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Nos lecteurs ont la parole

La surfacturation, un cancer économique et moral

Au Liban, les crises se succèdent et s’empilent. Mais au cœur de l’effondrement financier, il est un fléau que l’on tait trop souvent : la surfacturation. Derrière chaque contrat public, chaque chantier, chaque appel d’offres, se cache cette pratique devenue presque « normale » aux yeux des décideurs. Elle ne relève pas seulement de la fraude. Elle traduit une mentalité où l’intérêt particulier supplante systématiquement l’intérêt national.

Chaque projet d’infrastructure ou d’équipement est perçu comme une opportunité d’enrichissement personnel. Les coûts sont gonflés, les chiffres maquillés, et l’argent public, déjà raréfié, continue de s’évaporer. Cette logique narcissique institutionnalisée se perpétue, avec la complicité tacite de ceux qui devraient protéger les fonds du peuple.

Mettre fin à cette hémorragie passe par une réforme de fond : la création d’une instance d’audit véritablement indépendante, hors de toute tutelle politique. Son rôle serait double : contrôler et dénoncer.

Concrètement, cela signifie : auditer chaque projet avant et après exécution, pour comparer le coût réel au coût facturé ; créer une plateforme de dénonciation sécurisée, accessible à tous, garantissant l’anonymat des lanceurs d’alerte ; publier des rapports transparents identifiant clairement les responsables des abus et chiffrant les pertes ; déclencher des sanctions financières et judiciaires automatiques, avec restitution obligatoire des fonds détournés ;

s’appuyer sur la technologie, en particulier l’intelligence artificielle, pour détecter les anomalies et prévenir les abus en amont.

Il ne s’agit pas d’un simple exercice administratif. C’est une bataille pour la survie d’un État. Car tant que les audits resteront confiés aux mêmes réseaux politiques qui profitent du système, la surfacturation continuera d’appauvrir le pays. À l’inverse, une autorité indépendante pourrait transformer la culture de l’impunité en culture de responsabilité.

Au fond, la surfacturation n’est pas seulement un crime économique. C’est le reflet d’un malaise institutionnel plus profond, où la cupidité et l’égoïsme dominent. Pour y mettre fin, il faudra non seulement des mécanismes de contrôle, mais aussi un travail de fond sur l’éthique publique, la sensibilisation et la protection des lanceurs d’alerte.

Chaque dollar surfacturé est un dollar arraché à l’école publique, à l’hôpital, au réseau électrique ou à l’eau potable. C’est un vol direct au citoyen, dans un pays déjà exsangue.

Le Liban n’a plus le temps des

demi-mesures. Il est urgent de rendre au peuple ce qui lui appartient : la vérité des chiffres, la justice des comptes et l’assurance que l’argent public sert enfin l’intérêt public.

Au Liban, la surfacturation n’est pas seulement un crime économique, c’est un symptôme d’une maladie

psycho-narcissique institutionnelle. La combattre exige courage, innovation et indépendance. Tant que les audits resteront dépendants de politiciens qui surfacturent, la nation continuera de payer le prix de ce vice à ciel ouvert. Il est temps de donner au citoyen le pouvoir de voir, de dénoncer et de sanctionner.

Le système de traque des surfacturations pourrait être réalisé à travers une institution d’audit indépendante qui aurait une autonomie constitutionnelle et serait formée d’auditeurs financiers, d’ingénieurs civils, d’experts en informatique et d’analystes. Une plateforme de dénonciation sécurisée accessible via web et mobile garantissant l’anonymat pourrait être mise en place. Des audits et des contrôles automatisés pré et post-contractuels avec une détection automatique grâce à l’IA et de algorithmes permettraient un suivi avec des rapports trimestriels et annuels. Tout cela ouvrirait la voie à une transparence avec des sanctions et une possibilité de récupération des fonds détournés.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Au Liban, les crises se succèdent et s’empilent. Mais au cœur de l’effondrement financier, il est un fléau que l’on tait trop souvent : la surfacturation. Derrière chaque contrat public, chaque chantier, chaque appel d’offres, se cache cette pratique devenue presque « normale » aux yeux des décideurs. Elle ne relève pas seulement de la fraude. Elle traduit une mentalité où l’intérêt particulier supplante systématiquement l’intérêt national.Chaque projet d’infrastructure ou d’équipement est perçu comme une opportunité d’enrichissement personnel. Les coûts sont gonflés, les chiffres maquillés, et l’argent public, déjà raréfié, continue de s’évaporer. Cette logique narcissique institutionnalisée se perpétue, avec la complicité tacite de ceux qui devraient protéger les fonds...
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