Hannibal Kadhafi, fils de l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi, en 2005. Photo d'archives MORTEN JUHL/AFP
Le juge d'instruction près la cour de justice Zaher Hamadé a décidé, vendredi, de remettre en liberté Hannibal Kadhafi, le fils de l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, moyennant le versement d'une caution de 11 millions de dollars, a confirmé L'Orient-Le Jour auprès d'un avocat du détenu. M. Kadhafi est aussi sous le coup d'une interdiction de quitter le territoire. Hannibal Kadhafi, dont l'épouse est Libanaise, avait été arrêté en décembre 2015 au Liban pour « recel d’informations » dans l’affaire de la disparition en Libye en août 1978 de l’imam Moussa Sadr, fondateur du mouvement chiite Amal, et de ses deux compagnons, le journaliste Abbas Badreddine et le cheikh Mohammad Yaacoub.
Inès Harrak, coordinatrice et responsable de la communication de l'équipe de défense de M. Kadhafi, a affirmé à notre publication qu'une demande allait être déposée pour réduire le montant de la caution. « En contrepartie de quoi faut-il verser cette caution ? N'a-t-il pas déjà assez payé en perdant une partie de sa vie en prison » pendant 10 ans, s'est interrogé Mme Harrak, qui est de nationalité tunisienne. Elle souligne encore qu'il a été privé tout ce temps de ses trois enfants, dont deux sont mineurs et se demande comment la caution pourrait être payée alors que M. Kadhafi est sous le coup de sanctions internationales.
« Une dot élevée »
Un des avocats libanais du détenu a de son côté commenté le taux élevé de la caution en citant à L'OLJ un proverbe arabe selon lequel « celui qui ne veut pas marier sa fille exige une dot élevée ». Une façon de dire que lorsque quelqu'un ne veut pas effectuer quelque chose qui lui est demandé, il érige des obstacles.
Réagissant à cette décision, la famille de l’imam Moussa Sadr l’a contestée, affirmant que « rien n’a changé dans les éléments de l’accusation ». Elle a souligné que, depuis son arrestation, le détenu refuse de fournir les informations qu’il détient et qui pourraient « aider à localiser les lieux de détention de l’imam Sadr et de ses deux compagnons afin de les libérer ». La famille a précisé qu’elle ne s’était jamais « immiscée » dans les décisions du juge d’instruction et qu’elle ne « le fera pas non plus aujourd’hui », tout en exprimant sa « surprise » face à cette décision, « d’autant qu’aucune nouvelle mesure ni avancée notable n’a été enregistrée dans le dossier ». « Notre cause fondamentale demeure celle de la disparition de l’imam et de ses deux compagnons. Toute information susceptible de mener à leur libération, à leur sécurité et à leur survie est ce qui nous importe. Chaque retard, chaque instant passé en captivité met leur vie en danger et profite aux adversaires, non à notre cause », a-t-elle également ajouté.
La famille du cheikh Mohammad Yaacoub a de son côté déploré dans un communiqué « l’ingérence politique dans la justice libanaise », dénonçant une « prise de parti flagrante du ministre de la Justice (Adel Nassar) ». La famille a estimé qu’il s’agissait là de la « perte d’un des plus importants moyens de pression » dans l’affaire de la disparition de Moussa Sadr et de ses compagnons.

« Cette décision comporte une contradiction flagrante, car l’arrestation de Kadhafi et les accusations portées contre lui n’ont pas changé et rien n’a été présenté pour les réfuter. Le dernier interrogatoire n’était pas sérieux et ne portait pas sur le fond des accusations, mais sur des questions secondaires », estime la famille Yaacoub, qui dénonce une « manipulation de l’opinion publique par des mensonges sur l’état de santé de Kadhafi et son arrestation arbitraire ». « Nous rappelons à toutes les parties concernées et impliquées à l’intérieur du pays, ainsi qu’aux forces régionales, qu’il est impératif de libérer les disparus et de révéler la vérité sur le complot dont ils ont été victimes », indique le texte.
Prenant la défense du fils du dictateur libyen, le député de Tripoli Achraf Rifi a pour sa part estimé que « la décision de libérer Hannibal Kadhafi contre une caution de 11 millions de dollars est absurde et contraire à l’esprit du droit et de la justice ». « La justice doit le libérer immédiatement et l’État libanais doit lui présenter ses excuses, car son arrestation était arbitraire et injustifiée. Kadhafi a aujourd’hui le droit de poursuivre le juge qui l’a arrêté sans motif judiciaire et qui a rendu cette décision injuste et contraire aux normes les plus élémentaires de la justice et des droits de l’homme », a estimé M. Rifi.
Le fils de Mouammar Kadhafi avait été enlevé dans la Békaa, le 11 décembre 2015, par un groupe armé dans lequel avait été impliqué le fils du cheikh Mohammad Yaacoub, l'ancien député Hassan Yaacoub, qui avait été détenu pendant sept mois, dans le cadre de l’affaire. Après avoir été relâché par ses kidnappeurs qui l’ont aussitôt livré au service des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI) dans le Hermel, M. Kadhafi avait été déféré en tant que témoin devant le juge Hamadé, qui avait engagé des poursuites pour diffamation. L'affaire avait connu un nouveau tournant, pour la première fois depuis dix ans, avec l'approbation par la famille Badreddine, partie civile, de la dernière demande de remise en liberté de M. Kadhafi, formulée en juin dernier. Au cours des dernières années de sa détention, régulièrement dénoncée par les groupes de défense des droits humains, Hannibal Kadhafi, qui avait trois ans au moment de la disparition de l'imam Sadr, a été hospitalisé à plusieurs reprises.
C'est la deuxième fois en quelques mois que la justice libanaise réclame une caution aussi élevée, de l'ordre de plusieurs millions de dollars, après celle réclamée pour la libération de l'ex-gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé. Un versement record de 14 millions avait été versé par M. Salamé le 26 septembre. Ce montant avait été revu à la baisse, à partir de 20 millions, après un recours déposé par ses avocats.




Il a suffisamment payé en étant le fils de son père, non ? Il y’a bien des centaines de traîtres iraniens qui devraient être enfermés pour trahison envers le pays à sa place.
15 h 27, le 17 octobre 2025