L’émissaire américain Tom Barrack au Liban, en août 2025. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Alors qu'il est attendu à Beyrouth dans les prochaines heures, l'émissaire américain Tom Barrack aurait averti le Liban qu'il bénéficiait d'une « dernière chance » pour lancer des négociations directes avec l'Etat hébreu, selon un article publié lundi par le quotidien pro-Hezbollah al-Akhbar, qui cite des « sources bien informées à Beyrouth ». Des propos qui interviennent alors qu'une nouvelle offensive israélienne au Liban est de plus en plus évoquée si l'Etat libanais n'arrive pas à imposer le monopole des armes dans le pays, comme l'avait déjà laissé entendre l'émissaire dans un long message publié le 20 octobre.
« Ce sera ma dernière visite au Liban », aurait déclaré M. Barrack, qui devrait bientôt céder le dossier libanais à Michel Issa, le nouvel ambassadeur américain au Liban. Celui-ci a officiellement reçu ses lettres de créance en tant qu’ambassadeur des États-Unis au Liban et qui devrait arriver à Beyrouth à la fin du mois. « Le président, le Premier ministre et le président du Parlement ont une dernière chance. Soit ils tirent les leçons du passé et décident d'entamer des négociations directes avec Israël sous l'égide des États-Unis afin d'établir un calendrier et un mécanisme pour le désarmement du Hezbollah, soit le Liban sera abandonné à son sort, et il le restera longtemps, et personne ne s'en souciera, ni aux États-Unis ni dans la région, et personne ne sera en mesure de faire pression sur Israël pour l'empêcher de faire tout ce qu'il juge approprié pour procéder au désarmement par la force », aurait-il encore dit. Al-Akhbar indique par ailleurs que cette mission, durant laquelle M. Barrack devrait rencontrer le chef de l'Etat, le Premier ministre, le président du Parlement et le chef de l'armée, « pourrait être sa dernière si le Liban refuse d'accepter la médiation américaine pour gérer un accord direct avec Israël ».
Le président Joseph Aoun avait estimé, à la mi-septembre, que « des négociations avec Israël s'imposent dans la dynamique de règlement de crise » dans la région, tandis que Washington continue de faire pression sur Beyrouth pour engager des pourparlers directs avec Tel-Aviv. Les propos de M. Aoun avaient fait réagir plusieurs personnalités proches du Hezbollah, certaines affirmant que « toute négociation directe ferait exploser le pays », d’autres dénonçant une tentative de « soumission politique » déguisée sous le slogan de la paix.
Attention au « chaos »
Habitué des déclarations polémiques, Tom Barrack avait déjà lancé un ultimatum similaire il y a une dizaine de jours, insistant sur l'importance du désarmement du Hezbollah et mettant en garde, si le parti chiite ne rend pas les armes, contre une nouvelle offensive israélienne et un report des législatives de mai 2026 sur impulsion du parti jaune, qui mènerait le pays au « chaos ». Dans son message, M. Barrack avait insisté sur le désarmement du Hezbollah et le lancement de « discussions sécuritaires et sur la frontière avec Israël », après « l'échec » de l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024. Il avait attribué cet échec au fait qu'aucun « accord direct » n'a été conclu entre Israël et le Hezbollah, ce qui empêche la création d'un « réel mécanisme d'application » des modalités, alors qu'Israël continue de frapper quotidiennement le Liban-Sud et d'occuper au moins six positions en territoire libanais.
Mardi, des réunions diplomatiques se sont succédé à Baabda, au Grand Sérail et à Aïn el-Tiné, sur la question des négociations avec Israël et de l'arrêt des attaques visant le Liban, avec les visites parallèles de l'émissaire américaine Morgan Ortagus et du chef des services de renseignement égyptiens, Hassan Rachad, qui a eu un rôle prépondérant dans les pourparlers sur l'accord de trêve à Gaza. Cette journée diplomatique particulièrement chargée s'était déroulée alors que les frappes israéliennes s'étaient intensifiées entre jeudi et lundi derniers au Liban-Sud et dans la Békaa. Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a néanmoins affirmé dimanche que son parti ne comptait pas déclencher de « batailles » contre l’État hébreu, afin d'éviter de lui donner des « prétextes » pour lancer une nouvelle guerre ouverte.
C'est dans ce contexte que Morgan Ortagus participe mercredi à une réunion du comité de surveillance de l'application des modalités de l'accord de trêve, au siège de la Force intérimaire de l'ONU à Ras Naqoura, le long de la frontière avec Israël. L'émissaire avait proposé, dans une tournée auprès des responsables libanais mardi, quelques formules possibles pour les négociations avec Tel-Aviv.


« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin