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Culture - Sélection

Nouvelle vague musicale : ces huit artistes qui redessinent le paysage libanais

Entre défis et réalité de l’industrie de la musique, la scène libanaise indépendante semble retrouver un nouveau souffle. « L’Orient-Le Jour » est allé à la rencontre de quelques-uns.

Nouvelle vague musicale : ces huit artistes qui redessinent le paysage libanais

Taxi 404, en route vers le paradis

Taxi 404. Photo Eli Salameh


Taxi 404, le groupe formé en 2017 par Amin et Andy, revient après un long silence avec Paradis, un single aux accents indie rock, sincère et libérateur. Ce titre marque un tournant pour les deux artistes, influencés par The Strokes, Serge Gainsbourg ou encore Abdel Halim Hafez – un mélange audacieux entre rock alternatif et héritages musicaux variés. Leurs compositions, initialement inspirées par la pop, ont évolué vers une approche authentique, un choix qui reflète leur désir de créer avant tout pour eux-mêmes. 

Le Liban, dans toute sa complexité, reste une source d’inspiration. « Notre musique est une extension de ce que nous vivons », expliquent-ils. Le duo cultive une complémentarité fluide : qu’il s’agisse de composer, d’arranger ou de jouer, ils construisent leur univers sonore à quatre mains, dans une harmonie instinctive. Après une collaboration avec Vernis Rouge, ils prévoient un concert à Beyrouth en juillet et rêvent de projets en d’autres langues, avec un seul mot d’ordre : plaisir et authenticité.

Blu Fiefer, brûler les normes pour se réinventer

Blu Fiefer. Photo Christian Abou Fayssal
Blu Fiefer. Photo Christian Abou Fayssal


Blu Fiefer, productrice et réalisatrice libano-mexicaine, fondatrice du label Mafi Budget, s’impose sur la scène indépendante libanaise comme une icône engagée. Son dernier album, Villain Bala Cause (titre arabo-anglais), est empreint d’une réalité difficile. Aussi intime que percutant, il retrace son parcours depuis la révolution d’octobre 2019 jusqu’aux traumatismes de l’explosion au port et de la guerre, entre espoir, désillusion et nécessité de se réinventer pour continuer. « On finit par se transformer, se métamorphoser en antihéros si on veut survivre. »

Son univers hybride puise dans le hip-hop, la musique classique ou encore l’électro, avec une narration forte et une signature visuelle quasi cinématographique. Le Liban, en toile de fond, s’infiltre dans chaque beat et chaque mot. Refusant l’influence occidentale, Blu choisit l’arabe libanais comme langue de création pour affirmer son identité et confirmer son appartenance. Dans un paysage musical dominé par la pop commerciale et freiné par la censure, elle défend une scène alternative affranchie et radicale. Un projet hors norme, comme elle.

Kamal el-Hage, la pop libanaise à l’international

Kamal el-Hage. Photo Kamal el-Hage et Cristina Hron
Kamal el-Hage. Photo Kamal el-Hage et Cristina Hron


Auteur, compositeur, interprète libanais basé à Los Angeles, Kamal el-Hage façonne une pop-R&B aux accents introspectifs et universels. Si la musique est une histoire de famille – il est le fils de la chanteuse Fadia Tomb el-Hage –, Kamal écrit dès l’âge de dix ans et compose à partir d’un riche bagage classique. Influencé par des icônes telles que Beyoncé ou Justin Timberlake, il mêle les sonorités mainstream des années 2000 à une sensibilité personnelle. Son dernier single, No Stars in LA, coécrit avec l’artiste vénézuélienne Cristina Hron, dépeint avec poésie la désillusion du rêve américain.

Mêlant lyrisme et authenticité, l’artiste explore aussi bien les tourments de l’amour, du désir et du chagrin que des thèmes plus profonds liés à l’identité, à l’image de soi et aux contradictions sociales, notamment au Moyen-Orient. Bien qu’il ne chante pas en arabe, Kamal puise dans ses racines pour infuser à ses créations des influences orientales instrumentales. À travers ses morceaux, il incarne une génération en racontant le monde tel qu’il le perçoit : avec franchise, vulnérabilité et un regard moderne. Une voix singulière à suivre de près.

