Le président libanais Joseph Aoun recevant l'émissaire américaine Morgan Ortagus, le 28 octobre 2025 à Baabda. Photo présidence
Les réunions se sont succédé ces dernières heures à Baabda, au Grand Sérail et à Aïn el-Tiné, sur la question des négociations avec Israël et de l'arrêt des attaques visant le Liban, avec les visites parallèles de l'émissaire américaine Morgan Ortagus et du chef des services de renseignement égyptiens, Hassan Rachad, qui a eu un rôle prépondérant dans les pourparlers sur l'accord de trêve à Gaza.
La diplomate américaine, qui était en Israël le week-end dernier, s'est dans ce cadre entretenue à midi avec le président de la République Joseph Aoun à Baabda, avant de quitter le palais sans s'adresser à la presse. La présidence a fait savoir que le chef de l’État avait mis l'accent pendant leur réunion sur « l'importance de renforcer le travail du comité de supervision du cessez-le-feu », notamment en ce qui concerne la cessation des hostilités au Liban et l'application de la résolution 1701 au Liban-Sud, ciblé quasiment tous les jours par des frappes israéliennes, « afin de permettre à l'armée de poursuivre son déploiement jusqu'aux frontières ». La résolution 1701 de l'ONU, qui sert de cadre à l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, prévoit notamment le retrait israélien total du territoire libanais parallèlement au désarmement de toutes les milices, à commencer par le sud du Litani. Le Hezbollah, lui, refuse de remettre son arsenal. Joseph Aoun a également insisté sur « la nécessité de permettre aux habitants du Sud de rentrer chez eux et de reconstruire leurs maisons, notamment à l'approche de l'hiver ».
Le « mécanisme » de supervision du cessez-le-feu en question
Au cours de sa réunion avec le président du Parlement Nabih Berry dans la matinée, Morgan Ortagus a évoqué « la situation générale et les développements sur le terrain liés aux hostilités israéliennes quotidiennes au Liban, ainsi que le travail du comité de supervision du cessez-le-feu et les moyens de renforcer son rôle », selon l'Agence nationale d'information (ANI, officielle). Interrogé dans la matinée sur une éventuelle escalade israélienne, le vice-président de la Chambre Élias Bou Saab a répondu que « les impressions laissées par l’émissaire américaine Morgan Ortagus vont dans le sens contraire ». Il a précisé que la diplomate « a évoqué avec Nabih Berry la question des négociations directes ou indirectes entre le Liban et Israël ». Une information reprise par la chaîne MTV, qui indique que Mme Ortagus a présenté deux options au chef du Législatif : la première consiste à mener des négociations directes avec Israël, tandis que la seconde prévoit des pourparlers indirects par le biais du comité de supervision du cessez-le-feu, appelé le « mécanisme », au cours de réunions auxquelles assisterait l'émissaire US.
Le Premier ministre Nawaf Salam a aussi examiné avec la diplomate américaine le rôle du « mécanisme », et M. Salam a souligné que l'objectif de toute négociation avec l’État hébreu porterait sur l'application de l'accord de trêve, notamment en ce qui concerne la fin des attaques israéliennes et le retrait complet des secteurs libanais toujours occupés, en au moins six points différents. Il a ajouté que l'un des objectifs de ce processus était également d'obtenir la libération des prisonniers libanais en Israël. M. Salam a par ailleurs indiqué que la mise en œuvre de la décision du gouvernement concernant le monopole des armes, tant au sud qu'au nord du fleuve Litani, nécessite un soutien rapide à l'armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure, par le biais d'une conférence internationale dédiée à cet objectif. Il a souligné que la stabilisation du Liban-Sud nécessite un soutien international pour la tenue d'une conférence sur la reprise économique et la reconstruction.
Réunion avec Hanine Sayed
Une réunion a également eu lieu entre Morgan Ortagus et la ministre des Affaires sociales Hanine el-Sayed. La rencontre a porté sur le rôle du ministère dans la réponse aux besoins humanitaires et sur le renforcement de la présence de l’État dans les zones touchées. Les discussions ont également abordé les programmes sociaux en cours et la situation humanitaire dans le sud du pays.
