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La Syrie unie face à la terreur : quand l’attentat renforce la cohésion nationale

Ce que redoutaient les Syriens s’est concrétisé : un attentat-suicide a visé une église damascène, le mois dernier, révélant la stratégie de ceux qui refusent la victoire révolutionnaire et tentent de précipiter le pays dans une guerre civile. Cette agression s’inscrit dans une série de manœuvres déstabilisatrices : mouvements séparatistes druzes encouragés par Israël, maintien des politiques autonomistes des FDS malgré l’appel d’Öcalan à la dissolution du PKK, agitations des nostalgiques du régime sur la côte.

Paradoxalement, cet acte terroriste a généré l’opposé de l’effet escompté. Le dimanche 22 juin, la Syrie a affiché une unité sans précédent. Toutes les composantes du peuple syrien – confessions, doctrines et appartenances confondues – ont unanimement condamné l’attentat, exprimé leur solidarité avec les victimes et rejeté catégoriquement tout entraînement vers la spirale terroriste.

Cette réaction collective illustre la maturité d’une société qui refuse la manipulation confessionnelle et préserve son tissu social pluriel contre les tentatives de fragmentation.

L’ancien président de la Coalition nationale syrienne (2012-2013), Moaz al-Khatib, a formulé une réponse qui cristallise l’état d’esprit syrien actuel. Son message dépasse la simple condamnation pour proposer une vision civilisationnelle : « Ce qui unit les Syriens, c’est un ciment civilisationnel sunnite qui englobe et accueille tout le monde. En faire une identité agressive et takfiriste est un piège. Effrayer les autres Syriens ne fait qu’engendrer haine et hostilité. »

Khatib rejette fermement toute forme de contrainte, de violence ou de pensée étrangère aux valeurs syriennes. Il appelle à construire un État rationnel gouverné par une Constitution rassembleuse, où la religion assume un rôle civilisationnel positif, loin de l’ignorance et du fanatisme. « Nous tenons encore debout, nous demeurons en état de grâce morale et humaine et nous resterons ce peuple civilisé qui défie la mort, prend soin les uns des autres, dont certains meurent pour que les autres vivent. »

Cette déclaration témoigne de la résilience d’un peuple qui, après quatorze années d’épreuves, maintient ses valeurs humanistes face aux tentatives de désintégration.

Khatib évoque les attentats contre les églises d’Alexandrie et de Bagdad, rappelant comment la révélation de l’implication du ministre de l’Intérieur syrien dans l’explosion de l’église d’Alexandrie avait éclairé les consciences. Cette découverte avait démontré que les régimes autoritaires orchestrent délibérément les tensions confessionnelles pour asseoir leur domination. « Seuls les régimes immoraux sont à l’origine des dissensions entre les composantes d’une société. Ils détruisent l’amour, pulvérisent l’harmonie par leur injustice, attisent la haine à des fins politiques. »

La tradition syrienne de coexistence trouve ses racines dans l’histoire même de l’islam. Khatib rappelle avec émotion l’accueil du christianisme aux premiers musulmans, évoquant le moment où Ja’far Ibn Abî Tâlib se présenta devant le négus d’Éthiopie, qui pleura en entendant les versets coraniques sur la Vierge Marie. « Nous voyons en l’autre une composante essentielle, civilisationnelle et humaine, d’une magnifique fresque universelle. La Syrie est devenue la mosaïque du monde, l’un de ses espaces les plus remarquables de compassion confessionnelle, d’amour et de sérénité. »

L’histoire syrienne regorge d’exemples de solidarité intercommunautaire. Sultan Pacha al-Atrach, leader druze, avait rendu hommage à Abd al-Rahman Shahbandar en citant ses paroles prophétiques : « Unissez vos cœurs aux nôtres ; ne fermez pas les portes de la patrie devant ceux qui y œuvrent sincèrement, car le paradis de cette patrie est assez vaste pour tous, sans distinction de religion. »

L’amitié entre le moujahid alaouite Saleh al-Ali et l’érudit sunnite Mohammad al-Majdhoub, morts côte à côte pour la patrie, illustre cette fraternité transcendant les appartenances confessionnelles.

Une publication de 1948 de la revue al-Tamaddun al-Islami avait déjà identifié les véritables sources des troubles intercommunautaires : « S’il arrive que des troubles surgissent entre musulmans et chrétiens, cela résulte des manigances des puissances coloniales et du fanatisme de certains religieux ignorants. L’islam comme le christianisme sont innocents de leurs crimes. »

Cette analyse reste d’une actualité saisissante, révélant la permanence des stratégies de division.

L’auteur désigne sans ambiguïté les responsabilités : quiconque a promu l’extrémisme depuis les tribunes politiques, religieuses ou médiatiques porte une part de culpabilité. Le silence face aux discours de haine, la promotion de l’hostilité confessionnelle ou l’indifférence devant les incitations sectaires constituent autant de complicités dans cette tragédie.

L’attentat n’est pas un acte isolé, mais l’aboutissement logique d’intérêts portés par ceux qui prospèrent dans le chaos et se nourrissent de la haine.

Malgré quatorze années de bombardements, de destruction et de répression d’une brutalité inouïe de la part d’un régime sanguinaire, les Syriens demeurent debout. Ils ont identifié leur véritable ennemi : celui qui refuse que leur pays connaisse la paix. « Honte à ceux qui ont aidé les assassins et légitimé la mort des innocents. Nous ne justifierons rien. Nous ne ferons aucune concession. »

La conclusion résonne comme un engagement collectif : « La Syrie ne permettra à personne de faire exploser ce pays au nom de la confession ni au nom de la religion. »

Ce serment témoigne de la maturité d’un peuple qui, éprouvé par l’adversité, choisit l’unité contre la division, la construction contre la destruction, l’amour contre la haine. La Syrie nouvelle se bâtit sur les fondements solides d’une tradition millénaire de coexistence, déterminée à préserver son identité plurielle contre tous les obscurantismes.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Ce que redoutaient les Syriens s’est concrétisé : un attentat-suicide a visé une église damascène, le mois dernier, révélant la stratégie de ceux qui refusent la victoire révolutionnaire et tentent de précipiter le pays dans une guerre civile. Cette agression s’inscrit dans une série de manœuvres déstabilisatrices : mouvements séparatistes druzes encouragés par Israël, maintien des politiques autonomistes des FDS malgré l’appel d’Öcalan à la dissolution du PKK, agitations des nostalgiques du régime sur la côte. Paradoxalement, cet acte terroriste a généré l’opposé de l’effet escompté. Le dimanche 22 juin, la Syrie a affiché une unité sans précédent. Toutes les composantes du peuple syrien – confessions, doctrines et appartenances confondues – ont unanimement condamné l’attentat,...
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