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Culture - Entretien

« Penser la recherche autrement » : Aswat, le cinéma comme terrain d’enquête

Co-organisé par l’Institut français du Proche-Orient et L’Institut de recherche pour le développement en mediterranée, le festival, dont la 3ᵉ édition se tiendra à Beyrouth du 6 au 8 novembre, explore les liens entre cinéma et sciences sociales à travers projections, ateliers et débats.

« Penser la recherche autrement » : Aswat, le cinéma comme terrain d’enquête

L'affiche du festival « Aswat » organisé par l’Institut français du Proche-Orient. Photo fournie par l'IFPO

À Beyrouth, le festival Aswat, arrivé à sa 3ᵉ édition, s’impose peu à peu comme un rendez-vous singulier entre le monde de la recherche et celui de la création. Son nom, Aswat, « voix » en arabe, résume son ambition : faire entendre des formes de savoir multiples, sensibles et incarnées, issues des sciences sociales mais exprimées à travers le cinéma. Organisé par l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) et ses partenaires, le festival réunit chaque année chercheuses et chercheurs, cinéastes et public passionné par les sciences sociales, autour d’une question centrale : comment raconter autrement le réel ? Comment penser la recherche au-delà du texte académique, à travers des écritures visuelles et sonores capables de restituer la complexité du monde arabe contemporain ?

Pour sa prochaine édition, prévue du 6 au 8 novembre à Beyrouth, Aswat proposera projections, ateliers et débats autour de ces « écritures scientifiques alternatives ». Il offre l’opportunité à tout curieux de plonger en images, en l’espace de trois jours, pour (re)découvrir – du Machrek au Maghreb – les acteurs incontournables et les soubresauts politiques et sociaux qui traversent le monde arabe contemporain. Sa cofondatrice, Taos Babour, ingénieure de recherche au Centre national de la recherche (CNRS), nous révèle la programmation de cette nouvelle édition.

Comment est né le festival Aswat ?

Il est né en 2022, de l’envie de créer un espace de rencontres, de formation et de réflexion pour les écritures scientifiques créatives. À l’IFPO (Institut français du Proche-Orient) et à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), deux centres de recherche implantés au Liban et dans la région, de nombreux chercheurs et doctorants en sciences humaines et sociales exprimaient la volonté d’intégrer de nouvelles pratiques plus créatives dans l’écriture de leur recherche. Ces écritures dites « alternatives » ne se substituent pas à l’écriture académique, mais permettent de l’enrichir, d’apporter des regards et des formes d’expression différentes et complémentaires. Elles permettent de renouveler des questions épistémologiques et éthiques au cœur du travail de recherche et d’envisager la production des savoirs au-delà de la sphère académique. Néanmoins, elles demandent des compétences encore peu enseignées dans les filières de SHS, et davantage maîtrisées par les artistes, étudiants ou professionnels de la création.

Pourquoi le choix de Beyrouth ?

Beyrouth est un pôle de création très dynamique. Notre idée initiale était de croiser les regards portés sur le monde, du point de vue des sciences sociales et de celui de la création. L’Iesav-USJ et l’ALBA ont ainsi été des partenaires incontournables dès la première édition. Par ailleurs, de nombreux chercheurs et artistes libanais pratiquent déjà les écritures scientifiques créatives. La production du savoir ne se limite pas ici au milieu universitaire : elle se déploie aussi au sein d’associations et de collectifs. Il nous semblait donc que ce festival trouverait naturellement son public dans cette ville.

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Que pouvez-vous en dire aujourd’hui, à la 3ᵉ édition ?

Aswat est une belle aventure collective, enrichie au fil des éditions grâce à des partenariats solides et une équipe qui s’est agrandie, donnant chaque fois davantage de sens à l’événement. Lors de la deuxième édition, nous avions ouvert la programmation aux films réalisés par les étudiants du cours de documentaire de l’ALBA-UOB sous la direction de Danielle Davie, ainsi qu’à ceux du cours « Cinéma, archives et mémoires » de Ghada Sayegh à l’Iesav (Institut d’études scéniques, audiovisuelles et cinématographiques). La formule ayant rencontré un franc succès, une nouvelle génération d’étudiants de ces deux écoles participe cette année encore au festival.

