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Culture - Hommage

Mort de Ziad Rahbani : comment la presse arabe et internationale a réagi

D' al-Jazeera à « Libération », en passant par le « Washington Post » et le « New York Times », « L'Orient-Le Jour » revient sur les principaux titres de la presse qui ont rendu hommage au grand artiste libanais.

Mort de Ziad Rahbani : comment la presse arabe et internationale a réagi

Ziad Rahbani, lors du Festival international Ehdeniyat, le 30 juillet 2015 à Ehden. Photo d'archives Jamal Saidi/Reuters

Le décès du musicien et dramaturge Ziad Rahbani, qui a endeuillé le Liban et la région, a fait les gros titres de la presse internationale, unanime sur son génie artistique, ses critiques mordantes à l’égard de la société libanaise et son engagement politique pour la cause palestinienne. Le fils aîné de la diva Feyrouz et Assi Rahbani, icônes de la scène musicale libanaise, est décédé samedi 26 juillet à Beyrouth, à l’âge de 69 ans, après des années de maladie. Ses funérailles se sont déroulées lundi après-midi en l’église de la Dormition à Mhaydsé-Bickfaya, en présence des responsables politiques et des figures de la scène artistique du pays.

D'al-Jazeera à Libération, en passant par le Washington Post et le New York Times, L'Orient-Le Jour revient sur les principaux titres de la presse qui ont rendu hommage au génie de Ziad Rahbani et salué celui qui a marqué la musique arabe contemporaine et milité pour la cause palestinienne.

« Le Liban et le monde arabe perdent l'un des piliers les plus importants de l'art et de la musique »

La chaîne qatarie al-Jazeera a ainsi regretté le départ de « la voix rebelle et mélancolique de Beyrouth, (...) après une longue carrière au cours de laquelle (Ziad Rahbani) a créé un style artistique particulier alliant ironie et profondeur, rébellion et amour ». Pour la chaîne, le fils de Feyrouz était « l'une des figures les plus marquantes de la musique arabe contemporaine » qui a « introduit des éléments de jazz et des styles occidentaux dans la musique orientale » et « réussi à créer son propre style alliant expérimentation et identité ». « Avec son départ, le Liban et le monde arabe perdent l'un des piliers les plus importants de l'art et de la musique. »

The Palestine Chronicle, publication palestinienne dédiée à la sensibilisation aux droits de l’homme, a, elle, rendu hommage à « la voix inflexible de la résistance et de la révolution » de Ziad Rahbani, « pilier de la musique radicale ». Décrivant l’artiste comme un « communiste engagé qui s'était rallié à la cause palestinienne », elle a salué « l'empathie de Ziad pour les pauvres et les opprimés qui s'est rapidement exprimée à travers la musique ». « Ses œuvres ont brisé les tabous sociaux, attaquant violemment la discrimination et mettant en lumière des personnages issus de la classe ouvrière », rappelle le média. « Ziad a dérangé les riches, embarrassé les conservateurs et irrité les libéraux, au point que certains avaient même souhaité sa chute. »

La Syrie et Ziad Rahbani

Si le silence de Ziad Rahbani sur la révolution syrienne avait troublé une partie de ses admirateurs, le site syrien Enab Baladi, connu pour son opposition au président déchu Bachar el-Assad, n'a pas manqué de rendre hommage à la figure libanaise. « Il était connu pour son franc-parler et la virulence de ses déclarations, critiquant régulièrement les politiciens et les artistes libanais et arabes », écrit ainsi la plateforme.

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Enab Baladi a toutefois critiqué « les positions politiques ambiguës » de l’artiste et son « soutien explicite au Hezbollah » qui se battait aux côtés de la dictature Assad. Mais le site reconnaît toutefois que les œuvres de Ziad Rahbani « ont continué à susciter l'intérêt et à être diffusées, ce qui reflète la profondeur de son influence et la diversité de son public ».

« Artiste touche-à-tout, génie de la scène culturelle »

Du côté de l'Hexagone, le grand quotidien Le Monde a rendu hommage à « l’artiste touche-à-tout, génie de la scène culturelle » libanaise et arabe. « Il était devenu immensément populaire en dépeignant la société libanaise dans des pièces de théâtre à l’humour corrosif », écrit le journal qui évoque « l’esprit provocateur » et « l’engagement à gauche » de Ziad Rahbani. « Fervent soutien de la cause palestinienne, il défendait la résistance contre Israël et revendiquait son admiration pour Hassan Nasrallah », le chef du Hezbollah assassiné en septembre 2024 dans une frappe « israélienne », a-t-il souligné. Si Le Monde a rappelé que le grand artiste avait « pris le parti du régime de Damas », ce qui lui a valu de nombreuses critiques, il a constaté que cela « n’entama en rien le caractère quasi patrimonial de son œuvre ».

Le Monde évoque ensuite la laïcité de l’artiste disparu, « pourfendeur du confessionnalisme (...) », expliquant que « c’est aussi à ce titre que son œuvre a traversé les générations. (...) Pour une grande partie de la jeunesse actuelle, notamment celle qui participa aux manifestations antisystème de l’automne 2019, il incarnait l’espoir d’un pays débarrassé des carcans communautaires ».

