L’émissaire américain Thomas Barrack à Aïn el-Tiné, le 19 juin 2025. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Cela ressemble à un « testament ». Et encore plus à un avertissement. Alors que le rôle de Tom Barrack, envoyé spécial américain pour la Syrie et le Liban doit prendre fin dans les semaines à venir, il a publié sur X un long texte dans lequel il estime que les deux pays limitrophes d'Israël sont les « prochaines pièces du puzzle pour la paix au Levant. » Concernant le Liban, où son approche diplomatique parfois cassante s'est retrouvée au cœur de polémiques ces derniers mois, il a insisté sur l'importance du désarmement du Hezbollah, mettant en garde, si le parti chiite ne rend pas les armes, contre une nouvelle offensive israélienne et un report des législatives de mai 2026 sur impulsion du parti jaune, qui mènerait le pays au « chaos ».
A Personal Perspective – Syria and Lebanon Are the Next Pieces for Levant Peace
— Ambassador Tom Barrack (@USAMBTurkiye) October 20, 2025
By Ambassador Tom Barrack
October 13, 2025, will be remembered as a defining moment in modern Middle Eastern diplomacy. In Sharm el-Sheikh, world leaders did more than celebrate the release of…
Dans son message, M. Barrack a insisté sur le désarmement du Hezbollah et le lancement de « discussions sécuritaires et sur la frontière avec Israël », après « l'échec » de l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024. Il a attribué cet échec au fait qu'aucun « accord direct » n'a été conclu entre Israël et le Hezbollah, ce qui empêche la création d'un « réel mécanisme d'application » des modalités, alors qu'Israël continue de frapper quotidiennement le Liban-Sud et d'occuper au moins six positions en territoire libanais.
Le diagnostic de l'émissaire, lui-même d'origine libanaise, face à cette situation est sévère : « L’Iran continue de financer le Hezbollah malgré les sanctions, tandis qu’un Conseil des ministres libanais divisé envoie des signaux contradictoires à ses propres forces armées, privées de moyens et d’autorité. Résultat : un calme fragile sans paix, une armée sans autorité et un gouvernement sans contrôle. » Selon lui, la volonté du gouvernement de récupérer aux mains de l'Etat le monopole des armes est « une aspiration plutôt qu’une réalité, entravée par la domination politique du Hezbollah et la crainte de troubles civils. » « Le cabinet libanais, paralysé par le confessionnalisme, tente de faire des gestes de bonne foi, qu’Israël rejette totalement, jugeant que la rhétorique ne correspond pas à la réalité », a-t-il assené.
Toutes les initiatives pour une « solution pacifique » avec Israël sont « au point mort »
Il a dans ce cadre reproché au cabinet d'avoir « refusé d'adopter » son plan intitulé « Un dernier essai » présenté pendant l'été, et qui prévoyait un désarmement progressif du parti chiite en échange d'incitations économiques. Le gouvernement avait approuvé début août le « préambule » de ce plan, au grand dam du Hezbollah, puis avait chargé l'armée de procéder au désarmement de toutes les milices, selon un plan présenté par la troupe. Il a regretté que toutes les initiatives présentées par Washington pour aller vers une solution « pacifique » entre le Liban et Israël, sur base d'incitations économiques, « sont au point mort », et que les autorités libanaises doivent désormais faire face à « un choix décisif : emprunter la voie du renouveau national ou rester prisonnier de la paralysie et du déclin. » Un ultimatum lancé une semaine pile après l'ouverture faite par le président libanais, Joseph Aoun, qui a appelé à lancer des négociations directes avec Israël pour résoudre les questions encore en suspens entre les deux pays, comme la délimitation de la frontière terrestre.
Tom Barrack a encore averti qu'Israël pourrait « agir unilatéralement – avec des conséquences graves — si Beyrouth continue d'hésiter. » Le cas échéant, « la branche armée du Hezbollah » fera face à une « confrontation majeure avec Israël », alors qu'il est déjà affaibli. Ce qui risque de mettre sa branche politique face à un isolement certain, à quelques mois des élections législatives de mai prochain. Cela mènerait, selon l'émissaire, le parti jaune à vouloir reporter le scrutin pour préserver sa base. Ce qui, selon lui, « lui offrira un sursis pour se réarmer » et « plongera le Liban dans un chaos profond, fracturant davantage un système politique déjà fragile et ravivant les tensions confessionnelles. » « La perception qu’une seule milice puisse suspendre la démocratie éroderait la confiance publique, attirerait les ingérences régionales et risquerait de précipiter le Liban de la crise vers la désintégration institutionnelle », a-t-il mis en garde.
Accords d'Abraham : après Riyad, le reste de la région
Évoquant les accords d'Abraham, de normalisation entre les pays arabes et Israël, que Donald Trump aimerait étendre dans la région, Tom Barrack a estimé qu'après la signature par Riyad « au seuil d'une adhésion formelle », les autres pays de la région suivront, « attirés non par la contrainte, mais par la prospérité. » « Le moment est venu pour le Liban d’agir », a-t-il exhorté, soulignant que toutes ces « questions complexes » seront abordées par le Liban avec l'aide du nouvel ambassadeur Michel Issa. Grand ami de Donald Trump, M. Issa est également d'origine libanaise. Sa nomination en tant qu'ambassadeur américain au Liban avait été avalisée par le Congrès il y a deux semaines.
M. Barrack a en outre fait le bilan des avancées diplomatiques de ces derniers mois sur le dossier syrien, notamment la levée des sanctions américaines qui avaient été imposées au régime Assad (renversé le 8 décembre 2024). Selon lui, cette décision « n'est pas un acte de charité ; c’est une stratégie », en prévision de la reconstruction des infrastructures, des écoles, hôpitaux etc. par des « alliés et investisseurs privés ».



"Le désarmement du Hezbollah ou le «chaos ". Tout le monde le sait ... et tout le monc s'en fiche! Au moins en haut lieu.
11 h 41, le 21 octobre 2025