Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

La route de Ras Naqoura passe-t-elle par Ras Beyrouth ?

Malgré l’interdit du gouvernement, le rocher de Raouché a brillé de mille feux. Une féérie de couleurs, en apparence symbolique, mais en réalité un coup porté en plein cœur de l’État. Derrière le spectacle des projecteurs et la lumière des lasers, l’arrogance de l’affront doublée de la certitude de l’impunité l’a largement emportée sur la décence face à la mort censée être l’essence même de toute commémoration. Un diktat, imposé par la menace, qui a rappelé aux Libanais qu’ils ne sont pas protégés par leurs institutions mais livrés à la loi du plus fort, la loi de celui qui porte les armes. Ce n’était pas le Dôme du Rocher à Jérusalem qui s’illuminait, ce n’était que celui de Raouché. Et cette confusion en dit long sur le sens de ce prétendu « triomphe » ainsi que sur la cible réelle de cette mise en scène pathétique. Car pendant qu’Israël frappe chaque jour et élimine impunément des responsables liés à la résistance, le « combat divin » s’est joué sur le bord de mer, non sur un champ de bataille ; et les armes, censées changer le cours des évènements et de l’histoire, n’ont plus d’autre emploi que celui d’intimider, de peser dans le jeu politique interne et d’imposer le silence.

Cette journée n’a pas seulement vu un rocher éclairé, mais un État éteint et ce qui s’est joué a largement dépassé l’anecdote d’une illumination ou la beauté du jeu de lumières. Le Hezbollah, avec toute l’arrogance que confère la force, a toisé les institutions officielles en s’adoubant ouvertement État dans l’État. Un défi brutal que le Premier ministre et le président ont dû encaisser en silence, au nom d’une sacro-sainte entente nationale à laquelle plus personne ne croit.

Et le Hezbollah n’en est pas à son coup d’essai, cet épisode n’étant que le dernier chapitre d’une longue série de sacrilèges. Du 7 mai 2008, quand Beyrouth fut transformée en champ de bataille par des miliciens cagoulés, à sa sanglante aventure syrienne, en passant par l’occupation du centre-ville, par les guerres déclenchées arbitrairement au mépris du pays et par l’isolement vis-à-vis des pays du Golfe auxquels le Liban doit tant… La liste est longue, trop longue. Mais cette fois-ci, le degré de nuisance a atteint son paroxysme en paroles comme en actes à travers cette démonstration burlesque, empreinte de mépris et de dédain, qui a ouvertement défié les autorités et piétiné tout ce qu’elles incarnent ainsi que ceux qui s’en réclament.

Une démonstration de vulgarité dont le but était bien moins de commémorer l’absence du martyr que d’humilier le gouvernement, en traînant ses symboles dans la boue et d’imposer une hiérarchie nouvelle entre citoyens « supérieurs », intouchables, au-dessus des lois et des hommes, protégés par la puissance des armes, tout aussi intouchables, et les autres, sans défense, réduits à se réfugier dans des institutions impuissantes.

Mais alors, mis à part l’exploit d’avoir foulé aux pieds les fondements mêmes de la nation, où est-elle, cette victoire divine tant de fois promise ? Est-ce à Jérusalem que les drapeaux ont flotté ? Est-ce à Nahariya et Kiryat Shmonah que les « sikilahlah » ont retenti ? Est-ce al-Aqsa qui a été illuminé ? Non. Le chemin de la gloire s’est sagement terminé devant le Bayrock Café de Beyrouth. Et le Hezbollah, qui hier encore se glorifiait de peser dans la guerre de Syrie, de coordonner avec quatre armées étrangères, d’influer de Sanaa à Bagdad, de faire et défaire, et de traverser les frontières comme on traverse la rue, en est réduit aujourd’hui, pour justifier son existence, à se vanter d’avoir encore la capacité de projeter des photos sur un site touristique. Triste exploit pour un parti qui se voulait plus grand que le Liban et qui finalement n’a trouvé d’autre champ de bataille que la terrasse d’un café.

Ras Beyrouth n’est pas le doigt de la Galilée ! Le rocher de Raouché n’est pas l’Esplanade des mosquées de Jérusalem ! En se trompant de direction, ils ont frappé au cœur du Liban, pas au cœur de l’ennemi et la seule humiliation qu’ils ont réussi à infliger, c’est à la légalité libanaise qu’ils l’ont faite, pas aux blindés de Tsahal. Le Hezbollah n’a pas remporté de victoire ; il a consacré une défaite : celle de l’idée même d’un Liban souverain et surtout uni. Un sacrilège de plus à ajouter à sa liste, le plus terrible peut-être.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Malgré l’interdit du gouvernement, le rocher de Raouché a brillé de mille feux. Une féérie de couleurs, en apparence symbolique, mais en réalité un coup porté en plein cœur de l’État. Derrière le spectacle des projecteurs et la lumière des lasers, l’arrogance de l’affront doublée de la certitude de l’impunité l’a largement emportée sur la décence face à la mort censée être l’essence même de toute commémoration. Un diktat, imposé par la menace, qui a rappelé aux Libanais qu’ils ne sont pas protégés par leurs institutions mais livrés à la loi du plus fort, la loi de celui qui porte les armes. Ce n’était pas le Dôme du Rocher à Jérusalem qui s’illuminait, ce n’était que celui de Raouché. Et cette confusion en dit long sur le sens de ce prétendu « triomphe » ainsi que sur la...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut