Un vieux générateur installé au bord d'une route à l'entrée d'un village de montagne dans le Kesrouan. Photo Philipep HAGE BOUTROS/L'Orient-Le Jour
Il ne se passe presque plus un été sans que le fournisseur public Électricité du Liban (EDL) ne connaisse un risque accru ou une période plus ou moins ponctuelle de blackout. Alors que ces épisodes étaient généralement liés à des problèmes d’approvisionnement en carburant, cette année, c’est la vague de forte chaleur et d’humidité qui persiste depuis près d’une semaine qui est à l’origine de la panne survenue pendant le week-end, dévoilant par la même occasion les insuffisances du réseau public d’électricité, mais aussi les limites du parc de générateurs privés dont s’est équipé le pays au cours des dernières décennies.
Dans un communiqué publié mardi après-midi, EDL a officiellement annoncé que ses équipes avaient réparé la panne survenue dans la nuit de samedi à dimanche sur un relais de haute et moyenne tension de la centrale principale de Zouk. Suite à cette panne, les unités de production opérationnelles des centrales de Deir Ammar (Liban-Nord) et de Zahrani (Liban-Sud) avaient été déconnectées du réseau, privant la quasi-totalité du pays d’électricité publique.
Il a fallu plus de deux jours et plusieurs tentatives infructueuses avant que la production et la distribution ne commencent progressivement à retrouver leur niveau normal, soit entre « quatre et six heures d’électricité par jour », selon une source à EDL, dont les capacités sont insuffisantes pour répondre à la demande. Entre-temps, une réunion a eu lieu entre le ministre de l'Énergie Joe Saddi et le directeur général d’EDL Kamal Hayek pour examiner la situation, selon des informations de presse sur fond d’échanges de critiques entre le Courant patriotique libre et les Forces libanaises sur la gestion du secteur. Une source indiquait que le directeur d’EDL se serait lui-même rendu dans une station relais pour contrôler comment le courant était réparti, une information que nous n'avons pas pu faire confirmer formellement.
Rétablissement progressif
Dans son communiqué, EDL précise avoir « commencé progressivement à rétablir le courant dans les différentes régions du pays, en donnant la priorité aux infrastructures vitales et essentielles », comme les ports et les aéroports. Le fournisseur a ajouté avoir déjà connecté les centrales de Deir Ammar et Zahrani, et prevoit d'en faire autant avec celles de Zouk et de Jiyé (Chouf).
Le courant est effectivement revenu progressivement dans le pays, notamment dans le Mont-Liban, comme l’a confirmé à L’Orient-Le Jour une source de BUS, le prestataire chargé de la maintenance du réseau et de la collecte des factures. D’autres régions, comme la Békaa, attendaient encore leur tour en milieu de journée. « Nous n’avons pratiquement plus de courant depuis samedi », indiquait ainsi le directeur général adjoint d’Électricité de Zahlé, ancienne concession transformée en société, qui est autorisée depuis plusieurs années à produire et distribuer du courant dans la région via son propre parc de générateurs.
Au Liban-Nord, l’électricité publique a recommencé à être distribuée progressivement en milieu d’après-midi, par tranches de deux heures d’une région à l’autre, selon notre correspondant Michel Hallak. Même scénario au Liban-Sud, selon notre autre correspondant Mountasser Abdallah, alors que les fonctionnaires du sérail de Saïda ont appelé les autorités à trouver des solutions pour pallier l’absence de climatisation dans une partie de leurs bureaux. Selon un propriétaire de générateur souhaitant rester anonyme, le courant n'était toujours pas revenu en fin d'après-midi dans certaines zones du caza de Baabda, non loin de Beyrouth.
L’explication de cette distribution au compte-gouttes entre les régions est liée au fait qu'Électricité du Liban tente autant que possible de limiter la taille des zones qu'elle approvisionne, vu que ses capacités actuelles ne représentent qu’une fraction de la demande, afin d’éviter une surcharge. Les données exactes sont difficiles à obtenir, compte tenu que le centre de contrôle du réseau électrique national n’a toujours pas été remplacé, comme on le sait, après avoir été détruit par l’explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020.
Plus de 50 degrés
Le blackout d’EDL a enfin mis à rude épreuve les générateurs privés, alors que les températures dépassaient parfois les 40 degrés, ce qui n'est pas fréquent au Liban, même durant l'été.
« Avec la chaleur, la consommation augmente d’environ 30 %, principalement à cause des climatiseurs, tandis que les pertes techniques augmentent considérablement, à cause de la chaleur et l'humidité. Les unités de production tournent donc à plein régime dans une fournaise », explique Nagi Jreissati. Il précise que la température sur le site de production d'EDZ a dépassé les 50 °C et que les équipes de maintenance d’EDZ sont mobilisées en permanence pour refroidir les générateurs et éviter qu'ils ne restent trop longtemps hors service en cas de problème. « Certains pays, comme ceux du Golfe, sont préparés à ces fortes chaleurs, mais ce n'est pas le cas du Liban », conclut-il.
Si EDL a réussi à tenir sans limiter la distribution de courant, à Jbeil, la société Byblos Advanced Energy, filiale de la concession Électricité de Jbeil, a appliqué ses mesures de rationnement, en mettant ses moteurs à l'arrêt, selon une habitante que nous avons contactée. Dans d'autres régions, les générateurs privés ont parfois marqué des pauses plus ou moins longues pour ménager leurs appareils.
EDL appelle la population à comprendre ces circonstances exceptionnelles et assure qu’elle déploie tous les efforts possibles pour maintenir une alimentation régulière, notamment pour les services publics essentiels, malgré des conditions météorologiques particulièrement difficiles. Les abonnés d’EDL et des générateurs, de plus en plus nombreux à s’être équipés de panneaux photovoltaïques ou de batteries, prennent, comme souvent, leur mal en patience.



Someone should bring the heads of the CPL to justice for having completely failed in their fiduciary responsibility.
23 h 34, le 12 août 2025