Arthur Heilbronn pressenti pour diriger Chanel. Photo DR
Arthur Heilbronn, 38 ans, coche toutes les cases de l’héritier idéal pour superviser l’une des fortunes les plus discrètes et les plus solides du monde du luxe. Diplômé de Harvard, passé par Goldman Sachs et aujourd’hui aux commandes d’investissements stratégiques, il apparaît comme la figure montante d’un empire familial qui pèse quelque 90 milliards de dollars. Derrière cette ascension, une dynastie singulière : les Wertheimer dont il est le « demi-neveu ». Depuis près d’un siècle, la famille détient Chanel, maison fondée par Gabrielle Chanel en 1910 et transformée en empire mondial grâce au partenariat de la créatrice avec Pierre Wertheimer, grand-père d’Alain et de Gérard.
Arthur Heilbronn n’est pas un héritier direct de Chanel, mais son ancrage dans la famille est profond. Il est le fils de Charles Heilbronn, fondateur de Mousse Partners, le puissant family office de la dynastie. Charles est lui-même le demi-frère d’Alain et de Gérard Wertheimer, les héritiers de la troisième génération, tous deux septuagénaires et réputés pour leur effacement légendaire.
Longtemps, la matriarche Éliane Heilbronn, mère des trois hommes, a incarné la cohésion du clan. Son décès en 2024 a ouvert un nouveau chapitre, où la question de la relève ne peut plus être différée. C’est dans ce contexte qu’Arthur, après six années passées à piloter des investissements immobiliers, financiers et médiatiques pour Mousse Partners, est progressivement propulsé vers le centre du jeu.
Les Wertheimer, l’autre dynastie du luxe français
Peu exposés médiatiquement, Alain et Gérard Wertheimer sont pourtant deux des hommes les plus riches du monde, chacun évalué à 45 milliards de dollars. Leur fortune est restée remarquablement stable, même face aux turbulences du secteur du luxe qui ont touché des concurrents comme LVMH (Bernard Arnault) ou Kering (famille Pinault).
Les deux frères partagent une philosophie : préserver l’indépendance et le mystère de Chanel, loin des marchés financiers. En confiant à Mousse Partners, fondé en 1991, la gestion de leurs actifs, ils ont bâti l’un des family offices les plus puissants et secrets de la planète.
Arthur Heilbronn a rejoint Mousse Partners en 2019 comme directeur, avant d’être promu directeur général. Aujourd’hui, il codirige le capital-investissement et l’investissement direct à risque. Il siège aussi au conseil de Rothschild & Co., où Mousse a joué un rôle-clé dans la privatisation de la banque aux côtés d’autres grandes dynasties françaises. Cette trajectoire illustre la stratégie de succession implicite de la famille. Arthur est, pour l’heure, le seul descendant impliqué directement dans les affaires de Mousse.
Un empire caché derrière Mousse Partners
Depuis sa base des îles Cayman (Mousse Investments Ltd.), la holding ultime de Chanel irrigue un vaste réseau d’investissements. Les bureaux de Mousse Partners à New York, Pékin et Hong Kong abritent une quarantaine de professionnels, dont des transfuges de JPMorgan ou Wells Fargo. Sous la houlette de Suzi Kwon Cohen, directrice des investissements venue du fonds souverain singapourien GIC, Mousse a misé aussi bien sur la santé (Brightside Health, Thirty Madison) que sur la biotechnologie (Evolved by Nature), la publicité numérique (Brandtech Group) ou la mode (The Row). Tous les paris n’ont pas payé, mais la stratégie de long terme de Mousse, appuyée sur les revenus colossaux de Chanel, assure une assise d’une rare stabilité.
Mousse Partners et Chanel ne se recoupent pas opérationnellement, mais leurs dirigeants partagent la même adresse : une tour de verre de la « Billionaires’ Row » à Manhattan. C’est là que siègent Charles et Arthur Heilbronn, tout comme Alain Wertheimer depuis des années. Derrière les portes closes, le plan de succession du clan Wertheimer se dessine déjà. Mais, comme le confiait Gérard Wertheimer en 2001 : « Nous sommes une famille très discrète. Nous ne parlons jamais. »




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