Un navire au large des côtes libanaises, en mars 2022. Photo d’illustration Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour
Le Liban a été privé de dizaines de millions de dollars à travers des importations de fuel russe visé par les sanctions occidentales, dans le cadre d’un stratagème présumé ayant consisté à falsifier des manifestes pour dissimuler l’origine des produits, révèle le quotidien The National, basé à Abou Dhabi, dans une enquête publiée lundi.
Selon le journal, des négociants internationaux ont facturé au Liban des montants jusqu’à 70 % plus élevés pour ces importations de fuel russe, bien au-dessus du plafond de prix imposé par les sanctions du G7 contre Moscou.
Les pays du G7 avaient infligé des sanctions à la Russie après son offensive en Ukraine. En 2023, un plafonnement (price cap, NDLR) à 45 dollars le baril a été instauré pour le pétrole russe – bien en deçà de son prix de marché actuel de 62,2 dollars – afin d’asphyxier l’économie et les revenus énergétiques de Moscou.
Le gouvernement libanais avait confirmé en juillet qu’il n’existait aucune interdiction sur les importations de pétrole russe, à condition que les mécanismes de plafonnement de prix soient respectés.
Origines masquées et millions gaspillés
Des plaintes déposées le 12 juin par l’ingénieur libanais Fawzi Mechleb, qui avait inspecté le navire Minerva Antonia, ont déclenché une enquête sur des dizaines de tankers ayant accosté au Liban mais dont la trace remonterait à la Russie, explique The National.
M. Mechleb avait affirmé que des négociants étrangers avaient manipulé les manifestes de cargaison (les registres officiels de marchandises d’un navire) pour faire passer du fuel russe sanctionné pour des produits originaires de pays méditerranéens (comme la Turquie ou l’Égypte), leur permettant ainsi de surfacturer le Liban tout en violant à la fois les réglementations internationales et locales, poursuit le quotidien.
Selon des données partagées par des experts du secteur pétrolier, 60 % des cargaisons russes destinées au Liban ont été transférées de navire à navire (STS) en cours de route – une pratique qui, bien que légale, est largement considérée comme un signal d’alerte en matière de contournement des sanctions et de contrebande, puisqu’elle dissimule l’origine et le volume réels des cargaisons, écrit The National.
Le journal a identifié trois navires impliqués dans des opérations suspectes, dont le Minerva Antonia, affrété par Iplom International SA, qui a quitté la Russie le 25 juillet avec 33 841 tonnes de fuel à destination du Liban. Contrairement à d’autres cas, cette cargaison n’a cependant pas tenté de masquer son origine russe.
« Cela aurait pu être une excellente affaire pour le Liban », écrit le quotidien, car « le chargement aurait dû être vendu à environ 10 millions de dollars. Mais le Liban n’aurait jamais bénéficié de la remise et aurait payé près de 17 millions pour la cargaison, selon les documents – soit environ 70 % de plus que sa valeur ».
Le Hawk III
Parmi les navires suspects figure le Hawk III, qui pourrait avoir transporté du pétrole russe déguisé en cargaison turque afin d’en gonfler artificiellement le prix.
Le navire, qui transportait du fuel destiné à Électricité du Liban (EDL), a été empêché par la marine militaire libanaise – sur ordre de la justice – de quitter illégalement les eaux territoriales libanaises dans la nuit du 12 au 13 septembre, lors d’une opération au cours de laquelle trois soldats ont été blessés et 22 personnes à bord du bateau arrêtées.
Commentant cette affaire dans un communiqué publié mardi, les douanes libanaises ont expliqué que, sur la base d’informations reçues le 21 août concernant de faux documents de cargaison, une patrouille de la marine militaire de Beyrouth est montée à bord du Hawk III. Les militaires ont examiné « les papiers du navire et l’ordinateur du capitaine, confirmant que le fuel provenait bien de Russie et que les documents présentés aux autorités libanaises étaient falsifiés ».
Le procureur général a alors été saisi et a imposé une interdiction de voyage au navire. Afin d’éviter un black-out électrique à l’échelle nationale, le ministère de l’Énergie a toutefois autorisé, le 5 septembre, le déchargement de la cargaison, selon le communiqué des douanes. Le fuel a été déchargé par étapes dans la centrale de Zouk, le reste ayant été stocké dans le terminal de Jiyé.
Le navire devait retourner à Beyrouth pour les besoins de l’enquête et dans l’attente d’être saisi par les autorités libanaises, poursuivent les douanes. Mais sur le chemin du retour vers la capitale, le 12 septembre, l’équipage a désactivé le dispositif de suivi du navire et tenté de quitter illégalement les eaux libanaises. C’est alors que la marine militaire a intercepté le vaisseau, l’empêchant de poursuivre son chemin.
Alors que plusieurs enquêtes sont encore en cours, il n’est pas clair pour l’instant si les autorités libanaises ont sciemment accepté des cargaisons surfacturées ou si elles ont simplement failli à exercer la diligence requise, précise The National.



On devrait plutôt s'abonner a The National. On aura l'information plus vite et complète. On a malheureusement le même type d'informations au journal télévisé.
14 h 58, le 17 septembre 2025