Joseph Aoun lors de son discours à l'occasion des 80 ans de l'armée libanaise, le 31 juillet 2025. Capture d'écran
Le président libanais Joseph Aoun a tenu, à l'occasion des 80 ans de l'armée libanaise, un discours fort dans lequel il a appelé à ce que l'armée et les forces de sécurité soient les seules à détenir le monopole des armes « sur tout le territoire libanais » et ce « dès aujourd'hui », lançant des messages autant au Hezbollah, qu'il a appelé avec sa base à « faire le pari de l'Etat libanais » qu'à ses détracteurs, qu'il a exhorté à éviter « la provocation et la surenchère. »
Depuis le ministère de la Défense, où il a déposé une couronne de fleurs en mémoire des soldats libanais tombés au combat, il affirmé que son « devoir et celui de toutes les forces politiques, à travers le Conseil des ministres, le Conseil supérieur de la défense, le Parlement et l’ensemble des partis, est de saisir l'opportunité historique d'affirmer sans hésitation que les armes doivent être détenues exclusivement par l'armée et les forces de sécurité, sur l’ensemble du territoire libanais, dès aujourd’hui. » Rappelant son engagement concernant le monopole des armes dans son discours d'investiture, en janvier dernier, M. Aoun a affirmé qu'il s'agit d'un serment auquel il ne « renoncera jamais » et que ce monopole est crucial pour que la communauté internationale « retrouve confiance » dans l'Etat libanais et sa capacité « à se défendre contre les attaques israéliennes constantes et contre le terrorisme ».
Son discours a été prononcé alors que la question du monopole des armes et en corollaire du désarmement, notamment, du Hezbollah, fait l'objet de débats politiques intenses, en interne comme à l'international, et qu'elle doit être abordée lors d'une réunion du Conseil des ministres mardi. Il répond en outre indirectement aux propos tenus mercredi soir par le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, qui avait affirmé mercredi soir que les armes de sa formation « sont destinées à résister à Israël, pas à l’intérieur du pays », et que toute demande adressée à son parti de remettre ses armes revenait à « servir le projet israélien ».
L'aide des « habitants du Liban-Sud »
S'exprimant devant des drapeaux libanais et de l'armée, Joseph Aoun a rappelé avoir « confié à l'armée la mission de veiller à l'application du cessez-le-feu », avec le comité international formé lors de l'entrée en vigueur de la trêve. « Malgré le peu de moyens et ses nombreuses missions, l’armée a réussi à imposer son autorité sur la zone du sud du Litani non occupée, à récupérer des armes et à détruire celles qui ne pouvaient être utilisées », s'est-il félicité, assurant qu'elle est « déterminée à poursuivre sa mission, en recrutant plus de 4 500 soldats, les formant et les équipant, pour compléter le déploiement, malgré le non-respect par Israël de ses engagements. » Il a encore relevé que la troupe a été aidée dans son déploiement au Sud par les habitants de la région, « toujours exemplaires dans leur patriotisme et leur résilience. »
Il a encore révélé une série de points réclamés par les autorités libanaises dans le cadre des négociations avec les Etats-Unis, à la suite des deux visites, coup sur coup, de l'émissaire américain Tom Barrack, pour « faire respecter le cessez-le-feu ». Ces points comprennent un arrêt immédiat des violations israéliennes de la souveraineté libanaise, « y compris les éliminations ciblées », le retrait de l'armée israélienne du territoire libanais et la libération des prisonniers libanais en Israël, tandis que du côté libanais, Beyrouth s'engage à « étendre l'autorité de l'Etat sur tout son territoire », et récupérer, via l'armée, les armes de tous les groupes para-étatiques, « y compris celles du Hezbollah ». Le Liban réclame en outre un soutien financier d'un milliard de dollars par an pendant dix ans « pour renforcer l'armée et les forces de sécurité », l'organisation d'une conférence internationale des donateurs pour la reconstruction du Liban à l’automne prochain, que la France s'est engagée à organiser. Selon Joseph Aoun, « ce plan coupe la route à l’agression israélienne » et fournir des fonds nécessaires pour la reconstruction, « tout en renforçant la confiance dans l’État et ses institutions, armée en tête, afin de permettre d'établir une paix durable, condition essentielle à la relance de l’économie et à la poursuite des réformes structurelles. »
Appels au Hezbollah et à ses détracteurs
Disant avoir « sacrifié une grande part » de sa popularité pour épargner l'armée et le peuple libanais de « guerres absurdes », en prônant notamment le dialogue, il a déclaré que « l'heure de vérité commence à sonner : la région est en ébullition et aujourd'hui, il nous faut choisir : l'effondrement ou la stabilité ». « Aucune faction ne doit chercher sa force à l’extérieur, ni par les armes, ni par un axe, ni par un prolongement ou un appui étranger, ni en misant sur un renversement d’équilibres, a-t-il lancé. » « Qu’ensemble, avec courage et responsabilité, nous prenions une décision historique : confier à notre armée nationale, seule, la mission de porter les armes pour nous tous et de protéger nos frontières au nom de tous. » « Non, il n’existe pas d’arme plus sûre face aux attaques que celle de l’armée nationale, soutenue par un État de droit, fondé sur la justice et l’intérêt commun », a-t-il ajouté, appelant à se « rassembler derrière l'armée ».
