L'affiche de Beyrouth Livres 2025 réalisée par Lamia Ziadé. DR
On croise les doigts, mais cette année, Beyrouth Livres semble bien parti pour tenir sa troisième édition. C’est d’ailleurs avec « beaucoup d’émotion » que l’ambassadeur de France au Liban, Hervé Magro, a présenté ce grand événement littéraire lors d’une conférence de presse à l’Institut français du Liban (IFL, rue de Damas). Lancé en 2022, ce concept avait dès sa création rassemblé quelque 20 000 visiteurs et tenu ses promesses en matière de décentralisation culturelle. Il poursuit aujourd’hui son développement dans le même esprit. Et s’il survit dans « un monde secoué par des crises multiples, c’est parce que nous avons la conviction que la culture et l’éducation sont des piliers fondamentaux, le socle de l’humanité et l’avenir du Liban », a déclaré l’ambassadeur dans son mot d’ouverture.
Un festival au cœur du plurilinguisme
Beyrouth accueille pour la première fois la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts. Car « Beyrouth Livres est bien plus qu’un festival : c’est une célébration de la culture francophone à l’image du Liban, ce pays par excellence du plurilinguisme, qui a par ailleurs rejoint le programme « Livres des deux rives », soutenant les échanges autour du livre entre les sociétés des deux rives de la Méditerranée », a poursuivi Hervé Magro.
Cette édition s’ouvre sur une image forte : une affiche signée Lamia Ziadé, auteure et illustratrice installée à Paris, qui publie cet automne Rue de Phénicie (P.O.L), récit d’une errance nocturne dans la capitale libanaise, en quête des blessures d’un pays et d’un monde. Son visuel pour Beyrouth Livres assemble couleurs vives, fragments de visages et éclats de ville, une invitation à « ouvrir le grand livre du festival » pour confronter passé et présent.
Du 22 au 26 octobre, Beyrouth Livres proposera plus de 80 rencontres réunissant auteurs, poètes, artistes et penseurs venus de dix pays, dans vingt lieux. Conférences, débats, lectures, expositions, projections, concerts dessinés, spectacles : pendant cinq jours, la littérature se lira, se chantera, se dansera et tendra la main à tous.
Des auteurs venus du monde entier
Cette édition promet, comme à l’accoutumée, des moments forts avec de grandes figures de la littérature francophone : Nicolas Mathieu, Maylis de Kerangal, Serge Bloch, Hemley Boum, Charles Berberian, Kaouther Adimi ou Rim Battal. Les écrivains libanais ne seront pas en reste : Charif Majdalani, Lamia Ziadé, Marwan Chahine, Hyam Yared ou Laure Ibrahim porteront leurs voix. Des projets inédits pour encourager la lecture seront également présentés, avec Augustin Trapenard, ambassadeur de Bibliothèques Sans Frontières, comme invité phare.
Mais Beyrouth Livres, malgré son nom, ne se limite pas à la capitale. Il ira à la rencontre des élèves et étudiants dans une cinquantaine d’écoles et universités du pays, et se déplacera aussi en région – de Tripoli à Baalbeck, de Zahlé à Saïda – grâce au réseau des antennes de l’IFL. La littérature s’y affirme comme une matière vivante, en mouvement, toujours en quête de nouveaux publics.
Sabine Sciortino, directrice de l’Institut français du Liban, a rappelé que la création de Beyrouth Livres, succédant au Salon du livre, « répondait à une nouvelle réalité libanaise ». Elle a également exprimé sa joie de travailler avec le ministère de la Culture et annoncé l’entrée des sciences humaines dans le programme avec l'organisation d'un colloque à l’Université Saint-Joseph. À ses côtés, Sarra Ghorbal, attachée pour le livre et le débat d’idées et commissaire du festival – qui reprend le flambeau de Mathieu Diez – a détaillé les nombreux moments phares.

Les rendez-vous incontournables
Parmi eux : le quart d’heure de lecture national du 21 octobre, où tout le Liban lira ensemble ; l’annonce, pour la première fois, des lauréats du prix Albert Londres depuis l’ESA Business School – où notre collègue Emmanuel Haddad figure parmi les candidats – signe que la ville reste une place de mots et d’idées ; de grands débats sur l’exil, la mémoire, la démocratie ou le féminisme ; l’itinéraire littéraire de Mar Mikhaël transformant galeries et cafés en escales de signatures ; et une édition spéciale de L’Orient-Le Jour, L’Orient des écrivains, confiée à Sabyl Ghoussoub. La jeunesse sera aussi célébrée grâce à un grand atelier mené par Marc Boutavant à la Bibliothèque nationale.
La clôture festive, les 25 et 26 octobre, transformera le campus de l’ESA en agora littéraire avec lectures, ateliers jeunesse et performances collectives. Le public y découvrira aussi Rêver le Liban, un recueil né d’un concours d’écriture étudiant, ainsi que Le pays blanc, projet collectif d’auteurs en soutien à l’Unicef.
Des soirées artistiques ponctueront la programmation au Metro al-Madina, avec notamment Camille Ammoun, Charif Majdalani, Hyam Yared et Maylis de Kerangal, qui plongeront dans l’univers sonore et visuel de Nasri Sayegh pour raconter la ville, ses fractures et ses lendemains vacillants. Puis Walaw ! – concert-dessiné orchestré par Charles Berberian – réunira écrivains, illustrateurs et DJ, où mots, images et sons s'entremêleront.
Le cinéma sera également à l’honneur avec la projection du film Horizontes au Metropolis, en partenariat avec l’ambassade de Suisse, accompagnée de la présentation de son adaptation en bande dessinée, Alicia, et d’une discussion avec son auteure et réalisatrice, Eileen Hofer.
Enfin, autour des mots, les images auront aussi leur place. On pourra découvrir l’exposition « Diplomatie & Bande dessinée : la France et le monde depuis 1945 », conçue par Hervé Magro, qui met en dialogue archives diplomatiques et planches de BD. Les planches de Zarbo, elles, ressusciteront le Beyrouth de 1958, échos graphiques aux thèmes de Lamia Ziadé entre mémoire et présent.
Beyrouth Livres est ainsi plus qu’un hommage vibrant à la littérature : c’est un moment de joie partagé qui fédère autour de la culture.
Tout le programme est à retrouver en cliquant ici



genial. merci pour ce beau programme.
10 h 33, le 25 septembre 2025