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Nos lecteurs ont la parole

Le phénomène Jolani ou Chareh en Syrie : entre attrait jihadiste et crise du militantisme civil

Depuis plus d’une décennie, la scène syrienne a vu émerger des figures, comme Abou Mohammad al-Jolani ou el-Chareh, devenues emblématiques de la mouvance jihadiste. Leur trajectoire n’est pas seulement syrienne : elle résonne dans l’ensemble du monde arabe, où ces acteurs incarnent pour une partie de la jeunesse une alternative crédible face à l’échec des élites politiques et des défenseurs des droits humains.

Durant des décennies, des générations de militants arabes ont consacré leur vie à la défense des droits et libertés, souvent au prix de longues années de prison, de persécutions ou d’exil. Pourtant, leurs luttes n’ont pas débouché sur des avancées structurelles significatives. Aux yeux de nombreux jeunes, ce militantisme « classique » a perdu de sa force symbolique : il est perçu comme inefficace, incapable de faire plier des régimes autoritaires profondément enracinés.

À l’inverse, les mouvements jihadistes ont su exploiter ce vide. Leur discours, centré sur une identité religieuse et une posture de résistance immédiate, apparaît plus direct, plus mobilisateur. En reprenant les codes de la communication moderne et en occupant l’espace numérique, ils ont construit une image de force et d’efficacité, en rupture avec l’image de fragilité associée aux défenseurs des droits humains.

Cette capacité à se présenter comme des acteurs « sur le terrain » « armés, visibles, actifs » a renforcé leur pouvoir de séduction auprès de certains jeunes en quête de rôle et de reconnaissance.

Le plus préoccupant est que cette dynamique dépasse les marges. Dans certains milieux arabes, et même dans certaines sphères internationales, les groupes jihadistes sont désormais perçus comme des acteurs politiques incontournables. La figure du « combattant » supplante ainsi celle du « militant des droits », pourtant porteur d’un projet pacifique et universel.

Cette évolution n’est pas sans danger. L’acceptation croissante de ces groupes risque de consolider une culture de la violence au détriment de la lutte pacifique. Elle met également en difficulté la communauté internationale, partagée entre la nécessité de combattre le terrorisme et la tentation pragmatique d’intégrer certains de ces acteurs dans des calculs géopolitiques. Enfin, elle accentue la marginalisation des militants civils, réduisant les chances de reconstruire un projet démocratique durable dans la région.

Le phénomène al-Jolani/el-Chareh dépasse largement le cadre syrien : il révèle une fracture plus profonde dans le monde arabe entre deux modèles de lutte, l’un armé, spectaculaire, séduisant pour une jeunesse frustrée ; l’autre civil, patient, mais affaibli par des décennies de répression et d’inefficacité apparente.

Le véritable enjeu pour l’avenir sera de réhabiliter ce second modèle, en lui redonnant une crédibilité et une efficacité capables de concurrencer la logique de la violence.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Depuis plus d’une décennie, la scène syrienne a vu émerger des figures, comme Abou Mohammad al-Jolani ou el-Chareh, devenues emblématiques de la mouvance jihadiste. Leur trajectoire n’est pas seulement syrienne : elle résonne dans l’ensemble du monde arabe, où ces acteurs incarnent pour une partie de la jeunesse une alternative crédible face à l’échec des élites politiques et des défenseurs des droits humains.Durant des décennies, des générations de militants arabes ont consacré leur vie à la défense des droits et libertés, souvent au prix de longues années de prison, de persécutions ou d’exil. Pourtant, leurs luttes n’ont pas débouché sur des avancées structurelles significatives. Aux yeux de nombreux jeunes, ce militantisme « classique » a perdu de sa force symbolique : il est...
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