Georges Abdallah saluant la foule à sa sortie de l'Aéroport international de Beyrouth, le 25 juillet 2025. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Georges Abdallah, l’un des plus anciens détenus de France, a été libéré vendredi matin après plus de 40 ans derrière les barreaux. Il est arrivé en début d’après-midi à Beyrouth, où il a immédiatement lancé un appel à « poursuivre la lutte contre l’ennemi » israélien et à soutenir la « résistance », en référence au Hezbollah et à ses alliés.
« Il faut continuer à lutter contre l'ennemi et à être solidaires de la résistance », a déclaré le militant libanais pro-palestinien, à sa sortie de l'Aéroport international de Beyrouth (AIB), où l'attendaient plusieurs centaines de personnes. « La résistance n'est pas faible. Elle serait faible si ses chefs étaient des traîtres, mais ses chefs sont morts en martyrs », a-t-il ajouté, en allusion probable à l'élimination par Israël du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en septembre 2024, et de plusieurs cadres du Hamas, notamment Ismaïl Haniyé, tué en juillet 2024 à Téhéran, ou Yahya Sinouar, assassiné à Gaza le 16 octobre 2024. Celui qui avait été condamné dans les années 80 pour complicité d'assassinats de diplomates américain et israélien a encore déploré que « des millions d'Arabes » ne se mobilisent pas pour soutenir Gaza, critiquant notamment l'Egypte, qui contrôle la frontière avec le sud de l'enclave, en accord avec l'État hébreu. « Les enfants de Palestine meurent de faim alors que les millions d'Arabes les regardent en spectateurs », a lancé Georges Abdallah.

C'est aux cris de « Liberté ! » qu'il a été accueilli par des centaines de personnes à sa sortie de l'aéroport international de Beyrouth, où le vol Air France AF564, à bord duquel il se trouvait, a atterri à 14h30 (11h30 GMT). Parmi elles se trouvaient de nombreux sympathisants du Parti communiste libanais (PCL) et du Parti social national syrien (PSNS), dont les drapeaux flottaient au milieu de la foule. « Dites aux Français, et à l'État libanais, que Georges Abdallah est libéré », scandaient-ils. De nombreux journalistes étaient également sur place. Au niveau de la représentation politique, le député Oussama Saad, de l'Organisation populaire nassérienne (arabisante, de gauche) et Hanna Gharib, chef du PCL, étaient présents dans le salon de l’aéroport, où Georges Abdallah a été accueilli par sa famille.
Sur X, le ministère israélien des Affaires étrangères a diffusé une photo de partisans de Georges Abdallah à l’aéroport, affirmant : « Des partisans du terrorisme attendent Georges Ibrahim Abdallah, le terroriste libéré par la France après 41 ans de détention. » « Après la promesse d’Emmanuel Macron de reconnaître un État palestinien, la France récompense désormais un autre acte terroriste », a ajouté le ministère israélien.
Georges Abdallah à son arrivée à Qobeyate, le 25 juillet 2025. Photo fournie par Michel Hallak.
Georges Abdallah a ensuite pris la route de son village natal de Qobeyate, dans le Akkar (Nord), où des banderoles de bienvenue et des drapeaux libanais avaient été déployés, selon notre correspondant Michel Hallak. Il est arrivé vers 20h au salon culturel de la localité, escorté par les forces de sécurité. Sur place, il a été accueilli par le député Jimmy Jabbour (Courant patriotique libre) ainsi que de nombreux habitants. Devant la foule, il a plaidé pour « l’unité du Liban, quelle que soit la situation dans la région ». « Nous ferons face au sionisme international. Nous croyons en notre armée, en sa force, sa sagesse et ses officiers », a-t-il affirmé. Et de conclure : « Dans les circonstances difficiles que traverse le Liban, nous devons rester unis. Notre armée est capable de défendre le pays, et les fils du Akkar et de Qobeyate sont au cœur de cette armée nationale. »
L'ancien détenu doit ensuite se rendre dans sa maison familiale, au centre du village, qu’il n’a pas vue depuis plus de 40 ans.

