On célèbre souvent la « résilience libanaise ». Une formule devenue presque un cliché, répétée autant par les observateurs étrangers que par les Libanais eux-mêmes. Elle désigne cette incroyable capacité à affronter l’instabilité, à encaisser les crises économiques, politiques ou sociales, puis à continuer malgré tout. Mais derrière cette image d’endurance héroïque, se cache une vérité plus complexe, parfois inquiétante.
Car cette résilience, bien réelle dans la survie quotidienne, peut vite se transformer en illusion collective. Entre adaptation forcée et refus d’affronter le changement, elle finit par devenir un déni. En d’autres termes, « tenir bon » ne suffit plus : cela revient trop souvent à masquer les failles d’un système à bout de souffle et à fuir des réalités douloureuses.
Le danger est clair : à force de glorifier l’endurance, on normalise l’inaction politique. On excuse la mauvaise gouvernance. On accepte l’absence de véritables plans de gestion de crise. Et, pendant ce temps, la société s’enferme dans un cercle vicieux où la survie quotidienne remplace la construction d’un avenir structuré.
La vraie résilience n’est pas de serrer les dents ou de s’offrir une parenthèse en soirée pour oublier les difficultés. Elle implique d’anticiper, d’apprendre des erreurs passées et surtout de bâtir des réponses durables. Or cela, au Liban, fait cruellement défaut. La résilience authentique est exigeante : elle demande des réformes en profondeur, une gouvernance solide et des mécanismes clairs pour gérer les chocs à venir.
C’est ce pas-là que le Liban doit franchir. Sortir de l’illusion confortable de la survie pour investir dans une résilience active, fondée sur la transparence, la coordination et la protection des plus vulnérables. Car sans cela, le pays restera enlisé, et dans une région où les crises se succèdent, l’absence d’une vraie stratégie ne pourra que l’affaiblir encore davantage.
Au fond, chaque moment d’endurance est une ressource précieuse. Mais il doit être le tremplin vers un renouveau collectif, pas une fin en soi.
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