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Nos lecteurs ont la parole

Un chemin vers la paix : et si l’économie remplaçait l’influence du Hezbollah au Liban-Sud ?

Face à l’impasse politique et sécuritaire, une autre voie existe, celle du développement économique. Et si, à l’image du Vietnam après la guerre, le Liban-Sud devenait une zone industrielle dynamique tournée vers la fabrication textile et l’exportation ? Et si cette prospérité offrait enfin une alternative crédible à l’influence du Hezbollah ? Peut-être est-ce un rêve, mais c’est un rêve qui mérite d’être exploré.

L’influence du Hezbollah s’explique moins par l’idéologie que par l’absence d’alternative.

Le paradoxe est le suivant : plus le Liban-Sud est économiquement délaissé, plus le Hezbollah s’impose comme incontournable. Le statu quo nourrit donc une spirale où pauvreté, dépendance et contrôle se renforcent mutuellement.

Et si le Liban-Sud n’était plus défini par le conflit, mais par la production ? Et si les villages aujourd’hui dominés par une présence militaire devenaient les moteurs d’une économie de manufacture, de textile, de logistique et d’innovation industrielle ?

Ce modèle n’est pas théorique. Le Vietnam, après des décennies de guerre et d’isolement, a entamé une transformation économique spectaculaire à partir du milieu des années 1980, avec la politique de réformes connue sous le nom de « Doi Moi » (renouveau). Ce tournant stratégique a consisté à abandonner l’économie planifiée au profit d’une ouverture progressive au marché, aux investissements étrangers et à l’exportation.

L’un des secteurs les plus dynamiques issus de cette ouverture est l’industrie du textile, de l’habillement et de la chaussure. Grâce à une main-d’œuvre abondante, disciplinée et à bas coût, et à une politique proactive du gouvernement en matière de zones économiques spéciales, le Vietnam a su attirer les géants mondiaux de la mode et du sport. Des marques très connues y ont massivement externalisé leur production.

Les résultats sont impressionnants : en 2023, les exportations de vêtements, textiles et chaussures ont rapporté plus de 70 milliards de dollars à l’économie vietnamienne, un chiffre qui représentait moins de 5 milliards de dollars en 2000 ; le Vietnam est désormais le troisième exportateur mondial de vêtements, derrière la Chine et le Bangladesh ; le secteur emploie plus de 2,5 millions de personnes, dont une majorité de femmes, dans des milliers d’usines réparties à travers le pays ; les zones industrielles dédiées à l’export (comme celles de Ho Chi Minh-Ville, Binh Duong ou Hai Phong) ont permis de créer un écosystème industriel performant, intégrant logistique, formation, énergie et services.

Ce boom industriel a permis non seulement de réduire considérablement la pauvreté (le taux est passé de plus de 70 % dans les années 1980 à moins de 5 % aujourd’hui), mais aussi de créer une classe moyenne dynamique, de stabiliser le pays politiquement et de positionner le Vietnam comme un acteur majeur de la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Cette montée en puissance du Vietnam comme destination industrielle a été facilitée par plusieurs accords commerciaux internationaux qui lui ont permis d’accéder à des marchés à hauts revenus avec des tarifs douaniers préférentiels.

Ce modèle montre que même un pays marqué par la guerre, sans ressources naturelles majeures, peut réussir à se redéfinir par l’industrie légère et l’exportation, à condition d’avoir une stratégie claire, un climat propice à l’investissement et une volonté de se connecter aux marchés mondiaux.

C’est exactement ce type de transformation que le Liban-Sud pourrait viser.

Pourquoi ne pas inviter des géants du textile et de la chaussure à s’implanter au Liban-Sud ? Créer une zone économique spéciale (ZES) avec des avantages fiscaux, une réglementation simplifiée et une infrastructure modernisée pourraient relancer l’économie tout en offrant une véritable alternative à la population locale. Il ne s’agit pas simplement de créer des emplois, mais de redonner un espoir et un avenir à une génération prise en otage entre pauvreté et radicalisme.

Bien sûr, les défis sont nombreux. Mais les obstacles ne sont pas insurmontables. Le projet devrait être progressif, commencer par des initiatives pilotes dans des zones moins sensibles, et démontrer des résultats concrets rapidement. Des partenariats public-privé, des programmes de formation et une gouvernance locale transparente sont essentiels. Avec de la volonté, les citoyens pourront découvrir une nouvelle forme de dignité : celle du travail, de la stabilité et de l’indépendance économique.

Beaucoup qualifieront cette vision d’utopique. Pourtant, l’histoire regorge d’exemples où la prospérité a changé la trajectoire de sociétés autrefois dominées par la violence. L’Allemagne et le Japon après la Seconde Guerre mondiale, la Colombie après les années de narco-

violence, ou même Dubaï, passée du désert à un centre d’affaires global en une génération montrent que tout est possible avec une vision claire.

Le Liban a les ressources humaines, les liens culturels et le potentiel géographique pour se transformer. Ce dont il manque cruellement aujourd’hui, c’est une stratégie ambitieuse et un soutien international coordonné. Replacer l’économie au centre du jeu, c’est proposer une alternative à la guerre.

Le développement économique, s’il est bien pensé et bien exécuté, est l’arme la plus puissante contre l’extrémisme.

Ce projet peut sembler idéaliste. Mais dans un pays qui a longtemps survécu grâce aux rêves de ses citoyens, c’est peut-être le moment d’en faire un levier de changement réel. Parce qu’au fond, l’espoir est plus fort que la peur et l’économie peut vaincre les armes.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Face à l’impasse politique et sécuritaire, une autre voie existe, celle du développement économique. Et si, à l’image du Vietnam après la guerre, le Liban-Sud devenait une zone industrielle dynamique tournée vers la fabrication textile et l’exportation ? Et si cette prospérité offrait enfin une alternative crédible à l’influence du Hezbollah ? Peut-être est-ce un rêve, mais c’est un rêve qui mérite d’être exploré.L’influence du Hezbollah s’explique moins par l’idéologie que par l’absence d’alternative. Le paradoxe est le suivant : plus le Liban-Sud est économiquement délaissé, plus le Hezbollah s’impose comme incontournable. Le statu quo nourrit donc une spirale où pauvreté, dépendance et contrôle se renforcent mutuellement.Et si le Liban-Sud n’était plus défini par le conflit,...
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