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Nos lecteurs ont la parole

Conflit israélo-palestinien : miroir des failles de la gouvernance mondiale

On pourrait raconter l’histoire du conflit israélo-palestinien de multiples façons : en la remontant à des millénaires, aux livres de la Genèse et de l’Exode, racontant la libération des Hébreux que Dieu promet de conduire vers la « Terre promise ». Ou simplement remonter aux événements tragiques du 7 octobre 2023, en ne racontant qu’un bout de l’histoire. Mais la réalité contemporaine est tout autre. Elle ne se lit pas dans les mythes ou les récits anciens, mais dans les drames humains vécus au quotidien.

Quel que soit l’angle de lecture, aucune version de l’histoire ne saurait justifier l’humiliation quasi quotidienne que subit le peuple palestinien dans l’enclave de Gaza ou au sein des colonies israéliennes en Cisjordanie. Rien, ni personne, ne peut justifier le carnage d’orphelinats et d’hôpitaux, la famine minutieusement organisée ou la destruction ciblée par l’État hébreu du patrimoine culturel de communautés peuplant la région depuis des centaines d’années. La souffrance de populations entières, déplacées d’un territoire à un autre comme du bétail en quête de pâturages, ne peut être balayée au nom d’intérêts géopolitiques ou de prétendus impératifs sécuritaires.

Force est de constater que ce qui se joue aujourd’hui est bien plus grave qu’un conflit entraînant des répercussions régionales. C’est un véritable séisme bousculant la gouvernance mondiale et l’équilibre des centres décisionnels. Aujourd’hui, c’est la crédibilité de la communauté internationale qui est en jeu, affaiblie par son refus de confronter un État irresponsable, un État ivre de sa supériorité militaire et qui se moque des lois et des conventions internationales. Une crédibilité qui commençait déjà à s’effriter depuis maints conflits irrésolus tel que celui aboutissant au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, provoquant le massacre de 800 000 morts en trois mois, sous le regard impuissant de l’ONU. Bien plus tard, les troupes américaines envahissent l’Irak en 2003 sans le feu vert du Conseil de sécurité des Nations unies, provoquant des centaines de milliers de morts. Aujourd’hui, l’impunité de l’État d’Israël dans le conflit récent avec le Hamas démontre une fois de plus l’inefficacité de la diplomatie internationale.

Ces petits pas hésitants du côté des puissances occidentales s’expliquent de différentes façons. Leur inaction est principalement nourrie par un sentiment de culpabilité des chancelleries européennes à l’égard du peuple juif, vilipendé et martyrisé au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Un peuple broyé par la machine de guerre nazie, à qui pourtant on avait promis, bien avant la Seconde Guerre mondiale, l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif en Palestine via la déclaration Balfour en 1917. Elle s’explique aussi par la crainte que toute forme d’opposition aux velléités belliqueuses d’Israël soit, de facto, qualifiée d’« antisémite » ou d’« antisioniste ». Au mieux, l’accusation porte sur le fait de ne pas « en faire assez » pour combattre l’antisémitisme latent, comme le prétend Charles Kushner, ambassadeur des États-Unis en France, dans sa récente invective contre le président français Emmanuel Macron.

Ce sentiment de culpabilité a cependant eu pour conséquence de nourrir une politique étrangère déséquilibrée et de déplacer la souffrance au Moyen-Orient, région qui paie encore le lourd tribut d’une diplomatie hésitante.

Aujourd’hui, le conflit israélo-

palestinien dépasse la dimension religieuse. On pourrait faire le parallèle, par son intensité et sa durée, avec d’autres conflits tels que celui en Irlande du Nord entre catholiques nationalistes et protestants unionistes, entre minorités blanches et majorité noire en Afrique du Sud durant l’apartheid, ou même entre l’Inde et le Pakistan dans la région du Cachemire. Tous ces conflits partagent une dimension religieuse et nationale sur un territoire disputé, avec la présence d’une puissance militaire dominante et d’un peuple opprimé. Hormis les spécificités du conflit israélo-palestinien, la résolution du conflit ne peut être différente de celle des autres conflits. Une paix véritable et durable ne peut reposer sur des braises brûlantes. Elle exige une solution équitable, construite sur la reconnaissance réciproque des droits et de la dignité des deux peuples. La paix ne peut être pensée qu’avec et par les principaux intéressés. Les maux ne peuvent être pansés sans une implication directe des Palestiniens, sans une réelle volonté de reconnaître leur souveraineté, leurs droits et avant tout leur humanité.

Malgré les efforts timides des grandes puissances pour tenter de trouver une solution plus ou moins pérenne au conflit israélo-

palestinien, aucune force étrangère ne peut prétendre mettre fin au conflit si son objectif prioritaire est de garantir la protection de l’État d’Israël au-delà de toute autre considération humanitaire. Une telle approche, déséquilibrée par essence, entretient la haine et repousse encore plus loin l’horizon de la réconciliation.

À plus grande échelle, sans une restauration d’une gouvernance claire et du droit international, qui pourrait s’émouvoir d’une potentielle invasion de Taïwan par la Chine ? Ne serait-il pas légitime pour la Russie de prétendre conquérir d’autres « espaces vitaux » qui lui appartenaient avant la chute du mur de Berlin ? Au nom de quoi d’autres régimes autocratiques, tels que l’Iran des mollahs ou la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, n’auraient-ils pas le droit de réaliser leurs propres fantasmes expansionnistes, de violer des frontières ou de s’affranchir des règles du droit international, si l’inaction et l’impunité deviennent la norme ?

Le conflit dure depuis trop longtemps. La seule voie vers la paix passe par une répartition juste et équitable, et par un engagement sincère à construire un avenir commun, affranchi de la violence et de l’humiliation. Or cette approche exige des acteurs capables de compromis et de dialogue – qualités que les extrêmes des deux camps n’ont pas. Comme le dit l’adage : confiez une cause aux extrémistes, et elle est perdue.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

On pourrait raconter l’histoire du conflit israélo-palestinien de multiples façons : en la remontant à des millénaires, aux livres de la Genèse et de l’Exode, racontant la libération des Hébreux que Dieu promet de conduire vers la « Terre promise ». Ou simplement remonter aux événements tragiques du 7 octobre 2023, en ne racontant qu’un bout de l’histoire. Mais la réalité contemporaine est tout autre. Elle ne se lit pas dans les mythes ou les récits anciens, mais dans les drames humains vécus au quotidien.Quel que soit l’angle de lecture, aucune version de l’histoire ne saurait justifier l’humiliation quasi quotidienne que subit le peuple palestinien dans l’enclave de Gaza ou au sein des colonies israéliennes en Cisjordanie. Rien, ni personne, ne peut justifier le carnage d’orphelinats et...
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