Les deux suspects, de dos, après le meurtre d'une mère de famille à Minié. Photo tirée du site des FSI.
Les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont arrêté à Minié, au Liban-Nord, M.F., principal suspect du meurtre de sa sœur, R.F., une jeune mère de famille née en 1994, selon un communiqué publié vendredi.
Le corps de la victime avait été retrouvé au domicile familial le 9 août à Bhanine, dans le caza de Minié-Denniyé. Le crime avait été déguisé en suicide et relaté comme tel dans les médias et sur les réseaux sociaux, qui avaient indiqué que la jeune femme s'était pendue avec un morceau de tissu. Mais l'examen médico-légal a révélé que la cause du décès était due à « étranglement » effectué par une tierce personne. « L’examen médico-légal a révélé des traces de griffures sur le corps ainsi que des marques autour du cou, confirmant que la cause du décès était due à un étranglement », souligne la police dans son communiqué.
À la suite de l'enquête des services de renseignement des FSI, les soupçons se sont portés sur le frère de la victime, qui a été arrêté à Minié. Le communiqué rapporte que, pendant son interrogatoire, l'homme, né en 1995, a reconnu avoir étranglé sa sœur après en avoir informé son père (Y. F.). Ce dernier lui aurait alors répondu de « se débrouiller avec le problème ». Y. F. a lui aussi été arrêté et « a reconnu les faits qui lui sont reprochés ».
Ce féminicide a été qualifié par un habitant de Bhanine de « crime d'honneur », c'est-à-dire un crime perpétré en réaction à un comportement perçu par certains comme ayant apporté le déshonneur à la famille et ayant donc enfreint un soi-disant code d’honneur. L'immense majorité des victimes sont des femmes, ce qui en fait un féminicide. Le Conseil de l'Europe préfère parler de « crime dit d'honneur », l'ONU de « crime au nom de l'honneur », parce que « il n'y a pas d'honneur au crime ».
Une mère de deux enfants
Selon les rumeurs circulant dans le village, le frère aurait tué sa sœur déjà divorcée, parce qu'elle était en couple avec un autre homme. La victime avait deux enfants en bas âge, selon cet habitant. « C'est ce qu'on entend ici », dit-il.
Fin décembre 2024, un féminicide avait eu lieu à l'intérieur du tribunal chérié de la localité de Chhim, dans le Chouf au sud de Beyrouth. Le 11 août, les FSI avaient publié un recensement des appels passés sur la ligne d'urgence pour les signalements de violence domestique pendant le mois de juillet. Le document faisait état de 59 cas de violence physique, dans lesquels les principaux suspects étaient majoritairement l'époux de la victime (28 cas), son père (23) ou son frère (2).
Les données concernant les cas de violence basés sur le genre au Liban sont éparses pour l’année 2024, en raison du conflit entre le Hezbollah et Israël, qui avait déplacé une grande partie de la population, notamment du Sud, de la Békaa et de la banlieue-sud de Beyrouth. La situation avait provoqué l'interruption des services de lutte contre ce type de violences pendant plusieurs mois, relevait dans son rapport annuel le Système de gestion de données sur les violences basées sur le genre, qui regroupe plusieurs agences de l’ONU. La perturbation de ces services avait entraîné une baisse de 38 % des signalement de tels incidents au niveau national.



Prison à vie pour le frère et le père
09 h 08, le 23 août 2025