Cette année, l’ambition était double : proposer davantage d’ateliers pour explorer de nouvelles écritures créatives et offrir au public une programmation cohérente avec ces démarches. Trois ateliers ont ainsi été organisés : un atelier d’écriture filmique et sonore animé par Anna Roussillon, Danielle Davie et Rayya Badran ; un atelier de cartographie critique et sensible dirigé par Monica Basbous, en partenariat avec le Beirut Urban Lab avec Sahar Saeidnia, Mariangela Gasparotto et Ahmad Gharbieh ; un atelier d’initiation à l’anthropologie visuelle et sonore, animé par Michel Tabet, Nicolas Puig et Loubna Tarabay, en collaboration avec l’Université libanaise. Le premier atelier est accueilli à la Cinémathèque Beyrouth, tandis que les deux autres se déroulent au cinéma Royal et dans le quartier de Bourj Hammoud.

Outre cette ouverture à de multiples formes d’écriture, nous souhaitions proposer une programmation reflétant nos questionnements sur les modes de production des savoirs et répondant aux thématiques abordées en atelier. Anaïs Farine a brillamment relevé ce défi en proposant cinq séances articulées autour de ces enjeux, ainsi qu’une présentation des travaux des étudiants de l’Iesav le 8 novembre.

Aswat est aussi un lieu de rencontre. Quel est votre public ?

L’objectif est de toucher le public le plus large possible et de favoriser les échanges. Les ateliers de formation s’adressent particulièrement aux étudiants en cinéma et/ou en sciences sociales ainsi qu’aux producteurs de savoir au sens large : chercheurs, réalisateurs, artistes, architectes, graphistes… Ce qui importe ici, c’est la manière d’interroger le monde.

Les projections, qui auront lieu à la Fondation arabe pour l’image (centre Aresco, Sanayeh) le 5 novembre puis au cinéma Royal du 6 au 8 novembre, sont ouvertes à toutes et tous, en entrée libre, dans la limite des places disponibles.

Parlez-nous de la programmation. Thématiques, ligne politique, critères ?

Cette année, une large partie de la programmation s’articule autour de la conviction que l’écriture par l’image et le son peut subvertir la production de savoir hégémonique de deux manières : en se concentrant sur des groupes marginalisés et en mobilisant des méthodologies sensorielles comme outils critiques d’invisibilisation.

Ainsi, les historiographies féministes – tant du point de vue de leurs objets que des récits alternatifs proposés – sont au cœur de la séance d’ouverture à la Fondation arabe pour l’image. L’écriture collective et anticoloniale autour de la lutte environnementale d’une communauté berbère du Maroc s’inspire de la poésie amazighe dans Amussu de Nadir Bouhmouch. Les ciné-cartographies, notamment les géographies subjectives de Palestine proposées par trois courts-métrages liés à l’atelier de Monica Basbous, détournent l’usage classique et dominant de la cartographie.

La sélection a été élaborée en dialogue entre plusieurs chercheurs de l’IFPO et Anaïs Farine, chercheuse en études cinématographiques et programmatrice. Nos échanges entre anthropologues, archéologues et spécialiste du cinéma ont donné lieu à des débats féconds, qui nourriront l’animation des séances du festival. Toutes les projections s’accompagnent de rencontres avec des cinéastes, chercheurs(euses) et militants(es).

Le programme s’articule autour de gestes de recherche : découvrir, fictionner, tracer, sentir, participer, transmettre, creuser, expérimenter, collecter, tendre l’oreille. Il s’agit de rappeler que la recherche est une pratique vivante, mobilisant nos corps, nos sens et nos imaginaires –des gestes partagés par chercheurs, cinéastes et spectateurs.

Renseignements sur : Ifporient.org

À Beyrouth, le festival Aswat, arrivé à sa 3ᵉ édition, s’impose peu à peu comme un rendez-vous singulier entre le monde de la recherche et celui de la création. Son nom, Aswat, « voix » en arabe, résume son ambition : faire entendre des formes de savoir multiples, sensibles et incarnées, issues des sciences sociales mais exprimées à travers le cinéma. Organisé par l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) et ses partenaires, le festival réunit chaque année chercheuses et chercheurs, cinéastes et public passionné par les sciences sociales, autour d’une question centrale : comment raconter autrement le réel ? Comment penser la recherche au-delà du texte académique, à travers des écritures visuelles et sonores capables de restituer la complexité du monde arabe contemporain ?Pour sa prochaine édition,...
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