L’ambassadeur américain en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie, Tom Barrack (à gauche), et l’envoyée spéciale adjointe pour le Moyen-Orient, Morgan Ortagus (à droite), tiennent une conférence de presse au palais de Baabda à Beyrouth, au Liban, le 26 août 2025. Photo ANI.
Que penser de la récente visite à Beyrouth de l’envoyé américain Tom Barrack, accompagné de sa prédécesseure (qui semble toujours en fonctions), Morgan Ortagus, ainsi que des sénateurs Lindsey Graham et Jeanne Shaheen et du représentant Joe Wilson ?
Sur le plan des formes, cette joyeuse bande a fait des vagues : une vidéo de Mme Ortagus se faisant coiffer par un styliste local réputé a circulé sur les réseaux sociaux ; M. Barrack a utilisé le terme « bestial » pour qualifier le comportement de la presse libanaise, provoquant un tollé ; tandis que M. Graham, après avoir parlé d’une manière condescendante aux Libanais, a, lui, ajouté : « Ne me posez aucune question sur ce qu’Israël va faire tant que vous n’aurez pas désarmé le Hezbollah. Si vous désarmez le Hezbollah, nous aurons une bonne conversation. Si vous ne le faites pas, cette conversation n’aura aucun sens. »
Que peut-on conclure de cette visite désastreuse ? Que lorsque les responsables de l’administration Trump se rendent au Liban, ils profitent des divertissements locaux tout en ignorant les complexités du pays, dictant leur volonté plutôt que d’écouter. Sur les questions réelles, cependant, les Américains n’ont rien apporté. M. Barrack était censé revenir d’Israël après avoir obtenu un accord pour faciliter son plan de désarmement du Hezbollah, mais ses interlocuteurs ont répondu qu’ils ne réduiraient pas leurs attaques au Liban et ne se retireraient pas des zones occupées du Sud. Les commentaires de M. Graham n’ont, eux, fait que souligner davantage l’absence de réciprocité entre les mesures libanaises et israéliennes, que Barrack avait laissé entendre auparavant comme étant réalisable.
Un plan B sans Barrack ?
Quelles conclusions peut-on en tirer ? Premièrement, que le voyage au Liban était un échec avant même d’avoir commencé. Il n’est guère surprenant que le gouvernement libanais considère désormais le plan Barrack, avec son calendrier de fin d’année pour le désarmement du Hezbollah, comme nul et non avenu, même si la priorité du gouvernement d’imposer un monopole d’État sur les armes n’a pas changé. Deuxièmement, que M. Barrack n’est plus un interlocuteur valable, car il ne bénéficie pas du soutien de l’administration qui aurait pu contraindre Israël à faire des compromis sur son plan. Une prochaine démission de son poste d’envoyé spécial au Liban ne serait pas une surprise et le retour de Mme Ortagus à Beyrouth cette semaine – sans Barrack mais avec le nouveau chef du Commandement central américain –, suggère qu’elle pourrait reprendre les rênes, avec l’accord total d’Israël.
Serait-ce une surprise ? Lors de son séjour en Israël après son voyage à Beyrouth, Graham a déclaré : « Si nous ne parvenons pas à trouver une solution pacifique pour le désarmement du Hezbollah, nous devrons envisager un plan B. Le plan B consiste à désarmer le Hezbollah par la force militaire. Ce qui n’est pas négociable pour moi, c’est leur désarmement. Je préfère le faire par le biais d’un processus politique... Mais permettre au Hezbollah de posséder des armes lourdes est une impasse, cela ne laisse aucun avenir au Liban, et les menaces sont trop grandes pour permettre que cela se produise. »
Les États-Unis s’orientent rapidement vers un soutien pour une action militaire contre le Hezbollah. Le commandant de l’armée libanaise, Rodolphe Haykal, l’a certainement senti lorsqu’il a récemment menacé de démissionner plutôt que d’être contraint de prendre une telle mesure. Compte tenu de sa proximité avec le président Joseph Aoun, il est douteux que lui et le président aient des opinions divergentes sur la question. Si l’actuel et l’ancien commandants de l’armée semblent être d’accord qu’une solution militaire serait catastrophique, c’est qu’ils doivent savoir quelque chose que les Américains ignorent. Mais apparemment, rien ne dissuadera l’administration Trump, et on ne peut pas s’attendre à ce qu’elle reconnaisse que le refus d’Israël d’adhérer au plan Barrack visait peut-être à pousser l’armée dans une confrontation violente avec le Hezbollah, afin d’en tirer profit.
Le Hezbollah riposterait certainement contre le désarmement imposé et aurait la majorité des chiites de son côté. Toutes les expériences du passé montrent qu’une opération militaire aboutirait rapidement dans l’impasse. C’est la leçon à tirer des deux tentatives précédentes de l’armée libanaise pour vaincre les milices : en 1983-1984, lorsqu’elle a tenté de désarmer les milices prosyriennes avec le soutien des États-Unis ; puis en 1990, lorsqu’elle a tenté de vaincre les Forces libanaises. Dans les deux cas, les résultats étaient prévisibles. L’armée a attaqué, ce qui a conduit à un enlisement, puis elle a encerclé des zones principalement civiles et a intensifié ses tirs pour briser le statu quo. En conséquence, l’armée s’est retrouvée à bombarder ses propres citoyens, détruisant les infrastructures civiles et suscitant un immense ressentiment, tout en progressant très peu. Les résultats ont été désastreux et elle est sortie de ces combats considérablement affaiblie.
