La directrice générale du Fonds monétaire internationale (FMI), Kristalina Georgieva, le 8 octobre 2025 à Washington. BRENDAN SMIALOWSKI
L'économie mondiale se porte mieux que redouté, sans que cela soit suffisant, a estimé mercredi lors d'un discours à Washington la directrice générale du Fonds monétaire internationale (FMI), Kristalina Georgieva. L'économie mondiale a « globalement résisté à des tensions aiguës » et va « mieux qu'on pourrait le craindre mais moins bien que ce dont on aurait besoin », a affirmé Mme Georgieva lors de son traditionnel discours de lever de rideau avant les réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale, prévues la semaine prochaine.
Conséquence, le prochain rapport annuel du FMI sur l'état de l'économie mondiale (WEO), qui sera publié mardi, devrait prévoir « une croissance mondiale autour de 3% à moyen terme », en ligne avec les années précédentes mais toujours « en retrait par rapport aux 3,7% (en moyenne annuelle, NDLR) observés avant la pandémie », a souligné la directrice générale du FMI.
« En avril dernier, de nombreux experts - nous n'en étions pas - ont prédit une récession à court terme aux Etats-Unis avec des conséquences négatives pour le reste du monde. Mais l'économie américaine ainsi que celle de nombreux pays avancés et émergents ont tenu », a-t-elle insisté.
Parmi les raisons invoquées, des droits de douane américains moins élevés in fine qu'envisagé initialement, même s'ils placent aujourd'hui les Etats-Unis parmi les pays taxant le plus les produits entrant sur leur territoire, ainsi que des conditions financières soutenant l'activité économique, un secteur privé qui s'est adapté et des fondamentaux politiques solides.
Néanmoins, si l'économie a tenu face aux secousses, sa « résistance n'a pas encore été pleinement testée », a prévenu Mme Georgieva, qui pointe les nombreux signaux d'alerte, à commencer par « une hausse de la demande mondiale en or » et le risque persistant de voir les droits de douane tirer l'inflation vers le haut.
Dette publique mondiale en hausse
De même, la patronne du FMI craint que la confiance des milieux financiers ne finisse par « s'inverser brutalement », ce qui pourrait assécher les financements nécessaires aux entreprises. Enfin, elle a pointé le risque d'une « violente correction » des cours concernant les entreprises liées au développement de l'intelligence artificielle (IA), dont « la capitalisation semble se diriger vers les niveaux que l'on avait observés il y a 25 ans », lors de la bulle internet.
Face à ces risques, Kristalina Georgieva appelle les Etats à préserver le commerce mondial « en tant que moteur de croissance », tout en investissant de manière réfléchie pour « renforcer durablement la croissance ».
Enfin, comme lors des précédentes réunions, elle appelle les Etats à « remettre leur maison en ordre », notamment en recréant des marges au niveau budgétaire pour être en mesure de faire face aux prochains chocs, tout en « mettant fin aux déséquilibres excessifs », tels que la surconsommation aux Etats-Unis ou des investissements trop élevés en Chine.
Car la trajectoire de la dette publique mondiale n'a toujours pas dévié et son ratio devrait atteindre 100% du PIB mondial d'ici à 2029, tiré en particulier par les Etats-Unis, la Chine, et les pays européens, alors que les marchés obligataires se tendent, les taux d'emprunt augmentant fortement pour des pays comme le Japon, la France ou le Royaume-Uni.
La conséquence pour les pays est « des intérêts qui augmentent, une pression à la hausse sur les coûts d'emprunt qui pèse sur les autres dépenses et réduit la capacité des gouvernements à résister aux chocs », a alerté Mme Georgieva.
« L'assainissement budgétaire est nécessaire, tant pour les pays riches que pour les plus pauvres », a souligné la patronne du Fonds, « c'est difficile, comme le montre les nombreux cas de tensions sociales, mais si c'est fait de manière ordonnée, bien mis en place et avec une information complète, une baisse importante des déficits peut être réalisée ».