DJ Cynthia Lahoud, groove libanais et funk en fusion

Cynthia Lahoud. Photo Joya Simon/ Courtoisie de Club Soda
Cynthia Lahoud. Photo Joya Simon/ Courtoisie de Club Soda


Depuis dix ans, Cynthia fait danser les foules, casque sur les oreilles, sourire aux lèvres. Si, petite, elle passait des heures devant MTV music video, bercée par les hits de Katy Perry et Black Eyed Peas, son univers musical s’est depuis largement enrichi. Chimiste de formation, elle a troqué éprouvettes et laboratoires contre platines et rythmes électro. Son approche ? Intuitive, viscérale : le rythme avant tout, les mélodies avant les mots. « Mon job, c’est de rendre les gens heureux », dit-elle simplement.

Entre funk, disco, afro house et touches orientales qu’elle glisse comme une signature, Cynthia fait vibrer les nuits libanaises – une scène qu’elle considère comme unique au monde et à laquelle elle reste farouchement fidèle. Son dernier projet, un remix disco du tube I like the way you move, a nécessité deux mois de travail. Inspirée par Purple Disco Machine, DJ et producteur allemand, elle s’inscrit dans la mouvance « new disco », revisitant des classiques inattendus. À venir : des versions dansantes de Holding out for a hero et I wanna dance with somebody.

Etyen et Salwa, entre électro et mémoire

Etyen et Salwa. Photo Moufid Maher
Etyen et Salwa. Photo Moufid Maher


Quand le compositeur et producteur libanais Etyen croise la voix de Salwa Jaradat, chanteuse palestinienne, cela donne Qoumi, un EP qui marie héritage et modernité. Nés de leur rencontre en 2020 lors du programme OneBeat Lebanon, leurs morceaux résonnent comme une redécouverte identitaire à travers un genre expérimental envoûtant. Salwa puise dans les chants de résistance palestiniens que lui transmettait sa grand-mère : des chansons codées, nées sous le mandat britannique, utilisées pour déjouer la censure. En ajoutant des lettres aux mots, les messages circulaient en secret. Avec Etyen, ces mélodies traditionnelles trouvent une nouvelle vie dans une texture électronique hypnotisante, levant le silence sur un passé souvent occulté. Qoumi est un appel à l’insurrection, une injonction à reprendre possession de soi et de ses racines, une manière de revendiquer son histoire à travers une esthétique contemporaine, « c’est aussi un vibrant retour aux sources, dit Etyen, en leur donnant l’ampleur qu’elles méritent ».

Tamara Qaddoumi, le murmure en clair-obscur

Tamara Qaddoumi. Photo Huda Khalid
Tamara Qaddoumi. Photo Huda Khalid


Tamara Qaddoumi, artiste aux origines multiples – libanaise, palestinienne et écossaise –, dévoile The Murmur, son premier album, mêlant trip-hop, dream pop et textures électroniques. Auteure et chanteuse, elle signe une œuvre personnelle et immersive. Fruit d’une collaboration avec le musicien et compositeur Antonio Hajj, l’album explore les zones sombres de l’âme humaine tout en y traquant une lueur d’espoir. Chaque morceau est une scène introspective, habitée par sa voix magnétique. Enregistré dans un contexte difficile (octobre 2024), ce projet oscille entre ombre et lumière, chaos et clarté, à la recherche d’un point d’ancrage au cœur d’un monde tumultueux. Tel un chuchotement, l’œuvre invite à « saisir les instants de grâce à portée de main : ces petits bonheurs furtifs, comme le chant matinal des oiseaux en temps de chaos ». Elle explore aussi les limites intérieures que l’on s’impose pour traverser l’adversité. The Murmur est sorti le 25 avril 2025 sur les plateformes et est disponible en vinyle chez Fizz à Beyrouth. Tamara a été en concert à Paris le 3 juin au Supersonic Records.

