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Nos lecteurs ont la parole

Le Liban brisé par deux mirages : le commerce des illusions et la haine comme fondation

On ne bâtit pas un pays sur les cendres de l’autre. Ni sur sa disparition. Ni sur son rejet. Chrétien, sunnite, druze, chiite, juif : aucune pierre n’est plus solide que celle posée en reconnaissance mutuelle. Le Liban, pourtant, s’est construit à rebours – sur deux mirages mortels.

Le premier, c’est cette idée rampante que la haine, habillée de cause ou de mémoire, pouvait fonder une identité. Haïr le juif, le chrétien maronite, l’autre confession, comme si l’exclusion faisait peuple. Ce poison a coulé dans les veines du pays dès la guerre civile, entre slogans et milices, et il continue aujourd’hui sous d’autres formes – diplomatiques, feutrées, hypocrites.

Le second, non moins toxique, est le fantasme du « guichet bancaire du monde arabe ». Une plateforme de services, de banques, de blanchiment et de commissions : c’est l’autre rêve creux. La version douce du suicide. Le pays du Cèdre s’est cru Dubaï sans pétrole, Genève sans neutralité. Mais on ne fonde pas une patrie sur un compte bancaire ni sur le passage de valises.

Ces deux mirages – le rejet existentiel et l’avidité travestie en modèle économique – expliquent bien des trahisons politiques.

Prenons un exemple précis : le positionnement ambigu, voire contradictoire, de Walid Joumblatt. Comment expliquer qu’il continue de tirer à boulets rouges sur Israël, alors même que ce dernier protège les druzes de Soueida, en Syrie, face à la pression sunnite ? Est-ce par peur d’un retour de bâton chiite ? Est-ce une forme de taqiya politique, habile camouflage dans la tempête régionale ? Ou plus profondément, l’héritage de son père Kamal, farouchement opposé au juif, mais aussi au maronitisme politique ?

Deux syndromes se superposent ici :

1. Le syndrome Kamal Joumblatt : une posture idéologique radicale,

antijuive et antimaronite, héritée des années 1970, dans le sillage de l’OLP et des idéologies révolutionnaires. Un progressisme dogmatique devenu aujourd’hui un réflexe vide.

2. Le syndrome du destour : cette mentalité de « service public marchandisé », où le Liban ne serait qu’un guichet d’intérêts arabes – investis, ponctionnés, puis abandonnés.

C’est précisément cette double équation – l’idéal enragé d’un côté, le cynisme économique de l’autre – qui a désossé le Liban. Aucun État ne peut survivre s’il est à la fois construit contre l’autre et à vendre au plus offrant.

L’avenir libanais dépendra de sa capacité à sortir de cette schizophrénie : cesser de haïr pour exister, cesser de vendre pour durer.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

On ne bâtit pas un pays sur les cendres de l’autre. Ni sur sa disparition. Ni sur son rejet. Chrétien, sunnite, druze, chiite, juif : aucune pierre n’est plus solide que celle posée en reconnaissance mutuelle. Le Liban, pourtant, s’est construit à rebours – sur deux mirages mortels.Le premier, c’est cette idée rampante que la haine, habillée de cause ou de mémoire, pouvait fonder une identité. Haïr le juif, le chrétien maronite, l’autre confession, comme si l’exclusion faisait peuple. Ce poison a coulé dans les veines du pays dès la guerre civile, entre slogans et milices, et il continue aujourd’hui sous d’autres formes – diplomatiques, feutrées, hypocrites.Le second, non moins toxique, est le fantasme du « guichet bancaire du monde arabe ». Une plateforme de services, de banques, de...
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