Mme Sayed a souligné que « pour renforcer la présence de l’État dans le Sud et garantir la continuité de ses services, il est indispensable d’assurer la stabilité en appliquant l’accord de cessez-le-feu ». Elle a ajouté que « le Liban a aujourd’hui besoin d’un soutien international renforcé pour aider ses institutions à faire face aux défis humanitaires et sociaux, car la stabilité du pays est essentielle pour la région ». La ministre a enfin présenté la nouvelle stratégie de son ministère et son plan d’action pour l’avenir, insistant sur le fait que « le développement social constitue un pilier essentiel pour renforcer la stabilité nationale ».
La visite de Mme Ortagus intervient à l'heure où le risque d’une nouvelle escalade militaire israélienne est de plus en plus évoqué, d’autant que les fuites israéliennes se multiplient sur des préparatifs pour une possible confrontation avec le Hezbollah, alors que Washington fait pression sur Beyrouth pour engager des négociations directes avec Tel-Aviv.
Les tournées du chef des SR égyptiens et d'Abou el-Gheit
Par ailleurs, le chef de l’État et le Premier ministre se sont chacun entretenus avec le chef des services de renseignement égyptiens Hassan Rachad, en présence du directeur général de la Sûreté générale, le général Hassan Choucair, et du directeur du renseignement de l’armée, le général Antoine Kahwaji.
Les discussions ont porté sur la situation au Liban-Sud et à Gaza. Devant Joseph Aoun, M. Rachad a exprimé la volonté de l’Égypte d’aider le Liban à maintenir la stabilité dans le sud du pays. Le président a pour sa part « salué tout effort égyptien susceptible de mettre un terme aux hostilités israéliennes au Liban », selon l'ANI. Lundi, le président avait déjà reçu l’ambassadeur d’Égypte, qui avait appelé à la « prudence » face aux tensions actuelles.
M. Salam a salué pour sa part « le rôle historique de l’Égypte dans son soutien au Liban à différentes étapes de son histoire », soulignant que « la sécurité et la stabilité dans le Sud constituent une priorité nationale ». De son côté, le chef des services de renseignement égyptiens a réaffirmé « la position de son pays aux côtés du Liban et sa disposition à fournir tout ce qui est nécessaire pour mettre fin aux tensions et soutenir les institutions sécuritaires libanaises ».
Par ailleurs, Joseph Aoun, puis Nawaf Salam, ont également reçu le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Abou el-Gheit. « J’ai perçu chez le président Aoun la conviction que les choses, au Liban, vont dans la bonne direction, et il m’a fait part de sa confiance dans l’avenir du pays » a déclaré ce dernier après la réunion.
« Pour ma part, j’ai présenté ma vision de l'action diplomatique américaine actuelle visant à relancer le processus de paix au Proche-Orient, et le désir manifeste des États-Unis de reprendre la main, en ne laissant plus Israël agir librement, comme cela a été le cas au cours des deux dernières années » a-t-il confié. Il a enfin jugé une reprise de la guerre au Liban « hautement improbable, notamment à la lumière du dialogue en cours avec les États-Unis », qui selon lui « exercent des pressions pour que l’Israël renonce aux cinq points (qu'elle occupe encore sur le territoire libanais, ndlr) et s’abstienne de toute incursion ou intervention ».
Cette journée diplomatique particulièrement chargée s'est déroulée alors que les frappes israéliennes se sont intensifiées au cours des derniers jours au Liban-Sud et dans la Békaa.
Selon certaines informations, l’envoyé américain Tom Barrack devrait effectuer à son tour un nouveau passage à Beyrouth, probablement son dernier, puisque le nouvel ambassadeur des États-Unis Michel Issa arrivera avant le 10 novembre et prendra entièrement en charge le dossier libanais. Toutes ces visites ont pour objectif d’inciter l’État libanais à accélérer ses efforts afin de retirer les armes du Hezbollah et achever le déploiement de l’armée au Liban-Sud.
Alors que les frappes israéliennes ont tué au moins 12 personnes au Liban depuis jeudi dernier, le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a néanmoins affirmé dimanche que son parti ne comptait pas déclencher de « batailles » contre l’État hébreu, afin d'éviter de lui donner des « prétextes » pour lancer une nouvelle guerre ouverte.


