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Société - Liban-Nord

Une partie du Yacht Club libanais démantelée par les autorités à Thoum

Une décision qui intervient après plusieurs années de litiges fonciers sur le front de mer.

Une partie du Yacht Club libanais démantelée par les autorités à Thoum

Les embarcations empilées les unes sur les autres. Photo fournie par Rabih Salem

Le 25 juillet, les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont démantelé une partie du Yacht Club libanais (Lebanese Yacht Club) à Thoum, dans le caza de Batroun, après des années de litiges fonciers avec un propriétaire sur le front de mer. L'information, relayée par l'Agence nationale d'information (ANI, officielle), a été confirmée à notre publication lundi par le commodore Rabih Salem, président de cette association à but non lucratif (sauf pour la nourriture et les boissons qui permet de financer le club selon M. Salem), créée il y a 21 ans et consacrée à l’apprentissage de la navigation.

M. Salem explique que son club a dû fermer ses portes « après que la totalité des 44 voiliers a été retirée et endommagée », et dénonce une opération « brutale » et « illégale » menée par les forces de l'ordre. La décision de démantèlement du club intervient après plusieurs années de litiges fonciers avec un propriétaire voisin, l'architecte François Barakat, qui accuse M. Salem d'empiéter sur ses terrains. Des accusations validées par les autorités publiques.

« C'est une décision du ministère des Travaux publics, puisqu'il s'agit d'une atteinte à la propriété d'autrui », explique à notre rédaction une source sécuritaire.

M. Barakat et son partenaire Salim el-Zeer avaient acheté en 2020 un terrain côtier qui inclut les parcelles 204 et 205. C'est l'espace maritime public qui donne sur ces parcelles, et que M. Barakat et son partenaire exploitent à l'État en contrepartie de redevances, qui sont victimes des empiètements en question, selon les autorités. François Barakat a saisi à plusieurs reprises, depuis cette année-là, le ministère des Travaux publics au sujet du club et de son président. « Il occupe 1 200 mètres carrés d'un espace que nous exploitons, en face de nos propriétés. Cela fait cinq ans que je lui demande de partir. À chaque fois, il promet de le faire, sans tenir sa parole », accuse M. Barakat, que L'OLJ a joint et à qui il a transmis plusieurs documents officiels au sujet des plaintes et mesures administratives en question.

Menaces de poursuites judiciaires et pénales

L’un de ces documents a été émis le 15 juillet 2025 par le ministère des Travaux publics. Ce dernier a ainsi demandé au président du club de voile de « retirer immédiatement toutes les constructions fixes ou non fixes, les équipements et les embarcations situés devant les parcelles 204 et 205, présentes sur le domaine public maritime occupé par les propriétaires des parcelles 204 et 205 », sous peine de poursuites judiciaires et pénales.

Les embarcations empilées les unes sur les autres. Photo fournie par Rabih Salem
Les embarcations empilées les unes sur les autres. Photo fournie par Rabih Salem

M. Salem, qui conteste la légalité de l'exploitation de l'espace maritime public par François Barakat et son associé, a confirmé avoir été notifié de l'avis de démantèlement, mais indique avoir demandé un sursis aux autorités. Contacté, le procureur général du Liban-Nord, Tarek Tarabay, en charge du dossier qu'il a transféré à la première juge d’instruction du Liban-Nord, Samaranda Nassar, n'a pas répondu à nos questions, n’étant pas autorisé à s’exprimer auprès des médias. La juge Nassar était elle aussi injoignable.

Dans un communiqué du 25 juillet, le bureau de presse du ministère des Travaux publics explique que le club, qui « ne loue qu’une partie de la parcelle 206 », a débordé sur d'autres terrains en y installant « des constructions, du matériel et des embarcations sur le domaine public devant deux parcelles qui ne lui appartiennent pas ». Il rappelle que plusieurs anciens ministres des Travaux publics avaient demandé au ministère de l'Intérieur de mettre un terme à ces empiètements, soulignant que M. Salem refusait « depuis plus de six ans » d'obtempérer. Le ministère poursuit en indiquant que le président du club avait été notifié par la Brigade des côtes du Liban-Nord, « environ 15 jours avant » le démantèlement, de l’obligation de retirer ses équipements des lieux concernés. Sans réponse de Rabih Salem, les autorités ont alors exécuté la décision sur indication du parquet, conclut le ministère.

Un accord entre Rasamny et Yazbeck ?

L'affaire a fait réagir le député de Batroun des Forces libanaises, Ghayath Yazbeck, qui a dénoncé, le 25 juillet, le « traitement infligé » à ce club « sans défense », en pointant du doigt le « caractère sélectif de cette affaire ». Le parlementaire, qui affirme s'être « entendu avec le ministre des Travaux », Fayez Rasamny, pour qu'un délai de deux mois soit accordé aux « occupants du club », a ainsi accusé le ministre de s'être « dérobé » à cet accord. Il dénonce ensuite un « État profond » et « des comportements miliciens », pointant du doigt, sans les nommer, des « personnes responsables d'empiètements et soutenues sur la côte libanaise, notamment à Batroun ». Contactée par L'OLJ, une source au sein du ministère des Travaux se contente d'évoquer « des discussions uniquement, afin de permettre à M. Salem de quitter volontairement les lieux ».

La ville de Batroun est considérée comme le fief du député et chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, rival chrétien des Forces libanaises. Le Yacht Club libanais n'en est pas à ses premières démêlées avec la justice. En novembre 2020, il avait été mis sous scellés après avoir fait l’objet d’une plainte pour « occupation illégale d’un bien-fonds public maritime », mais cette décision avait été annulée par l’avocat général près la Cour de cassation, Ghassan Khoury, à l'époque.

Les empiètements sur le littoral libanais ne sont pas rares, malgré l'arrêté 144 qui définit le statut du littoral et l’établit comme une propriété publique. Des violations qui sont régulièrement dénoncées par des ONG. Dernier exemple en date : un nouveau projet de construction sur la côte de Batroun critiqué il y a quelques jours par l'association Nahnoo.

Le 25 juillet, les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont démantelé une partie du Yacht Club libanais (Lebanese Yacht Club) à Thoum, dans le caza de Batroun, après des années de litiges fonciers avec un propriétaire sur le front de mer. L'information, relayée par l'Agence nationale d'information (ANI, officielle), a été confirmée à notre publication lundi par le commodore Rabih Salem, président de cette association à but non lucratif (sauf pour la nourriture et les boissons qui permet de financer le club selon M. Salem), créée il y a 21 ans et consacrée à l’apprentissage de la navigation.M. Salem explique que son club a dû fermer ses portes « après que la totalité des 44 voiliers a été retirée et endommagée », et dénonce une opération « brutale » et « illégale » menée par les forces de...
commentaires (1)

Ce qui est brutal c’est de s’approprier des biens qui ne leur appartiennent pas et surtout de défigurer notre pays en rackettant son patrimoine. Ça c’est plus que brutal, c’est même criminel.

Sissi zayyat

16 h 51, le 31 juillet 2025

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Commentaires (1)

  • Ce qui est brutal c’est de s’approprier des biens qui ne leur appartiennent pas et surtout de défigurer notre pays en rackettant son patrimoine. Ça c’est plus que brutal, c’est même criminel.

    Sissi zayyat

    16 h 51, le 31 juillet 2025

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