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Nos lecteurs ont la parole

Lettre ouverte à Monsieur Karim Souhaid, gouverneur de la banque centrale

Monsieur le Gouverneur Souhaid,

Félicitations pour votre nomination au poste de gouverneur de la banque centrale du Liban en mars 2025. J’imagine que votre nomination a été accueillie avec un grand soulagement par de nombreux Libanais, avec l’espoir renouvelé que les complexités politiques, sociales et économiques à l’origine de l’effondrement du système bancaire libanais puissent enfin être abordées.

Je suis bien consciente de la tâche colossale qui vous attend. Mais votre impressionnant parcours académique et professionnel vous permettra, je l’espère, de trouver les solutions appropriées pour restaurer un système bancaire qui était autrefois respecté pour sa fiabilité et son intégrité, fidèle à sa mission fondatrice :

– Préserver la stabilité monétaire et économique.

– Assurer la solidité du secteur bancaire.

– Développer des marchés monétaires et de capitaux.

– Réglementer et développer les systèmes de paiement, de compensation et de règlement, y compris les opérations financières électroniques.

Malheureusement, aucun de ces objectifs n’a été atteint ces dernières années. Plus dramatique encore, la crise bancaire a profondément touché des milliers de déposants libanais de la classe moyenne, dont beaucoup étaient déjà aux prises avec les conséquences et les tragédies d’une instabilité politique de longue date. Ces citoyens, qui avaient fait confiance aux banques libanaises, se retrouvent aujourd’hui dans l’impossibilité d’accéder à leurs propres économies durement gagnées et souvent modestes. C’est non seulement profondément contraire à l’éthique, mais aussi dévastateur sur le plan humain.

Permettez-moi d’être claire : mon but ici n’est pas de présenter un argument politique ou philosophique, ni d’analyser une situation dont les rouages sont extrêmement complexes. Je lance un appel tout simplement ! Un appel prosaïque, pratique et profondément personnel.

Je vous écris en mon nom personnel, ainsi qu’au nom de mon frère, de nombreux cousins et d’amis très chers, qui ont tous des comptes bancaires au Liban – ouverts avant ou après 2019 – et qui sont tous aujourd’hui confrontés à la même question urgente et angoissante : « Monsieur le Gouverneur, avez-vous jamais connu un pays moderne et démocratique où les banques retiennent illégalement les dépôts de leurs propres citoyens ? »

Les banques libanaises sont, sur le papier, régies par les mêmes réglementations que celles des pays occidentaux. Dans le passé, notre système bancaire était loué dans toute la région et Beyrouth était considérée comme le centre financier du Moyen-Orient. Comment en sommes-nous arrivés à ce point que les déposants se retrouvent impuissants, sans recours ni protection ?

Bien que je reconnaisse que des progrès lents ont été accomplis en vue du rétablissement des opérations bancaires normales, le processus demeure marqué par l’inégalité et l’incohérence. Par exemple : on me dit que les déposants avec des comptes antérieurs à 2019 peuvent désormais retirer jusqu’à 800 dollars par mois. Ce n’est pas idéal, mais au moins c’est quelque chose.

Mais je ne comprends pas pour quelles raisons les titulaires de comptes post-2019 sont exclus de cette mesure. Quelle justification justifie une politique aussi illogique et discriminatoire ? Y a-t-il quelque chose que je n’arrive pas à comprendre ?

Dans mon cas, j’ai ouvert un compte à Beyrouth et y ai déposé une modeste somme en octobre 2019. Retraitée depuis peu (au Canada), j’espérais que cette somme servirait de tremplin pour renouer avec le Liban, peut-être même acheter une propriété pour garder mes racines vivantes pour mes enfants et petits-enfants.

Au lieu de cela, le compte a été gelé depuis. Joindre un employé de banque par e-mail est une mission qui relève du miracle. Le directeur de la succursale que j’essaie de contacter par e-mail ne répond jamais à mes courriers ! Je n’ai jamais perçu un centime d’intérêts sur cet argent, en revanche la banque a appliqué des frais franchement absurdes : les « frais dormants » et les « frais de maintenance ». Ces termes, lorsqu’ils sont appliqués à un compte gelé, sont des oxymores, presque aussi absurdes que l’expression « mort-vivant ». Ces frais fluctuent sans explication et, éventuellement, le compte finira par être entièrement épuisé.

Mon frère à Montréal et de nombreux cousins au Liban ou ailleurs font face à des difficultés similaires. Une cousine au Liban récemment diagnostiquée d’un cancer a un besoin urgent de fonds pour se faire soigner, mais n’a pas accès à son propre argent. D’autres, aujourd’hui âgés de plus de 80 ans, avaient espéré une retraite paisible. Au lieu de cela, ils luttent pour survivre.

Mélodramatique ? Peut-être. Mais comment peut-on décrire autrement des circonstances aussi désastreuses et démoralisantes ?

On dit que le peuple libanais est résilient. Et c’est le cas, mais la résilience, lorsqu’elle est poussée trop loin, devient apathie et paralysie. Les citoyens ont le droit d’attendre une protection de la part des institutions même auxquelles ils ont fait confiance et qu’ils ont soutenues. Lorsque ces institutions échouent, la société s’effondre et l’anarchie menace.

J’espère, Monsieur le Gouverneur, que ma voix se fera entendre. Et j’espère, par-dessus tout, que moi-même et d’innombrables autres aurons enfin un accès juste et équitable aux fonds que nous avons confiés aux banques libanaises.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Monsieur le Gouverneur Souhaid,Félicitations pour votre nomination au poste de gouverneur de la banque centrale du Liban en mars 2025. J’imagine que votre nomination a été accueillie avec un grand soulagement par de nombreux Libanais, avec l’espoir renouvelé que les complexités politiques, sociales et économiques à l’origine de l’effondrement du système bancaire libanais puissent enfin être abordées.Je suis bien consciente de la tâche colossale qui vous attend. Mais votre impressionnant parcours académique et professionnel vous permettra, je l’espère, de trouver les solutions appropriées pour restaurer un système bancaire qui était autrefois respecté pour sa fiabilité et son intégrité, fidèle à sa mission fondatrice :– Préserver la stabilité monétaire et économique.– Assurer la solidité du...
commentaires (2)

C ‘est ce qu’on appelle la pyramide de Charles Ponzi. Ce nouveau Gouverneur vient d’émettre une nouvelle circulaire pour interdire aux banques commerciales de se soumettre aux décisions des justices étrangères concernant d’ éventuels condamnations à rendre l’argent des déposants . Une honte !!

celui qui sauve

09 h 48, le 01 août 2025

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Commentaires (2)

  • C ‘est ce qu’on appelle la pyramide de Charles Ponzi. Ce nouveau Gouverneur vient d’émettre une nouvelle circulaire pour interdire aux banques commerciales de se soumettre aux décisions des justices étrangères concernant d’ éventuels condamnations à rendre l’argent des déposants . Une honte !!

    celui qui sauve

    09 h 48, le 01 août 2025

  • Merci Madame pour cette lettre remplie d’émotions et de vérités. Vous posez le problème des comptes ouverts après le 19 octobre 2019. Les «  circulaires « totalement illégales et sans fondement juridiques édictées par la Banque Du Liban visaient les comptes ouverts avant cette date. Si les banques étaient honnêtes , elles auraient prévenu tout nouveau déposant du risque de « séquestration » de ses avoirs. Ce qui n ‘a pas été le cas et les banques continuaient à accepter des nouveaux comptes pour pouvoir alimenter la Banque Centrale qui elle, payait les dettes de l ‘État.

    celui qui sauve

    09 h 44, le 01 août 2025

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