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Un sacre avant l’heure


L’aube lumineuse d’un Moyen-Orient nouveau perçant en cet historique 13 octobre, ou rien de plus en réalité que la froide et aveuglante lumière des projecteurs braquée sur le plus grand show diplomatique du monde ? La pax americana est-elle vraiment en marche, chaussée de ses gros rangers, ou n’a-t-on là qu’une succession de moments forts, allant du pathétique au clownesque en passant par de rares et fragiles motifs d’espérance ?

L’accord sur Gaza a incontestablement l’immense mérite de mettre fin à un horrible massacre de civils. Poignantes sont les scènes de liesse populaire qui, des deux côtés de la frontière, ont salué l’échange d’otages et de prisonniers. Non moins bouleversante est la ruée des Gazaouis criminellement soumis à la famine se ruant sur les convois de vivres, ou alors cherchant à récupérer quelque fruste trésor de leurs habitations en ruine, dans un décor lunaire que l’on dirait tiré de quelque film d’apocalypse. Seul un Trump était en mesure de brider, bien que sur le tard, les flagrantes tendances génocidaires de Netanyahu. Et lui seul pouvait obtenir l’adhésion du monde arabo-musulman au processus d’exclusion matérielle et politique du Hamas.

Adjugé donc, ce beau morceau ! Il reste que ce processus n’en est encore qu’à ses balbutiements, que même pour le seul cas de Gaza, le cheminement est long et semé d’écueils, notamment l’incertitude que laisse planer le Hamas sur son désarmement et le refus d’Israël d’évacuer l’intégralité de ce territoire. Élargie à toute la région comme s’en vante fort prématurément le chef de la Maison-Blanche, la paix n’en devient que plus hypothétique. Dès lors, c’est surtout le sacre de Trump Imperator que l’on a célébré lundi en abusive avance, là aussi, sur le calendrier. À Jérusalem et puis à Charm el-Cheikh, le président s’est d’ailleurs (im)posé tout à la fois en metteur en scène, animateur et clou du spectacle.

Longuement ovationné à la Knesset, Trump n’a certes pas manqué de réaffirmer son admiration pour Benjamin Netanyahu, qualifié de grand chef de guerre. Il est allé jusqu’à solliciter une grâce présidentielle en faveur de ce dernier, poursuivi en justice pour corruption, celle-ci allant pourtant bien au-delà de dons en champagne et cigares, tenus pour anodines peccadilles par un homme lui-même en conflit avec les tribunaux. L’Américain est toutefois allé à contre-courant des ardeurs belliqueuses d’Israël en invitant l’Iran à attraper le train en marche. Quant au vaste sommet de Charm el-Cheikh, il aura eu pour unique résultat concret l’engagement, dûment signé, des médiateurs US, égyptien, turc et qatari de garantir l’accord sur Gaza. Le reste n’aura été qu’un festival Trump de la plus belle veine ; si bien qu’entre une gouailleuse pique à Emmanuel Macron et un brin de cour à Giorgia Meloni, le chef de l’exécutif US se sera surtout occupé à se lancer des brassées de fleurs et de lauriers. Auparavant, il s’était même autorisé quelques pitreries en se livrant à de brefs et beaucoup trop larges sourires, visiblement forcés, pour des photos souvenirs avec les leaders qu’il invitait, un à un, à le rejoindre sur le podium.

De ce singulier bric-à-brac international auquel étaient conviés une vingtaine de pays, ressort néanmoins un développement inattendu, voire insolite, mais potentiellement prometteur. Il s’agit de l’amicale poignée de main qu’a échangée Trump avec le président de l’Autorité palestinienne, significativement accompagné jusqu’à la tribune par Macron. Après s’être vu dénier tout récemment un visa d’entrée aux États-Unis, Mahmoud Abbas avait été invité en dernière heure à Charm el-Cheikh ; voilà d’ailleurs qui semble avoir décidé Netanyahu à bouder la même et tardive requête qui lui avait été adressée contre l’avis de plus d’un des participants à ce sommet. De son shake-hand avec Abou Mazen, Trump a affirmé plus tard qu’il ne fallait pas faire tout un plat. Mais à défaut d’une porte entrouverte sur un avenir plus consistant, comment ne pas y voir une reconnaissance publique par la superpuissance américaine du rôle qu’est appelée à jouer l’Autorité palestinienne en tant qu’instance légitime du peuple palestinien ?

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Charité bien ordonnée commençant par soi-même, le Liban, bien que non pressenti pour le sommet consacré à Gaza, peut néanmoins constater qu’il n’est guère oublié pour autant. Assez insolite est, de fait, cette absence, puisque c’est bien pour porter secours au Hamas que le Hezbollah avait plongé le pays dans la guerre. Toujours est-il que c’est en pleine Knesset que Donald Trump a rendu un hommage appuyé au président Joseph Aoun pour ses efforts visant à restituer à l’État le monopole des armes. Les infatigables marques de soutien réitérées avec force par la France venant s’y ajouter, voilà qui devrait gommer les reproches de laxisme multipliés ces derniers temps par les émissaires de la Maison-Blanche. Et cela d’autant que le président libanais se prononçait formellement, ce même lundi, pour des négociations avec Israël, le climat régional étant clairement au compromis.

On contredira cependant Aoun sur un seul point de son communiqué, à savoir que la guerre, n’a rien apporté. Oh que si ! hélas, et en masse : des morts, des sans-abri, de colossales destructions. Ce n’est pas rien. Et ça vaut bien d’être chaque jour rappelé.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

L’aube lumineuse d’un Moyen-Orient nouveau perçant en cet historique 13 octobre, ou rien de plus en réalité que la froide et aveuglante lumière des projecteurs braquée sur le plus grand show diplomatique du monde ? La pax americana est-elle vraiment en marche, chaussée de ses gros rangers, ou n’a-t-on là qu’une succession de moments forts, allant du pathétique au clownesque en passant par de rares et fragiles motifs d’espérance ?L’accord sur Gaza a incontestablement l’immense mérite de mettre fin à un horrible massacre de civils. Poignantes sont les scènes de liesse populaire qui, des deux côtés de la frontière, ont salué l’échange d’otages et de prisonniers. Non moins bouleversante est la ruée des Gazaouis criminellement soumis à la famine se ruant sur les convois de vivres, ou alors cherchant à...