L’Association des industriels libanais a organisé une conférence de presse pour prendre position sur le dossier Tannourine, à son siège à Beyrouth, le 15 octobre 2025. Photo diffusée par l'AIL
Deux jours après la décision surprise et controversée des autorités d’appeler la société productrice d’eau minérale Tannourine à retirer ses produits du marché en raison d’une contamination bactérienne présumée à l’issue de tests dont la société remet la validité en question, l’Association des industriels libanais (AIL) a critiqué le fait que les autorités se soient basées sur une procédure de contrôle présentée comme bancale pour prendre une décision aussi lourde de conséquences pour une entreprise. Lors d'une conférence de presse au siège de l'association à Beyrouth, le président de l'AIL Salim Zeenni a aussi salué le fait que les autorités avaient décidé d’effectuer de nouveaux tests avant de confirmer leur décision.
« Les tests initiaux ont été réalisés par l'hôpital Rafic Hariri et le centre hospitalier de Daher el-Bachek, des établissements qui n'ont pas la certification ISO 17025 », une norme internationale qui définit les exigences générales des laboratoires d’étalonnages et d’essais, a précisé le président de l'association à L'Orient-Le Jour. « Il aurait été préférable de réaliser des tests supplémentaires et de confirmer définitivement la validité des résultats avant ce lynchage public qui a provoqué cette catastrophe », a-t-il ajouté, reprenant des propos qu'il a tenus pendant la conférence de presse.
Les propos de Salim Zeenni ont été confirmés par Joseph Matta, président de l'Institut de recherche industrielle (IRI), institut à but non lucratif autonome rattaché au ministère de l'Industrie.
« Aucun des deux établissements qui ont fait les tests sur les eaux de Tannourine ne sont certifiés ISO17025 », assure-t-il, ajoutant que, contrairement à une idée reçue, cette certification couvre non pas un établissement mais une méthode de test et d'échantillonnage. « Une société qui a une certification ISO17025 pour contrôler la qualité du carburant ne pourra être sollicitée pour contrôler la qualité de l'eau potable », donne-t-il comme exemple, soulignant que l'IRI détient la certification ISO pour 423 méthodes d'analyse. « Nous avons une liste mise à jour », (...) Nous n'avons pas été en mesure de joindre dans l'immédiat les deux centres hospitaliers concernés pour les faire réagir », assure Joseph Matta.
Le député du bloc des Forces libanaises (FL) Ghayath Yazbeck a affirmé, dans un communiqué, que les tests initiaux « se sont avérés inexacts après vérification dans des laboratoires agréés », sans plus de détails.
Un expert s’exprimant sous anonymat est allé plus loin. « Selon les procédures de contrôle qualité, chaque résultat doit comporter trois colonnes : une pour les paramètres, une seconde pour le résultat de l’analyse et la troisième pour la méthode d’analyse. Or, la colonne relative à la méthode de test manque sur le résultat de l'hôpital Rafic Hariri, tandis que la seconde, réalisée par Daher el-Bachek, utilise une méthode destinée à l’analyse des piscines, inappropriée pour l’eau minérale », a expliqué l’expert.
Après avoir ordonné lundi à Tannourine de retirer ses produits du marché en raison d’une contamination bactérienne, le ministère de la Santé a indiqué mardi attendre les résultats de l'analyse d’autres échantillons de la marque « afin d’en tirer les conclusions nécessaires ». Il a confirmé que la décision « avait été prise par intérim », le ministre de la Santé Rakan Nassereddine étant en déplacement à l'étranger.
Le ministère a également indiqué que la mesure prise à l’encontre de la société Tannourine « sera immédiatement levée dès que celle-ci aura appliqué toutes les procédures nécessaires pour garantir la qualité et la sécurité de son eau », soulignant avoir commencé à « prélever des échantillons d’eau potable de la majorité des marques présentes sur le marché, afin de s'assurer de leur qualité ».
Le ministre qatari de la Santé a annoncé mardi avoir « retiré provisoirement des marchés locaux à titre préventif les bouteilles d’eau produites au Liban de la marque Tannourine, après avoir pris connaissance de l'annonce du ministère libanais de la Santé concernant une possible contamination d’échantillons prélevés par la bactérie Pseudomonas aeruginosa.
Salim Zeenni a affirmé à notre publication que l'AIL avait « confiance dans les ministères de la Santé, de l’Industrie et de l’Agriculture » pour rectifier le tir s'il s'avérait que les résultats des tests initiaux étaient remis en question. « Si les nouveaux tests montrent que quelque chose ne va pas, alors les mesures prises seront justifiées. Mais il faut en être sûr », a-t-il insisté. Il a ajouté le ministère de l’Industrie avait prélevé 50 échantillons sur plusieurs jours et régions envoyés à l’IRI et que si certains échantillons ne respectaient pas les normes, des enquêtes seraient ouvertes.
« Ce que nous demandons aujourd’hui, c’est que ce genre de procédures soient menées avec rigueur. Nous protestons contre la procédure précipitée adoptée pour suspendre l’usine d’eau de Tannourine et retirer ses produits du marché », a insisté Salim Zeenni. « Maintenant que le dommage est fait, nous demandons : si les résultats s’avèrent négatifs et que l’eau n’est pas contaminée, qui compensera la société Tannourine ? Qui restaurera son image ? Qui redonnera confiance en ses produits au Liban et à l’étranger ? Qui indemnisera l’entreprise pour toutes ces pertes ? » a-t-il enchaîné.
Le député Yazbeck a abondé dans ce sens, avant de conclure : « nous plaçons notre confiance dans le consommateur, qui n’a pas cru à cette affaire ».




Malheureusement, même si les tests s'avéreront négatifs, le consommateur a déjà perdu confiance en la marque. La marque tannourine sonnera désormais faux dans les oreilles des gens. C'est dommage d'avoir pris à la légère les conséquences d'une telle annonce. Les préjudices seront Malheureusement conséquents et irréparables. C'est le liban. Capable du meilleur comme du pire.
09 h 39, le 16 octobre 2025