Pól, le chant d’un retour au pays natal

Paola. Photo Gina Kazzi
Paola. Photo Gina Kazzi

Paola Ibrahim, alias Pól, nous ouvre les portes de son univers musical dans son appartement d’Achrafieh aux accents rétro, lieu du tournage de son dernier morceau Ken Helme  ; elle y enseigne aussi le chant, compose et y trouve son inspiration…

Ayant baigné dans la musique depuis son enfance, les influences de Pól sont multiples, allant de Bach à Mashrou’ Leila en passant par Lana Del Rey. Sa première chanson pop en arabe parle de son expérience et de celle de beaucoup de Libanais, tiraillés entre l’ici et l’ailleurs. « J’ai essayé de partir, de voir le monde, mais j’ai tout trouvé ici. C’est aussi un choix : j’ai décidé que j’allais tout trouver ici. » Si elle a longtemps puisé l’inspiration dans ses expériences personnelles, aujourd’hui c’est sa relation à son pays qui donne vie à son art. Sérénité et douceur habitent sa voix et font passer le message aussi sombre soit-il pour émerger sur une note positive : elle a trouvé sa voie ici. Au-delà de la dimension autobiographique, elle semble inviter la jeunesse du pays à revenir… 

Bonne Chose (شي طيب), une musique à savourer !

Le groupe Bonne chose. Photo DR
Le groupe Bonne chose. Photo DR


Composé des frères jumeaux Abdo Sawma à la batterie et Charbel Sawma à la basse, ainsi que du pianiste Rami Abou Khalil, le trio se rencontre très tôt sur les bancs de l’école et ne se sépare plus. À une époque où partir devient un état de fait, ils ont choisi le Liban par conviction. « Aucun d’entre nous ne s’est trouvé dans son élément à l’étranger », confie Rami.

Autodidactes, ils enchaînent les performances de jazz à Beyrouth et fusionnent les genres, en proposant au public des improvisations à travers une création expérimentale diversifiée. Leur style sort des circuits classiques puisqu’ils partagent souvent la scène avec de nombreux artistes entre musique orientale, pop ou sonorités brésiliennes. Leurs morceaux traduisent une harmonie immersive de l’instant où ils allient jazz, rock psychédélique, synthwave ou encore le sampling. Dans un pays ballotté par les vents, leur production artistique en est le reflet, portant en elle les émotions du moment. Le trio concocte un album depuis 2022, qu’il produira lui-même, quintessence de leur parcours et reprise de leur musique live.

Taxi 404, en route vers le paradisTaxi 404. Photo Eli SalamehTaxi 404, le groupe formé en 2017 par Amin et Andy, revient après un long silence avec Paradis, un single aux accents indie rock, sincère et libérateur. Ce titre marque un tournant pour les deux artistes, influencés par The Strokes, Serge Gainsbourg ou encore Abdel Halim Hafez – un mélange audacieux entre rock alternatif et héritages musicaux variés. Leurs compositions, initialement inspirées par la pop, ont évolué vers une approche authentique, un choix qui reflète leur désir de créer avant tout pour eux-mêmes. Le Liban, dans toute sa complexité, reste une source d’inspiration. « Notre musique est une extension de ce que nous vivons », expliquent-ils. Le duo cultive une complémentarité fluide : qu’il s’agisse de composer, d’arranger ou de...
commentaires (1)

Redessiner le paysage musical libanais? Bravo et bon courage aux artistes en question. Ceci dit, je ne sais pas pour les autres artistes, cependant, vous avez posté 2 vidéos pour 2 groupes ( ou 2 artistes). Sans doute, c'est tendance aujourd'hui? je le conçois mais à mon époque ( les années 70 à 90 ) je chantais aussi dans un groupe : Si j'avais chanté de la sorte que ces 2 vidéos ? J'aurais été catalogué de "shooté" ou "chansons pour shootés" :) :). Comme quoi ce qui était bizarre hier, c'est "normal" aujourd'hui... Bon courage à toutes / tous.

LE FRANCOPHONE

18 h 41, le 30 juin 2025

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Commentaires (1)

  • Redessiner le paysage musical libanais? Bravo et bon courage aux artistes en question. Ceci dit, je ne sais pas pour les autres artistes, cependant, vous avez posté 2 vidéos pour 2 groupes ( ou 2 artistes). Sans doute, c'est tendance aujourd'hui? je le conçois mais à mon époque ( les années 70 à 90 ) je chantais aussi dans un groupe : Si j'avais chanté de la sorte que ces 2 vidéos ? J'aurais été catalogué de "shooté" ou "chansons pour shootés" :) :). Comme quoi ce qui était bizarre hier, c'est "normal" aujourd'hui... Bon courage à toutes / tous.

    LE FRANCOPHONE

    18 h 41, le 30 juin 2025

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