« Choc émotionnel et victoire politique »
Abdallah a quitté sa prison dans la nuit. Vers 03h40 (01h30 GMT), un convoi de plusieurs véhicules, dont deux vans noirs, s'est élancé du centre pénitentiaire de Lannemezan (sud-ouest de la France), gyrophares allumés, a constaté une équipe de l'AFP sans pouvoir apercevoir le militant à la barbe désormais blanche. Selon son avocat Jean-Louis Chalanset, contacté par L'Orient-Le Jour, l'ancien instituteur de 74 ans a été escorté par un important dispositif pénitentiaire composé de six véhicules, en direction de l’aéroport Tarbes-Lourdes-Pyrénées. De là, il a été transféré à bord d’un avion militaire en direction de Roissy, d'où il s'est envolé pour Beyrouth, un jour avant le programme initialement prévu. Me Chalanset a immédiatement informé le chargé d’affaires de l’ambassade du Liban à Paris, Ziad Taan, de ces changements. « C'est à la fois une joie pour lui, un choc émotionnel et une victoire politique après tout ce temps », a confié à l'AFP Me Chalanset après le départ du convoi.
La cour d'appel de Paris a ordonné sa libération la semaine dernière, « à compter du 25 juillet », à condition qu'il quitte le territoire français et n'y revienne plus. Il était libérable depuis 1999, mais avait vu sa dizaine de demandes échouer. Le parquet général de Paris a annoncé lundi un pourvoi en cassation contre la décision de libération. Le recours, qui ne sera pas examiné avant plusieurs semaines, n'est pas suspensif et ne pouvait empêcher pas le départ de Georges Abdallah.
« Très heureux »
Selon Me Chalanset, qui l'a vu dans sa prison jeudi, « il semblait très heureux de sa prochaine libération, même s'il sait qu'il arrive au Moyen-Orient dans un contexte extrêmement lourd pour les populations libanaises et palestiniennes ».
Ces derniers jours, Georges Abdallah a vidé sa cellule, décorée d'un drapeau rouge de Che Guevara et débordant de piles de journaux et de livres, qu'il a confiés à son comité de soutien, dont quelque 200 personnes manifestaient encore devant la prison jeudi après-midi. Il a donné la majorité de ses vêtements à des codétenus, et n'emporte qu' « une petite valise », selon son avocat. L'AFP l'a rencontré le jour de la décision, dans sa cellule, en accompagnant une parlementaire. « Quarante ans, c'est beaucoup, mais on ne les sent pas quand il y a une dynamique de lutte », avait assuré le détenu.
La durée de sa détention est « disproportionnée » par rapport aux crimes commis et au vu de l'âge de l'ancien chef des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), ont jugé les magistrats de la cour d'appel.
« Symbole passé »
Ce groupuscule de chrétiens libanais marxistes, dissous depuis longtemps, n'a « pas commis d'action violente depuis 1984 », a aussi rappelé la cour, voyant en Georges Abdallah un « symbole passé de la lutte palestinienne ». Tout en regrettant qu'il n'ait pas « évolué » ni exprimé de « regret ou compassion pour les victimes qu'il considère comme des ennemis », les juges ont estimé que Abdallah, qui veut « finir ses jours » dans son village, peut-être en s'engageant en politique locale, ne représente plus de risque de trouble à l'ordre public.
À l'époque des faits, dans le contexte de la guerre civile libanaise et de l'invasion israélienne au Liban-Sud en 1978, les FARL ciblaient les intérêts d'Israël et de son allié américain à l'étranger. Avant l'arrestation de Georges Abdallah en 1984, le groupuscule avait frappé cinq fois en France, tuant deux diplomates en 1982 : le Lieutenant-colonel américain Charles Ray, puis l'Israélien Yacov Barsimantov, considéré comme le responsable du Mossad en France, abattu par une femme devant son épouse et ses deux enfants. Identifié par ses empreintes découvertes dans une planque bourrée d'explosifs et d'armes dont le pistolet qui avait servi aux deux assassinats, Georges Abdallah avait comparu seul au Palais de justice en 1987 : il était devenu l'ennemi public numéro 1 et le prisonnier le plus célèbre de France car on le croyait, à tort, derrière la vague d'attentats de 1985-86 qui a fait 13 morts et installé la psychose dans les rues de Paris. Il avait été condamné à la perpétuité, et a toujours nié son implication dans l'assassinat des diplomates, tout en refusant de condamner des « actes de résistance » contre « l'oppression israélienne et américaine ».



@LH le lecteur qui s’offusque de l’ouverture du salon: vous avez raison mais pour les mauvaises raisons: oui il est scandaleux d’ouvrir le salon d’honneur pour un terroriste, mais c’est un affront mérité à la France qui ne soutient plus du tout le Liban
10 h 39, le 26 juillet 2025