Un bâtiment endommagé, à la suite d’une attaque israélienne contre des dirigeants du Hamas, selon un responsable israélien à Doha, au Qatar, le 9 septembre 2025. Photo Ibrahim Abu Mustafa/Reuters
Les États arabes ont renforcé leur coopération sécuritaire avec l’armée israélienne au cours des dernières années, y compris pendant les deux ans de guerre de l’État hébreu contre Gaza, selon des documents américains ayant fuité et consultés par le Washington Post.
Si l’attaque israélienne contre Doha en septembre, visant des responsables du Hamas, a tendu ces relations, le quotidien américain souligne que ces liens pourraient désormais s’avérer cruciaux pour la surveillance du cessez-le-feu en cours à Gaza.
« La menace iranienne » comme lien commun
Selon le Washington Post, au cours des trois dernières années, des hauts responsables militaires israéliens et ceux de six pays arabes ont tenu des réunions de planification à Bahreïn, en Égypte, en Jordanie et au Qatar, sous l’égide des États-Unis.
En mai 2024, les documents révèlent que des responsables militaires de haut rang israéliens et arabes se sont réunis à la base aérienne d’al-Udeid, un important site militaire américain au Qatar. Un document de préparation, rédigé deux jours avant l'événement, précisait que la délégation israélienne devait se rendre directement sur la base, évitant les points d'entrée civils qataris afin d’éviter toute exposition publique. La conférence a mis en avant cette coopération croissante, les responsables israéliens menant des entretiens bilatéraux avec les représentants de chacun des pays arabes présents.
Les documents indiquent que la menace posée par l’Iran constitue la principale motivation de ce rapprochement, encouragé par le Commandement central américain (CENTCOM). Cinq présentations PowerPoint issues du CENTCOM, obtenues par le consortium international des journalistes d'investigation et consultées par le Washington Post, détaillent la création de ce que l’armée américaine appelle la « Structure régionale de sécurité ».
Outre Israël, ce dispositif comprend le Qatar, Bahreïn, l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, avec le Koweït et Oman listés comme « partenaires potentiels », tenus informés de toutes les réunions. Reconnaissant la sensibilité politique du sujet, les documents insistent sur le fait que ce partenariat « ne constitue pas une nouvelle alliance » et que toutes les réunions se tiendront « dans la plus grande discrétion ».
Les documents montrent comment la pièce centrale de ce dispositif, un plan de défense aérienne visant à contrer les missiles et drones iraniens, est passé de la théorie à la réalité ces trois dernières années. Israël et les pays arabes ont approuvé ce plan lors d’une conférence sécuritaire en 2022, s’engageant à coordonner des exercices militaires et à acquérir l’équipement nécessaire à sa mise en œuvre. En 2024, le CENTCOM était parvenu à connecter de nombreux États partenaires à ses systèmes, selon les documents divulgués, leur permettant de fournir des données radar et des capteurs à l’armée américaine et, en retour, d’accéder aux données agrégées des partenaires, précise le Washington Post dans son rapport.
Méfiance après l’attaque de Doha
Selon le journal américain, ces liens militaires ont été mis à rude épreuve après la frappe aérienne israélienne de septembre au Qatar. Émile Hokayem, directeur de la sécurité régionale à l’Institut international d'études stratégiques (IIES), estime que les États-Unis ont longtemps espéré que la coopération militaire ouvrirait la voie à une normalisation politique entre Israël et les pays arabes. Cependant, si un travail discret avec les responsables militaires permet d’éviter des discussions politiques épineuses, cette méthode « occulte ou masque la réalité » des tensions existantes, souligne-t-il.
Ces tensions, selon M. Hokayem, ont éclaté au grand jour après la frappe israélienne au Qatar. « Un acteur-clé de l’effort américain a attaqué un autre, les États-Unis étant perçus comme complaisants, complices ou aveugles », a-t-il déclaré. « La méfiance qui en résulte pèsera sur les efforts américains pendant des années. »
Malgré tout, le Washington Post rapporte que ces liens militaires pourraient désormais jouer un rôle-clé dans la supervision du plan de paix à Gaza signé le 9 octobre. Des responsables américains ont annoncé jeudi que 200 soldats américains seraient envoyés en Israël pour appuyer l’accord de cessez-le-feu, rejoints par des soldats de plusieurs pays arabes participant à cette coopération sécuritaire de longue durée.
Le plan prévoit la participation des États arabes au déploiement d’une force internationale à Gaza pour former une nouvelle police palestinienne dans la région. Parallèlement, les planificateurs militaires du CENTCOM œuvreraient à renforcer encore les relations entre Israël et les États arabes dans les années à venir.



