hayah International Short Film Festival (Panama) ainsi que le Mexico Shorts, dont il a remporté le prix du meilleur court-métrage international de fiction, il vient d’être projeté « en compétition officielle » au festival Beirut Shorts, qui se tient du 4 au 7 novembre au cinéma Metropolis*.Samah al-Kadi et Nadim Chammas, respectivement réalisateur et co-scéraistes de Baadarane avec le jeune acteur Karim Hani. Photo fournie par Nadim Chammas...
commentaires (1)

Jai hate de voir ce film...Baadaran, village de ma mere, que je visitai beaucoups avec mon grand pere....un lieu paisible que je visite encore aujourd'hui... A noter aussi, cest le lieu d origine des Joumblatts...

Jack Gardner

11 h 09, le 06 novembre 2025

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Commentaires (1)

  • Jai hate de voir ce film...Baadaran, village de ma mere, que je visitai beaucoups avec mon grand pere....un lieu paisible que je visite encore aujourd'hui... A noter aussi, cest le lieu d origine des Joumblatts...

    Jack Gardner

    11 h 09, le 06 novembre 2025

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