« C’est peu de dire que le Liban le pleure. Et pourtant, pour être iconique, Ziad Rahbani (...) n’était pas du genre consensuel, adhérent au Parti communiste et toujours prompt à pointer les dérives claniques d’un pays soumis aux arrangements entre gens de bonne famille », raconte pour sa part le quotidien français de gauche Libération qui évoque la disparition d’une « légende de la musique libanaise qui avait mis son art de l’hybridation musicale et de la mise en scène au service d’une satire politique de son pays ».

En 1998, l’artiste avait été interviewé par Libération à l’occasion d’un concert parisien. « Il ne s’embarrassait pas de périphrases : Ce pays n’existe pas. Il ne produit rien, les gens n’ont pas l’habitude de travailler. C’est comme une mauvaise photocopie. Comme à Taïwan, on copie tout : les films, le sexe. Le Liban est un pays du tiers-monde », avait répondu Ziad Rahbani. 

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RFI (Radio France internationale) a rendu pour sa part hommage à « l’un des plus grands artistes » du Liban, connu « pour ses pièces de théâtre devenues cultes », « pour avoir inventé le jazz oriental » et « révolutionné le monde de la chanson et du théâtre libanais ». « Figure rebelle de la scène culturelle libanaise, il laisse derrière lui une œuvre profondément engagée », note encore le média français dont les bulletins d’informations sont diffusés sur Radio Liban.

« Un Liban en guerre contre lui-même »

Outre-Atlantique, le New York Times a rappelé que les chansons de Ziad Rahbani « ont forgé un nouveau son pour le monde arabe et ses pièces de théâtre ont critiqué avec virulence la corruption politique de son pays ». « Les Libanais qui ont atteint l'âge adulte pendant la guerre, comme M. Rahbani, ont vu dans ses paroles mélancoliques et sarcastiques les brutalités et les contradictions de leur petit pays de la Méditerranée orientale alors qu'il se déchirait. Il est resté très apprécié des Libanais qui ont grandi plus tard, dans l'ombre de la guerre, lorsque les divisions sectaires, la corruption et le marasme économique ont envahi la vie des Libanais », a rappelé le NYT.

Le Washington Post a pour sa part salué chez Ziad Rahbani « sa satire irrévérencieuse, sa critique politique sans concession et ses compositions teintées de jazz qui reflétaient le chaos et les contradictions d'un Liban en guerre contre lui-même ». Le quotidien a ainsi décrit l'œuvre musicale de l'artiste comme « profondément enracinée dans les événements traumatisants des conflits sectaires, des combats sanglants dans les rues entre milices rivales et des trois années d'occupation violente par Israël après l'invasion de 1982 ».

Le décès du musicien et dramaturge Ziad Rahbani, qui a endeuillé le Liban et la région, a fait les gros titres de la presse internationale, unanime sur son génie artistique, ses critiques mordantes à l’égard de la société libanaise et son engagement politique pour la cause palestinienne. Le fils aîné de la diva Feyrouz et Assi Rahbani, icônes de la scène musicale libanaise, est décédé samedi 26 juillet à Beyrouth, à l’âge de 69 ans, après des années de maladie. Ses funérailles se sont déroulées lundi après-midi en l’église de la Dormition à Mhaydsé-Bickfaya, en présence des responsables politiques et des figures de la scène artistique du pays.D'al-Jazeera à Libération, en passant par le Washington Post et le New York Times, L'Orient-Le Jour revient sur les principaux titres de la presse qui...
commentaires (2)

J'ai assisté hier a une interview faite il y a quelques années avec un journaliste. J'étais plié de rire alors que je ne comprenais rien à ses réponses qui étaient à des années lumière des questions posées. C'est ca Ziad, capable avec sa dérision naturelle et spontanée, de vous faire oublier vos soucis et vous fait rentrer dans son monde, poétique, drôle et imaginaire. Tu vas beaucoup nous manquer. On se rend malheureusement compte de la valeur des personnes une fois parties. Repose toi en paix mon génie, humain et proche des opprimés.

Citoyen

15 h 12, le 29 juillet 2025

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Commentaires (2)

  • J'ai assisté hier a une interview faite il y a quelques années avec un journaliste. J'étais plié de rire alors que je ne comprenais rien à ses réponses qui étaient à des années lumière des questions posées. C'est ca Ziad, capable avec sa dérision naturelle et spontanée, de vous faire oublier vos soucis et vous fait rentrer dans son monde, poétique, drôle et imaginaire. Tu vas beaucoup nous manquer. On se rend malheureusement compte de la valeur des personnes une fois parties. Repose toi en paix mon génie, humain et proche des opprimés.

    Citoyen

    15 h 12, le 29 juillet 2025

  • un personnage qui prete a controverse reste une personne dont on devrait respecter les opinions ! quoique souvent ridicules.

    L’acidulé

    09 h 59, le 29 juillet 2025

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