S'adressant à « ceux qui ont affronté l’agression, ainsi qu’à leur honorable environnement national », en allusion au Hezbollah et ses alliés qui ont pris les armes lors de la dernière guerre contre Israël, il les a appelés à ce que leur « pari soit exclusivement sur l’État libanais. » Sans cela « vos sacrifices auront été en vain, et avec eux, l’État — ou ce qu’il en reste — s’effondrera. » « Vous êtes trop dignes pour compromettre le projet de construction de l’État, et trop nobles pour fournir des prétextes à une agression qui ne cherche qu’à prolonger la guerre », a-t-il plaidé. « Je vous réaffirme que mon attachement à l’exclusivité des armes découle de mon souci de défendre la souveraineté et les frontières du Liban, de libérer les territoires libanais occupés, et de bâtir un État qui accueille tous ses enfants. Vous êtes une composante essentielle de cet État : votre fierté est la sienne, vos droits sont les siens, votre sécurité est la sienne », a-t-il insisté.
S'adressant en outre aux détracteurs du parti chiite et aux autres composantes politiques, il les a exhortés à « aborder la question du monopole des armes avec le plus grand sens des responsabilités. » « Les divergences doivent rester dans les cadres du respect et de la compétition loyale, sous l’égide du Pacte national et de la Constitution », sans aucune provocation ni surenchère, a-t-il déclaré.
Hommage aux martyrs et à Mohammad Farhat
Déplorant les morts survenues depuis l'annonce du cessez-le-feu en novembre 2024, alors que les frappes et tirs israéliens ont tué au moins 285 personnes depuis cette date selon un décompte de l'ONU et de notre publication, et le fait que l'Etat hébreu a « refusé de libérer les prisonniers et de se retirer des territoires occupés », il a salué l'armée qui est « restée aux côtés de la population avec bravoure et en dépit de tout ». Il a dans ce cadre rendu hommage au commandant Mohammad Farhat, un militaire originaire du Liban-Sud qui s'était fait connaître il y a quelques années en empêchant des soldats israéliens de franchir la Ligne bleue, et avait été tué en octobre 2024 en pleine escalade israélienne. Avec cet « assassinat », le haut gradé a été posé en « symbole du sacrifice, de l’honneur et de la loyauté » de l'armée, a-t-il estimé en reprenant la devise de la troupe.
Rendant hommage aux militaires tombés en « martyr » pour le pays, il a dit être « fier, car aucune institution de l’État libanais ne fait l’unanimité autant que l’armée libanaise. Aucune institution n’a offert autant de sacrifices que l’armée. Aucune n’a résisté à la fois à la corruption et à la crise comme l’a fait l’armée. Aucune n’a protégé l’unité du Liban et assuré sa sécurité comme l’ont fait les soldats et officiers de l’armée. Toute l’économie s’est effondrée, mais l’armée est restée debout. Les frontières et la souveraineté ont été violées, mais elle n’a pas cédé. Les ennemis ont semé leurs agents parmi nous, mais ils n’ont trouvé aucun traître parmi vous. »
Toujours depuis Yarzé, le commandant en chef de l’armée, Rodolphe Haykal, a de son côté affirmé que « nous nous engageons à protéger la stabilité et la paix civile, et nous ne permettrons aucune menace contre la sécurité de notre pays. » Il a également exprimé son espoir de voir « les jours à venir apporter à notre chère patrie stabilité et prospérité. »



Arrêtez de tergiverser, il suffit d'attraper le Kassem et le mettre en prison pour félonie. Si les armes du HB osent reagir, ce que j'espère bien, ça sera alors vraiment la fin de ce HB maudit.
20 h 47, le 31 juillet 2025