Le président libanais Joseph Aoun à Alger, le 29 juillet 2025. Photo tirée du compte X de la présidence libanaise
Le discours marquant du président libanais Joseph Aoun jeudi, centré sur la question du monopole des armes et dans lequel il s’adresse directement au Hezbollah et à sa base populaire qu'il appelle à « faire le pari de l’État », a été largement salué par la presse locale. La plupart des médias locaux y ont vu une « étape historique », se félicitant de « la renaissance de l’État et de ses institutions ». Seule exception, le quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah, qui évoque en une « un discours pour une longue discussion ».
À l'occasion de la fête de l'Armée, le chef de l'État a appelé jeudi à ce que la troupe et les forces de sécurité soient les seules à détenir le monopole des armes « sur tout le territoire libanais », et ce « dès aujourd'hui ». Son allocution, qui rappelle dans ses grandes lignes ses propos marquants lors de son investiture, a été l'occasion pour lui d'envoyer plusieurs messages, notamment au Hezbollah. Dans sa prise de parole, jeudi, M. Aoun a appelé le parti-milice, ainsi que sa base populaire, à « faire le pari de l’État libanais ». Il a également exhorté les détracteurs de la formation chiite à éviter « la provocation et la surenchère », au moment où le Hezbollah, largement affaibli par sa dernière guerre contre Israël, est sous pression au Liban et à l'international pour rendre ses armes.
Le discours du président Aoun intervient à quelques jours d’un Conseil des ministres qui devrait évoquer mardi la question du monopole des armes, un sujet qui fait craindre une implosion du gouvernement si le Hezbollah et ses ministres chiites décident de boycotter le cabinet, en signe de refus de rendre les armes sur tout le territoire libanais.
L'Orient-Le Jour revient sur les gros titres de la presse locale qui ont commenté l'allocution du chef de l'État.
« Ni un défi lancé au Hezbollah ni une concession à Israël »
Le quotidien souverainiste an-Nahar estime que « si le discours d’investiture de Joseph Aoun avait eu des répercussions retentissantes, celui prononcé hier pourrait se révéler tout aussi déterminant, dans un moment extrêmement critique que traverse le Liban ». Pour la journaliste d'an-Nahar Nadine Oueiss, « les propos du chef de l’État comportent un avertissement implicite au Hezbollah et un message clair sur la disposition de l’armée à faire face à toute tentative de déstabilisation interne ». Ils traduisent également, selon elle, « une volonté présidentielle d’anticiper toute réaction hostile que chercherait à provoquer la direction du parti chiite pour faire pression sur la séance du Conseil prévue mardi ».
Son collègue Ghassan Hajjar a, de son côté, souligné que ce discours « a marqué des positions tranchées et préparé le terrain à la réunion du gouvernement prévue mardi ». Il ne s’agit « ni d’un défi lancé au Hezbollah ou à d’autres ni d’une concession à Israël, aux États-Unis ou à quiconque, mais bien d’un pas en avant vers la construction de l’État ».
Pour le quotidien al-Liwa’, proche des milieux sunnites et critique du Hezbollah, le discours du président constitue « une étape historique » qualifiée de « complète, audacieuse, transparente et franche ». Pour le chroniqueur Ibrahim Arab, le contenu et les intentions du discours en font une « véritable feuille de route pour une nouvelle étape dans l’histoire de la République libanaise ». Selon lui, « ce discours n’était pas un simple hommage à l’institution militaire, mais une déclaration politico-sécuritaire claire, plaçant ainsi l’armée au cœur du projet national libanais ». Il s’agit, selon lui, d’un discours de « président-commandant en chef, homme de terrain marqué par les sacrifices, qui refuse de réduire la présidence à un rôle protocolaire et en fait une tribune pour défendre l’État et préserver sa souveraineté ».
Sur un ton similaire, le journal Nida’ el-Watan, proche des Forces libanaises, titre ainsi sa une : « Aoun : l’heure de vérité a sonné. » Le quotidien va même jusqu'à qualifier l'allocution de « l’un des moments les plus forts de la mémoire politique nationale ».
Pour Charbel Baïssari, du journal modéré al-Joumhouria, le discours du président « constitue une matière propice au débat politique qui ne se fera plus par le biais d'accusations et de contre-accusations, mais plutôt en Conseil des ministres et au sein du Parlement, loin des tiraillements politiques ».
Quant à Mohammad Choucair, journaliste au quotidien al-Anba’, organe du Parti socialiste progressiste de Taymour Joumblatt, il estime que le discours de Joseph Aoun a « suscité un soulagement dans le monde arabe et international ».
« Un débat qui s’annonce long »
Du côté d'ad-Diyar, connu pour sa proximité avec l'ancien régime syrien des Assad, le journaliste Ibrahim Nasreddine salue malgré tout une « déclaration transparente et franche » du président Aoun, tout en rendant hommage « aux jeunes et aux dirigeants de la résistance », en référence au Hezbollah. « Il n'y a pas de différend sur le fond » entre le président et le parti chiite, affirme encore le journal.
Le quotidien pro-Hezbollah al-Akhbar se montre pour sa part plus critique, évoquant en une un discours qui pave la voix à « un débat qui s’annonce long ». Dans son éditorial, le rédacteur en chef du journal, Ibrahim el-Amine, estime que « le véritable débat ne porte pas sur un programme de désarmement, mais sur l’avenir même du pays ».



Belle remontée pour Télé-Liban sur la scène médiatique Libanaise
06 h 53, le 03 août 2025