Le Premier ministre Nawaf Salam recevant la délégation américaine menée par Tom Barrack, le 18 août 2025 au Sérail. ANWAR AMRO / AFP
À quelques jours d’un Conseil des ministres crucial prévu le 5 septembre, au cours duquel l’armée devrait présenter son plan visant à rétablir le monopole de l’État sur les armes, notamment celles du Hezbollah, plusieurs responsables politiques opposés au parti chiite ont réaffirmé leur refus de toute tentative de « diluer » la décision gouvernementale de fixer un calendrier pour ce processus critique pour la stabilité du pays.
Dans leur collimateur : l’initiative récemment présentée par le président du Parlement Nabih Berry, également leader du mouvement Amal allié du Hezbollah, visant à dépasser le document de l’émissaire américain Tom Barrack, étant donné qu’Israël l’a rejeté et ne s’y est pas conformé, afin de maintenir le débat au sein du Conseil des ministres en attendant la prise de décision. Le président du Parlement avait évoqué cette initiative au cours de son discours à l’occasion du 47ᵉ anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr.
« Violation flagrante des fondements de l’État »
S’exprimant sur la station Voix de tout le Liban, la députée des Forces libanaises Ghada Ayoub a estimé qu’une telle proposition risquait de « diluer » et de réduire la portée de la décision prise par le gouvernement. « Le président de la République, le chef du gouvernement et le commandant en chef de l’armée ne sont pas prêts à revenir sur leur décision », a-t-elle ajouté. L’élue de la formation chrétienne qui fait partie des opposants les plus acharnés au Hezbollah a cependant assuré que « la confrontation militaire n’est pas à l’ordre du jour ». « La pression ne va pas dans le sens de l’affrontement et nous ne voulons pas qu’il y ait une confrontation entre l’armée et une quelconque faction refusant de remettre ses armes », a-telle insisté.
L’autre grande formation chrétienne opposée au Hezbollah, le parti Kataëb, a également critiqué toute tentative de revenir sur les fondements de la décision du 5 août, selon une déclaration de son chef, le député Samy Gemayel : « Le bureau politique affirme que le dialogue au Liban est une option bienvenue dès lors qu’il vise à consolider le concept de patrie et à construire l’État. Cependant, ne peut être qualifié de dialogue celui qui cherche à remettre en cause ou à abroger la décision de confier les armes à l’État et d’étendre son autorité sur l’ensemble du territoire (…) Toute tentative de présenter cela comme un point de négociation constitue une violation flagrante des fondements de l’État. » Le parti a aussi salué les premières étapes du processus de désarmement des camps palestiniens, menées ces derniers jours.
Le député sunnite de Beyrouth, Fouad Makhzoumi, qui a lui aussi employé l’image de la dilution pour qualifier l’initiative de Nabih Berry, a affirmé dans une intervention sur la chaîne al-Hadath : « Le Conseil des ministres a pris sa décision, et l’armée libanaise doit appliquer cette décision. Toute déclaration mettant en doute la capacité de la troupe à remplir cette mission est rejetée. » Il a insisté sur le fait que « l’armée est capable de maîtriser la situation, en dépit des quelques objections. » Il a souligné que « tous ceux qui ont tenté de défier l’institution militaire au fil des années ont échoué, car l’armée bénéficie du soutien total du peuple libanais, et le Hezbollah en est bien conscient », rappelant que « les dirigeants du parti ont exprimé cette position après l’accord de cessez-le-feu négocié par le président de la Chambre Nabih Berry en tant que représentant du Hezbollah ». Le parlementaire a enfin souligné que « le Hezbollah est représenté au gouvernement par cinq ministres, qui ont approuvé la déclaration ministérielle et ont accordé leur confiance au gouvernement à deux reprises. »
À la recherche d'un compromis
S’exprimant à l’issue d’une réunion au Grand Sérail avec le Premier ministre Nawaf Salam, le vice-président du Parlement, Élias Bou Saab, qui s'est également rendu à Baabda vraisemblablement chargé par M. Berry, a déclaré que « l’atmosphère semble favorable » pour la séance du Conseil des ministres, qui se déroulerait dans le « calme » et ne créerait pas de « conflits supplémentaires ». Il a aussi affiché son soutien à l’initiative de Nabih Berry : « Certains peuvent être irrités par l’appel au dialogue en raison des expériences passées, mais rien ne peut se réaliser sans dialogue (…) Dans ce cadre, nous avons discuté avec le Premier ministre de la manière de faciliter la tenue de la séance et d’assurer son succès, afin que les Libanais ne soient pas déçus par les divergences. »
Dans ce contexte, des médias locaux rapportent qu'un accord aurait été trouvé pour ajouter certains points à l’ordre du jour de la séance de vendredi, après que le tandem chiite a demandé qu’elle ne soit pas limitée au seul plan de l’armée. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Salam auraient, selon ces médias, affiché leur ouverture à cette demande et attendent que le tandem réponde positivement à cette disposition. Mais une source informée affirme à L'OLJ que le Premier ministre n'a jusqu'ici pas donné son accord à cette démarche.
Pour sa part, le cheikh Akl druze Sami Abi el-Mona a reçu au siège de la communauté à Beyrouth une délégation du Hezbollah présidée par le député Amine Cherry, pour examiner les derniers bouleversements dans la région. Le cheikh Abdel Majid Ammar, membre du bureau politique du Hezbollah, a déclaré au nom de la délégation que la discussion a porté « sur la décision gouvernementale non conforme au pacte national et portant sur les armes de la Résistance ». « Nous comptons sur les sages de ce pays afin de faire pression sur ce gouvernement afin qu’il revienne à une approche plus rationnelle vis-à-vis des défis auxquels ce pays fait face », a-t-il poursuivi.




ça ne sert à rien de faire appel à la raison de la milice. Quand Mme Ghada Ayoub dit qu'il ne faut pas diluer la décision du gouvernement et que personne ne veut de confrontation, automatiquement c'est traduit dans l'esprit des criminels du hezb que les opposants aux armes ont peur. Ils feront monter la pression. N'oublions pas que hezballah et N. Berri fonctionnent selon des valeurs et dans un schéma mental qui leur est spécifique. Mieux vaut parler comme le député Makhzoumi
10 h 29, le 03 septembre 2025