Les hauts responsables de la troupe, dont Joseph Aoun lui-même, étaient de jeunes officiers à l’époque et comprennent à quel point il serait insensé de répéter les erreurs du passé – la bataille acharnée de Nahr el-Bared en 2007 constituant un avertissement plus récent. L’armée sait également qu’il n’y a aucune garantie qu’elle restera unie face à de telles pressions, ni qu’elle sera capable de gérer la colère qui s’ensuivrait au sein de la communauté chiite, qui pourrait entrer dans un état d’insurrection prolongée.
Pire encore, si Israël intervenait contre le Hezbollah, que ferait l’armée ? Se rangerait-elle du côté d’un ennemi contre ses propres compatriotes ? C’est très difficile à imaginer, même si les Américains peuvent rêver d’un tel scénario. En fait, une telle évolution ne ferait que renforcer le discours du Hezbollah que l’armée et le parti doivent s’unifier contre Israël.
À tous égards, le recours à la force serait la pire option pour le Liban. Elle ne fonctionnerait pas, elle causerait de nombreux morts, en particulier parmi les civils, et elle raviverait les tensions confessionnelles. Nous pouvons également être assurés qu’une fois qu’une telle opération commencera à perdre de son élan, les Américains abandonneront les Libanais, comme ils l’ont fait en 1984 – et comme ils le font invariablement après avoir poussé leurs alliés dans des guerres sans issue.
Pire des scénarios
Pourtant, Lindsey Graham n’est pas le seul à faire preuve d’un tel enthousiasme martial. Des membres influents de centres de recherches américains expriment des sentiments similaires. David Schenker, du Washington Institute for Near East Policy, qui a occupé le poste de secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient pendant le premier mandat de Trump, a récemment écrit : « En fin de compte, le Liban pourrait encore manquer une autre occasion unique de renforcer sa souveraineté nationale, soit en reculant pour éviter une confrontation armée, soit en se montrant incapable de mener à bien la tâche militaire malgré des années de formation et de financement américains. Malgré tout, l’administration Trump devrait maintenir sa pression en tirant parti du financement américain des (forces armées), en menaçant de sanctionner des politiciens obstructionnistes et en conditionnant la reconstruction à la mise en œuvre du plan de désarmement. »
M. Schenker n’a pas tort lorsqu’il dit que le Liban risque de manquer une occasion, mais il se trompe en supposant que ce serait le pire des scénarios. Une guerre civile provoquée par les États-Unis contre le Hezbollah et conduisant à une impasse meurtrière est bien plus dangereuse que d’avancer lentement et de finir par trouver un modus vivendi avec le parti qui évite les conflits internes. Certains sont impatients de trouver des solutions rapides, ce qui est défendable car le Hezbollah est un fléau pour le Liban depuis de nombreuses années. Cependant, trop souvent, ceux qui prônent la guerre aux États-Unis ont vu leurs prédictions optimistes se révéler gravement erronées, et aucun Libanais ne souhaite aujourd’hui payer le prix de ces jeux irresponsables.
Il serait également utile que les Américains tiennent compte d’un autre aspect, assez évident au Liban : la communauté chiite est aujourd’hui plus préoccupée par la Syrie que par Israël. Les Américains sont trop attachés à la position israélienne pour s’intéresser à ces craintes, mais ils feraient bien d’y prêter attention. Les phobies des minorités ont toujours été un élément moteur de la dynamique du Liban, et il est impossible que la communauté chiite, pas plus que les autres communautés libanaises, ne tienne compte de ce facteur dans ses décisions concernant ses armes.
Le Liban se trouve dans une situation difficile, mais il serait bien plus préjudiciable pour le pays que ses dirigeants écoutent les sirènes de Washington. Si l’administration Trump n’est même pas capable de contraindre Israël à se retirer d’une ou deux collines du sud du Liban pour faire avancer le plan de désarmement de son propre envoyé, sans parler de respecter un accord de cessez-le-feu avec Israël que les responsables américains ont eux-mêmes négocié, comment le Liban pourrait-il faire confiance aux États-Unis. Le Liban est traité comme un pays qui a perdu une guerre l’année dernière, ce qui est justifié. Cependant, se lancer dans un conflit civil pour satisfaire certaines voix à Washington et à Tel-Aviv relève du suicide politique. Il n’y a absolument aucune raison pour que les Libanais se détruisent prétendument pour se sauver.
Rédacteur en chef de Diwan. Dernier ouvrage : « The Ghosts of Martyrs Square: an Eyewitness Account of Lebanon’s Life Struggle » (Simon & Schuster, 2010, non traduit)





Trump juge « totalement inacceptable » la réponse de l'Iran pour mettre fin à la guerre
C'est effarant de constater que tous et tout le monde oublie que les Israeliens ne sont pas les agresseurs, qu'ils n'ont jamais agresse leurs voisins, que ce sont les pays arabes ou iraniens qui leur ont cherche noise. Toutes ces elucubrations de toutes sortes sont erronnees pour le moins et de mauvaise foi. Si tous ces pays du Moyen-Orient avaient accepte le fait de l'existence d'Israel avec l'appui inebranlable des US, les palestiniens que les armees arabes n'ont jamais su defendre auraient pu vivre en paix, le Liban aurait continue a etre la Suisse du Moyen Orient etc...
12 h 51, le 11 septembre 2025