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Culture - lecture a la plage

Pourquoi « En attendant Bojangles » est devenu un livre culte

Dans cette série, la rédaction de « L’Orient-Le Jour » partage ses lectures d’été à dévorer à la plage, en montagne, sur le balcon en début d’après-midi ou le soir au lit. Avec sa valse insensée, son humour tendre et sa mélancolie, le premier roman d’Olivier Bourdeaut a séduit lecteurs, critiques et cinéastes.

Pourquoi « En attendant Bojangles » est devenu un livre culte

L'écrivain francais Olivier Bourdeaut. Photo AFP

« I knew a man, Bojangles, and he danced for you. » Bercé par les notes envoûtantes de Nina Simone, un couple danse, encore et encore, comme pour retenir le temps par un pas de valse, sous le regard émerveillé de leur fils. Bienvenue dans le premier roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, une invitation à flotter, rire et, peut-être, à verser quelques larmes entre deux soirées d’été.

Paru en 2016, couronné par le Grand Prix RTL-Lire et le Prix France Télévisions, traduit dans une vingtaine de langues, le roman s’est imposé comme un phénomène littéraire. Il a inspiré une pièce de théâtre et, plus récemment, un film réalisé par Régis Roinsard. Mais avant d’être un succès éditorial, En attendant Bojangles est avant tout une déclaration d’amour à la fantaisie et à l’excès.

Là où l’absurde se fait poésie

Dès le titre, référence évidente à Samuel Beckett, Bourdeaut ancre son récit dans une forme d’absurde tendre. Au centre de cette passion débridée, un couple singulier : Georges, le père, est fou amoureux de sa femme, dont le prénom reste mystérieux. Elle refuse le conformisme avec une énergie farouche, redoutant l’ennui comme d’autres redoutent la mort. Chaque jour, elle exige d’être appelée par un nouveau prénom : « Donnez-moi le prénom qui vous chante ! Mais je vous en prie, amusez-moi, faites-moi rire. Ici, les gens sont tous parfumés à l’ennui ! »

Narré principalement à travers les yeux émerveillés et naïfs de leur jeune fils, le roman nous entraîne dans un foyer où la banalité n’a pas droit de cité. Dans cette famille, on ne parle pas de la pluie et du beau temps : on parle de plumes d’autruche, de cocktails improbables et d’amour infini. Le monde extérieur n’existe pas et la réalité reste à la porte, comme en témoigne le courrier qui déborde de la boîte aux lettres. En toile de fond, la chanson de Nina Simone revient comme un refrain, racontant l’histoire d’un homme rencontré dans une cellule de prison qui dansait de bar en bar après la mort de son chien.

Si le roman touche autant, c’est aussi grâce à l’écriture de Bourdeaut : courte, rythmée, musicale, presque syncopée, elle nous fait pénétrer dans ce foyer comme dans un rêve. Les phrases ont la légèreté d’un pas de danse et l’ivresse d’une coupe de champagne, mais savent aussi se faire tranchantes. L’alternance des points de vue — celui de l’enfant, tendre et candide, et celui du père, plus lucide et mélancolique dans ses carnets — crée un balancement narratif qui reflète la valse des émotions. L’humour absurde y côtoie la poésie la plus délicate, dans un univers qui rappelle celui de Boris Vian.

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Quand la musique s’interrompt

Mais jusqu’où peut-on repousser le réel quand on décide de vivre en attendant Bojangles ? Au fil de la mélodie, les fausses notes apparaissent. Car oui, cet univers idyllique n’est qu’un « splendide mensonge ». Quand le narrateur change, les pages du journal intime paternel exposent le secret familial. L’ambiance fitzgeraldienne se voit soudain tachée par une réalité sourde, plus sombre. La mère n’est pas seulement fantasque : elle est malade. Après tout, dans « amour fou », il y a le mot « fou ».

Son trouble psychologique n’est jamais explicitement nommé par son fils, mais les propos d’un médecin percent brutalement cette bulle enchantée. La folie, d’abord perçue comme une bizarrerie réjouissante, devient enfermement. Comme le personnage de la chanson de Nina Simone, prisonnier d’une cellule, la mère est captive de ses délires. Le couple refuse d’affronter la réalité et s’obstine à prolonger la fête, quitte à s’exiler dans un château en Espagne, où l’illusion vacille jusqu’à ce que la tragédie les rattrape.

S’il y a une phrase qu’il faut retenir de Georgette — ou bien Louise, Renée, selon l’humeur de son mari — c’est : « Quand la réalité est banale et triste, inventez-moi une belle histoire. Vous mentez si bien, ce serait dommage de nous en priver. » Entre éclats de rire et pincements au cœur, En attendant Bojangles est un tourbillon d’émotions qui peut se lire comme un conte lumineux ou comme un drame familial. Quand la musique s’éteint, il ne reste pas seulement la tristesse : il reste l’éblouissement d’avoir vu, le temps d’une chanson, l’amour fou se dresser face à la brutale réalité. En refermant le livre, on entend encore Nina Simone, et l’on imagine ce couple valser pour repousser, quelques instants encore, l’inévitable.

« I knew a man, Bojangles, and he danced for you. » Bercé par les notes envoûtantes de Nina Simone, un couple danse, encore et encore, comme pour retenir le temps par un pas de valse, sous le regard émerveillé de leur fils. Bienvenue dans le premier roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, une invitation à flotter, rire et, peut-être, à verser quelques larmes entre deux soirées d’été.Paru en 2016, couronné par le Grand Prix RTL-Lire et le Prix France Télévisions, traduit dans une vingtaine de langues, le roman s’est imposé comme un phénomène littéraire. Il a inspiré une pièce de théâtre et, plus récemment, un film réalisé par Régis Roinsard. Mais avant d’être un succès éditorial, En attendant Bojangles est avant tout une déclaration d’amour à la fantaisie et à l’excès.Là où...
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Cool.

Marie Claude

09 h 46, le 29 août 2025

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  • Cool.

    Marie Claude

    09 h 46, le 29 août 2025

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