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Culture - Musique

En première partie de John Legend et Amr Diab : Sarah Ali chante

Des débuts timides à l’enfance aux grandes scènes de Beyrouth et du Caire, cette auteure-compositrice-interprète de 23 ans s’impose en première partie de légendes, mêlant soul, R&B et mémoire arabe avec une vulnérabilité et une force désarmantes.

En première partie de John Legend et Amr Diab : Sarah Ali chante

Sarah Ali en compagnie du grand chanteur égyptien Amr Diab. Photo Carl Halal

Nous n'avons pas découvert Sarah Ali dans une loge ou lors d’un entretien feutré, mais bien sur scène, sa voix se déployant dans la nuit. De ces voix qui suspendent les conversations, forcent à tourner la tête et à écouter : ample, nuancée, sans crainte d’exposer l’émotion. Une empreinte qui persiste longtemps après la dernière note.

« Honnêtement, je chante depuis que je suis née », confie la jeune fille à L’Orient-Le Jour dans un éclat de rire. Élevée à Beyrouth, timide dans les salles de classe, elle se métamorphosait dès qu’un micro se posait entre ses mains. Ses influences se sont dessinées très tôt : son oncle maternel, Omar Chakil, ancien artiste ayant signé chez Warner Music France, lui fait découvrir Mariah Carey et l’âge d’or du R&B des années 2000. Du côté paternel, son arrière-grand-père Mohammad Fleyfel a composé la chanson patriotique Mawtini et a contribué à révéler Feyrouz. « C’est dans mon sang », sourit-elle.

Mais l’héritage ne suffit pas à expliquer ce mélange singulier. « J’aime Barbra Streisand, Beyoncé et George Smith, dit-elle, autant que Feyrouz ou Oum Kalthoum. » R&B, soul et mémoire classique arabe s’entrelacent dans ses chansons, parfois en filigrane, parfois de manière frontale. « Je tiens toujours à glisser un paragraphe en arabe dans ma musique, ajoute-t-elle. Même quand je chante en anglais, cela s’entend dans mes phrasés, dans ma manière d’habiter les notes. »

De Londres à la scène

Après des études en sciences humaines au SOAS de Londres, elle commence à coécrire avec son oncle tout en rencontrant le producteur Anthony Marshall – connu pour ses collaborations avec J.Lo et Craig David. « Il a entendu ma voix et a voulu m’entraîner, bâtir sur ce que j’avais déjà », se souvient-elle. De ces sessions naît son premier single Crystallized Stranger, inspiré de la philosophie de l’amour chez Stendhal, suivi de Liberal Friends.

Sa première épreuve de scène arrive à l’improviste : la première partie de John Legend en Égypte en juillet 2022. « Je n’avais jamais chanté mes propres titres devant un public », admet-elle. En deux semaines, elle chorégraphie, choisit ses tenues, répète jusqu’à l’épuisement. « En montant sur scène, je me disais : qu’est-ce que je fais là ? Et puis les gens se sont mis à danser, chanter, pleurer. Là, j’ai compris que c’était ma voie. »

Cette révélation a ouvert le chemin vers Beyrouth.

Sarah Ali sur la scène du Beirut Waterfront en première partie du concert de Amr Diab le 30 aout 2025. Photo Carl Halal
Sarah Ali sur la scène du Beirut Waterfront en première partie du concert de Amr Diab le 30 aout 2025. Photo Carl Halal

La guerrière de l’amour

Le 30 août dernier, Sarah Ali assurait la première partie de Amr Diab devant 20 000 spectateurs à Beyrouth. Vêtue d’une longue robe rose signée par la créatrice libanaise Yassmin Saleh, brodée de roses, elle incarnait ce qu’elle appelle son alter ego : la Love Warrior.

« Mon épée est une fleur, chante-t-elle dans un titre inédit, mais une épine peut être plus tranchante qu’un million de couteaux. » Une métaphore qui dépasse la poésie : c’est son credo. « Je veux que l’on s’élève dans un univers parallèle où l’on puisse coexister sans peur », confie-t-elle.

Son set voyageait entre R&B en anglais et résonances arabes, sa voix enlaçant l’interprétation par Feyrouz du poème de Gibran Khalil Gibran Aatini al-Nay wa Ghanni (Donne-moi le nay et chante). Le public, saisi, s’est enflammé de nostalgie et d’émerveillement. « Cet instant – voir les regards s’illuminer – m’a bouleversée », raconte-t-elle. Même Amr Diab l'aurait félicitée en coulisses, promettant de parler d’elle à sa fille Jana.

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L’envol à venir

À seulement 23 ans, Sarah Ali n’en est qu’à ses premiers pas. Elle prépare son premier EP avec Marshall tout en façonnant un album qui marie influences arabes, soul-pop et R&B. Ses inspirations sont des voix intemporelles, mais son rêve de collaboration se nomme Raye, la chanteuse britannique. « Elle est vraie, dit simplement Sarah. Elle a trimé pendant des années à écrire pour les autres avant de percer. Je l’admire énormément. »

Quand on lui demande où elle se voit dans cinq ans, elle ne tergiverse pas : « Je veux créer quelque chose d’intemporel. Quelque chose qui touche les gens. »

Dans une ville qui a offert au monde Feyrouz et ses échos fairouziens, Sarah Ali ne cherche pas à remplacer un héritage. Elle bâtit le sien : enraciné à Beyrouth, ouvert sur Londres, Le Caire et Dublin, et destiné à tous ceux qui s’arrêtent un instant pour l’écouter.

Comme lors de cette première rencontre avec sa voix, ce qu’on entend donne moins l’impression d’un début que celle d’un véritable commencement. 

Nous n'avons pas découvert Sarah Ali dans une loge ou lors d’un entretien feutré, mais bien sur scène, sa voix se déployant dans la nuit. De ces voix qui suspendent les conversations, forcent à tourner la tête et à écouter : ample, nuancée, sans crainte d’exposer l’émotion. Une empreinte qui persiste longtemps après la dernière note.« Honnêtement, je chante depuis que je suis née », confie la jeune fille à L’Orient-Le Jour dans un éclat de rire. Élevée à Beyrouth, timide dans les salles de classe, elle se métamorphosait dès qu’un micro se posait entre ses mains. Ses influences se sont dessinées très tôt : son oncle maternel, Omar Chakil, ancien artiste ayant signé chez Warner Music France, lui fait découvrir Mariah Carey et l’âge d’or du R&B des années 2000. Du côté paternel, son...
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