Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement.
Et les mots pour le dire arrivent aisément
(Nicolas Boileau).
À l’appui de tout son talent de manœuvrier hors pair, le président de l’Assemblée nationale Nabih Berry maîtrise admirablement l’art de souffler le chaud et le froid. Il peut vous balancer vite fait un blizzard de derrière les fagots quand il s’estime tenu de faire montre d’une entière solidarité avec son allié le Hezbollah qui refuse de céder son arsenal. Mais il se radoucit et fait ami-ami dès lors que le pouvoir, sans renoncer bien sûr à son plan de désarmement des milices, accepte de dégarnir ce dernier de toute date butoir. À l’issue d’une chaleureuse rencontre lundi avec le président de la République, on le voit dès lors se réjouir des bénédictions de Notre Dame Marie, lesquelles font tout aller bien ; d’autant plus douce est cette fois la brise que pour un peu, on la croirait peuplée d’angelots voletant dans des volutes d’encens. Ah ! l’ondoyante magie des mots !
Il est grand temps cependant pour Berry de vanter auprès de ses propres alliés les charmes de la mesure, de la nuance, de la civilité, dans leur discours politique. Israël taxe systématiquement d’antisémitisme tout gouvernement étranger qui se hasarderait à dénoncer ses crimes de guerre commis au grand jour, son expansionnisme compulsif, sa frénésie guerrière qui le pousse même à pourchasser le Hamas jusqu’au Qatar, sanctuaire confirmé des négociations sur les otages.
Mais n’est-ce pas ce que fait à son tour le Hezbollah quand, par la bouche de certains de ses chefs ou par le biais de son armée cybernétique, il lance l’infamante accusation de sympathies sionistes à tout Libanais aspirant à la reconstitution d’un État seul détenteur légal de la force armée comme de la décision de guerre ou de paix ? En tête des dirigeants visés par cette immonde, irresponsable et malveillante cabale, figure le Premier ministre. Nawaf Salam est pourtant le magistrat à qui l’on doit un arrêt historique de la Cour internationale de justice relatif aux tendances génocidaires d’Israël. Ardent défenseur de la cause palestinienne, naturellement enclin à la conciliation, il demeure inébranlablement fidèle néanmoins à ses convictions libanaises, comme il l’a montré au sortir d’un entretien mardi avec Berry. Immonde et malveillante, cette cabale orchestrée qui a envahi les réseaux sociaux l’est aussi car outre des personnages politiques, elle s’en prend à des journalistes. Elle recourt non seulement à l’insulte, mais parfois aussi aux menaces de mort. Dans un pays où de nombreux assassinats politiques ont été perpétrés et où le Hezbollah s’est vu imputer nombre de ceux-ci, de telles pratiques ont un nom : celui de pousse-au-crime.
Il n’est jamais facile de s’évertuer à redorer un blason. Et ce n’est pas l’incitation à la violence qui pourrait aider à y parvenir.
Issa GORAIEB



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