Le Bhagavad-Gita, ou « Chant de Dieu », à (re)lire pour ne sérénité (re)trouvée. Photo AFP
Un livre offert par une amie américaine portait sur sa deuxième de couverture cette dédicace griffonnée au crayon : « For when you find yourself in war, you can return with the gold » (« Pour que, lorsque tu te retrouves en guerre, tu puisses revenir avec l’or »).
C’est à cette occasion que le Bhagavad-Gita, ou « chant de Dieu », traduction la plus fidèle du sanskrit, est découvert pour la première fois. Depuis, chaque relecture en révèle une nouvelle version.
Loin du roman estival léger que l’on feuillette distraitement, ce texte sacré entraîne le lecteur au plus profond de lui-même, à la recherche de réponses qui n’existent peut-être pas. Qu’il s’agisse d’écouter l’écume se briser ou de se laisser bercer par le chant des oiseaux sous une vigne, cette fin d'été offre la sérénité idéale pour plonger dans le dialogue entre le prince Arjuna et le dieu Krishna.
Un joyau du Ier siècle
Le Bhagavad-Gita est un texte fondateur de l’hindouisme, intégré à la grande épopée du Mahabharata. L’action se déroule sur le champ de bataille de Kurukshetra – espace bien réel, mais aussi état d’esprit symbolique.
Au moment où une guerre fratricide éclate entre les Pandava et les Kaurava, Arjuna, héros Pandava, est saisi par le doute et la détresse morale à l’idée d’affronter ses propres proches. Il dépose ses armes et se laisse guider par Krishna – huitième avatar du dieu Vishnu. En 18 chants, celui-ci l’exhorte à surmonter sa peur et à affronter la mort pour transcender les limites de l’existence terrestre. Krishna oppose le dharma, devoir sacré de combattre, à l’adharma, le chaos. Mais ses enseignements, souvent labyrinthiques, nourrissent plus les doutes d’Arjuna qu’ils ne les dissipent.
Otages de la condition humaine
La foi d’Arjuna en l’autorité divine de Krishna peut sembler lointaine. Pourtant, la lutte décrite est universelle : celle que chacun mène d’abord contre soi-même avant de se confronter aux autres. Le Bhagavad-Gita est un texte spirituel, certes, mais lu avec un regard athée, il prend une dimension plus large, presque universelle. Le véritable enjeu n’est pas la guerre d’Arjuna, mais le conflit intérieur d’un mortel face à ses contradictions.
Ainsi, dans le treizième chant, Krishna redéfinit le champ de bataille comme le corps humain, théâtre d’une guerre intérieure où se joue la quête de soi. Plus qu’un lieu physique, Kurukshetra devient une métaphore : un champ symbolique où s’affrontent des forces contraires. Ce chant agit comme un miroir, renvoyant à chacun ses questionnements existentiels les plus profonds.
Un texte à mille voix
Traduit et commenté par des dizaines d’érudits, le Bhagavad-Gita fascine par la densité de son langage et la complexité de ses idées. Charles Wilkins en donne la première traduction anglaise en 1785. Depuis, philosophes, penseurs et spirituels en livrent des lectures infiniment variées – de Shankara, figure majeure de la pensée hindoue, jusqu’au Mahatma Gandhi, qui y voyait une source de résistance intérieure.
Chaque traduction, chaque commentaire reflète la vision intime de celui qui s’en empare. Ce texte est à la fois surface de projection et guide intemporel. La lecture du parcours d’Arjuna, qui apprend à discipliner ses émotions et ses actes, offre un voyage intérieur qui ne quitte jamais le champ de bataille. Sans jamais quitter soi-même.




Un ouvrage magnifique, a lire et relire......
05 h 33, le 01 septembre 2025