Depuis la séance du Conseil des ministres de vendredi, le climat général dans le pays est devenu plus serein, comme si une nouvelle page pleine de promesses s’ouvrait. Pourtant, du côté du Hezbollah, l’atmosphère est loin d’être aussi optimiste.
Après la tension qui avait précédé la séance, et les craintes d’une confrontation directe entre l’armée et le Hezbollah suite aux décisions gouvernementales des 5 et 7 août sur la nécessité de désarmer la formation selon un calendrier qui expire le 31 décembre, les gens étaient soudain soulagés. Les différents protagonistes se sont d’ailleurs adressé des compliments sur leur sagesse et sur leur capacité à éviter le clash et préserver la paix civile, tout en permettant à l’armée de poursuivre sa mission, selon ses moyens et sa vision. Les réunions ont d’ailleurs repris entre les différents responsables, donnant l’impression d’un dialogue constructif, loin des surenchères.
Qu’est-ce qui a donc provoqué ce changement total de tendance ? Selon la version officielle, ce serait tout simplement dû au fait que le communiqué à l’issue du Conseil des ministres de vendredi ne comporte pas un endossement concret du plan présenté par l’armée et celui-ci ne parle pas non plus de délais précis, laissant ainsi une certaine marge de manœuvre à la troupe pour accomplir sa mission. Toutefois, sur le plan politique, la confusion reste totale puisque chaque camp interprète la situation à son avantage. Le camp hostile au Hezbollah rappelle que la décision de donner à l’armée le contrôle des armes a été confirmée dans le cadre de cette séance, et la seule concession est la question du délai, alors que le camp adverse, lui, considère avoir obtenu une sorte de victoire en effaçant le délai qui était prévu et en liant la réalisation de la mission de l’armée à des initiatives concrètes de la part des Israéliens, notamment sur le plan des positions récemment occupées en territoire libanais.
Seul, dans ce climat positif, le Hezbollah reste prudent. Pour lui, et contrairement à ce que disent ses proches, la décision du Conseil des ministres n’est pas « un pas en arrière » (selon les termes utilisés par certains analystes), mais plutôt un coup de frein provisoire. Selon les informations du Hezbollah, ce coup de frein a été décidé pour de nombreuses raisons. Les menaces du tandem chiite de recourir à des protestations populaires ont certes joué un rôle dans la volonté du gouvernement de ne pas endosser complètement les décisions des 5 et 7 août. Mais ce n’est pas le seul facteur qui a joué. Le Hezbollah est en effet convaincu que les Américains ont été mis au courant de cette volonté de freiner un peu l’élan en faveur de la remise des armes du Hezbollah à l’État et ils auraient accepté l’idée, pour des raisons qui ont trait à leurs intérêts propres et à la politique américaine en général dans la région. D’ailleurs, des sources proches du gouvernement laissent entendre que les Américains ont été informés du scénario qui devait être adopté lors de la réunion du 5 septembre.
Si des protestations populaires avaient eu lieu dans la rue, cela aurait pu provoquer des troubles et entraîner éventuellement la chute du gouvernement actuel, plongeant le pays dans un chaos improductif et plutôt difficile à gérer. À ce moment-là, il n’aurait plus été question d’appliquer la décision du gouvernement, mais d’essayer plutôt de mettre un terme au désordre et de tenter, dans des circonstances compliquées, de mettre en place un nouveau gouvernement. Ce qui n’est pas évident, vu les tensions entre les différentes composantes du pays, alors que l’actuel gouvernement n’est pas, dans sa composition générale, hostile à la politique américaine. Le pousser vers sa chute serait donc perdre un des acquis américains des derniers mois sur le plan de la politique interne libanaise. De plus, pour le moment, la priorité américaine, ainsi que celle des Israéliens, est ailleurs. Tous les efforts se concentrent, en cette période, sur Gaza et son sort ainsi que sur la Syrie et son nouveau régime.
Selon l’estimation du Hezbollah, le fait que la situation au Liban passe actuellement au deuxième ou troisième plan a sans doute joué un rôle dans le fait de donner plus de temps à l’armée pour accomplir la mission de prendre le contrôle de ses armes. Le Hezbollah est ainsi convaincu que dans un climat régional aussi complexe, où les Israéliens veulent régler définitivement le problème de Gaza, éliminer toute menace éventuelle venue de Syrie, tout en cherchant à annexer la Cisjordanie, les Américains ne veulent pas de complications au Liban. D’autant que celles-ci pourraient balayer tout ce qui a déjà été accompli. Dans ce contexte, il pourrait y avoir des divergences avec les Israéliens qui, eux, voudraient profiter de l’élan créé par l’affaiblissement du Hezbollah pour en finir totalement avec cette formation. Mais au final, les Américains ont leur mot à dire et, selon les informations parvenues au Liban, ce seraient eux qui auraient demandé aux Israéliens de ne pas élargir, au moins pour l’instant, le champ de leurs agressions contre le Liban.
Cette tendance à l’apaisement pourrait se prolonger ou changer, tout dépendra de l’évolution de la situation à Gaza, en Syrie, en Cisjordanie et même avec l’Iran. Beaucoup de données changent et la région tout entière est en pleine reconstitution. Dans ce contexte, et alors que le paysage ne s’est pas encore précisé, les Américains préfèrent donc que le Liban ne bascule pas dans une tourmente incontrôlable. C’est là que résiderait donc « le miracle » de la réunion du 5 septembre, qui a brusquement favorisé le retour du dialogue entre les responsables, évité des troubles dans la rue et assuré le renouvellement de la confiance dans l’armée pour la réalisation de sa mission, à son propre rythme.



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Comme toujours Mme Haddad est dénigré mais jamais égalé . On prefere des analyses plus enjolivé à la sauce USA.
11 h 16, le 10 septembre 2025