C’est avec une attention extrême que le Hezbollah a suivi le discours du président Joseph Aoun à l’occasion du 80e anniversaire de l’armée. Le parti voulait entendre ce que le chef de l'État allait dire à l'approche de la tenue du Conseil des ministres de mardi, chargé d’adopter une résolution décidant la remise des armes du Hezbollah à l’armée, sur fond de pressions politiques locales et internationales.
Le Hezbollah, qui estime jusqu’à présent que Joseph Aoun a géré ce dossier d’une façon tout à fait rationnelle et équitable, a toutefois été interpellé par quelques éléments. D’abord, le fait que le chef de l’État ait répété à plusieurs reprises qu’il faut cesser de chercher à se lancer dans « des aventures » et à tenter de « se suicider », dans des allusions claires à l’ouverture par le Hezbollah du front de soutien au Hamas à partir du 8 octobre 2023. Le parti a ensuite été surpris par la dernière partie du discours dans laquelle Joseph Aoun semble appeler l’armée nationale à porter les armes, à la place de tous les Libanais, et à protéger les frontières aussi à leur place. Pour le Hezbollah, c’est comme si le chef de l’État annonçait officiellement le début de l’exécution de la nouvelle mission de l’armée dans le cadre du contrôle des armes de la « résistance ».
Le parti comprend certes que le président de la République est actuellement soumis à de très fortes pressions pour agir le plus rapidement possible. Il suit d'ailleurs les détails des négociations avec l’émissaire américain Tom Barrack dans le cadre du dialogue avec chef de l’État et son équipe ou par le biais du président de la Chambre, Nabih Berry. Selon le Hezbollah, l’émissaire américain avait présenté au Liban un document comportant un calendrier précis pour le contrôle des armes. Ce calendrier prévoit quatre étapes et s’étend sur 120 jours à partir du 1er août. La première étape s’étend du 1er au 15 août et elle prévoit l’adoption par le gouvernement d’un plan de désarmement du Hezbollah.
En contrepartie, les Israéliens devraient arrêter leurs attaques contre le Liban. La seconde étape s’étend du 15e au 60e jour. Pendant cette période, le Hezbollah devrait remettre la moitié de ses armes (pas seulement celles qualifiées de lourdes). En contrepartie, les Israéliens se retirent de deux des cinq positions qu’ils continuent d'occuper au Liban-Sud. La troisième étape s’étend du 60e au 90e jour. Au cours de cette période, le Hezbollah devrait remettre le reste des armes et les Israéliens devraient se retirer des trois positions restantes. La quatrième étape s’étend du 90e au 120e jour et pendant cette période, les armes de toutes les autres milices ainsi que des forces palestiniennes devraient être remises à l’État. Toutefois, lorsqu’il a été interrogé sur l’existence de garanties obligeant les Israéliens à exécuter leur part, Tom Barrack a clairement répondu qu’il n’y en avait pas, laissant pratiquement entendre que c’est à prendre ou à laisser.
Le document a été communiqué aux responsables et soumis aussi au Hezbollah. Ce dernier l’a immédiatement rejeté en disant qu’il ne se sent nullement concerné par ces « demandes israéliennes ». Dans le cadre du dialogue entre le Hezbollah et les responsables, tous ont convenu de la nécessité de chercher d’autres idées à proposer aux Américains. C’est ainsi que le Liban a commencé par réclamer l’arrêt des agressions israéliennes contre le Liban, le retrait israélien des positions occupées et la libération des prisonniers. Le Hezbollah estime qu’il avait pleinement exécuté sa part de l’accord de cessez-le-feu. Pourquoi alors les Israéliens poursuivent-ils leurs pressions sur le Liban ? Le Hezbollah affirme n’avoir pas obtenu de réponse à cette question.
Par contre, dans le cadre de ses discussions avec le chef de l’État, M. Barrack a réclamé un engagement ferme du Hezbollah à remettre ses armes et Joseph Aoun lui a conseillé d’en parler avec Nabih Berry. C’est alors que ce dernier a lancé sa proposition d’une trêve totale de 15 jours à la suite de laquelle le Hezbollah annoncerait le début de la remise de ses armes. La proposition a paru acceptable à Tom Barrack et, dans une déclaration à la presse, il a qualifié la réunion avec M. Berry d’« excellente ». Mais il semble qu’une tierce partie soit alors intervenue pour rejeter cette proposition. M. Barrack a alors sollicité un second rendez-vous avec M. Berry, qui a demandé à son conseiller Ali Hamdane de le recevoir. Les discussions ont ainsi repris et elles semblaient avancer positivement. Mais toute l’atmosphère a de nouveau changé après l’arrivée de Tom Barrack à Paris et son entretien avec le ministre israélien Ron Dermer.
La proposition libanaise a ainsi été rejetée, sous prétexte qu’elle ne comporte pas de dates. Les Américains sont revenus à l’idée d’une décision claire du Conseil des ministres prévoyant la remise des armes du Hezbollah à l’armée dans des délais précis. Pour couper court à d’éventuels tiraillements internes ou à des polémiques, le chef de l’État a choisi de prononcer un discours déterminé et clair, avant la tenue du Conseil des ministres, pour annoncer pratiquement l’application de la décision libanaise de placer toutes les armes sous le contrôle de l’armée.
Le Hezbollah, qui a donc suivi attentivement ce discours, comprend parfaitement la position libanaise et rappelle qu’il a accepté l’idée de placer ses armes sous le contrôle de l’État. Mais il veut des garanties pour la suite. D’autant que ce qui s’est passé en Syrie ne lui paraît pas encourageant. Les Israéliens ont, selon lui, exigé la création de trois zones hors du contrôle des forces étatiques, Deraa, Quneitra et Soueida. Les Israéliens voudraient peut-être en faire de même au Liban et l’armée ne serait plus alors qu’une force de police ou, comme l’a dit M. Barrack dans une de ses déclarations, « des gardes-frontières ». Pour lui, l’heure devrait donc être au dialogue interne et à l’unité, et puisque Tom Barrack considère que la question des armes du Hezbollah est purement interne au Liban, qu’il laisse donc les Libanais la gérer.




L'Inde condamne l'attaque d'un navire au large d'Oman
Un article décevant, formé de vœux pieux et de désirs phantasmés. Mme Haddad aurait mieux fait de nous révéler que ferait le Hezbollah résistant si les Israéliens avançaient un peu plus ds le sud-Liban. Vers Tyr par exemple, prenant Nabatieh et Bint Jbeil au passage. Car c’est peut être ça la prochaine étape.
14 h 58, le 01 août 2025