Avant la réunion, le président Aoun s’est entretenu individuellement avec le ministre de l’Énergie et de l’Eau Joe Saddi au sujet d’une proposition chypriote concernant la pose d’un câble sous-marin pour assurer l’approvisionnement en électricité de Chypre vers le Liban. Photo diffusée sur le compte X de la présidence
Réuni jeudi au palais présidentiel de Baabda, le gouvernement de Nawaf Salam a vu son ordre du jour progressivement dépouillé de certains de ses points les plus importants, selon les informations ayant filtré avant même qu’il ne s’achève vers 18h. Le gouvernement a malgré tout pu valider une partie des nominations inscrites à son programme, dont celle des membres de l’autorité de régulation prévue par une loi de 2020 légalisant la culture du cannabis thérapeutique, ainsi que celle de l’Autorité générale de l’aviation civile, instituée par une loi de 2002. Le Conseil des ministres a toutefois reporté les nominations des autorités de régulation des télécommunications et de l’énergie, et prolongé de deux semaines les délais de dépôt des candidatures pour ces deux instances.
Lors du traditionnel point presse, le ministre de l’Information Paul Morcos a précisé que le président Joseph Aoun s’est attardé sur la nécessité de trouver une solution pour la question des salaires des fonctionnaires du secteur public, insistant sur leurs souffrances et les difficultés auxquelles ils font face. La veille, la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) a annoncé que les différents syndicats de fonctionnaires, qui avaient appelé à la grève au début du mois après l'approbation par le gouvernement d'une série d’augmentations de salaires pour plusieurs catégories de hauts fonctionnaires, avaient suspendu leur mobilisation pour ouvrir un cycle de négociations.
Concernant les derniers bouleversements en Syrie, notamment les affrontements entre combattants druzes et tribus bédouines locales, le gouvernement a une nouvelle fois dénoncé les attaques israéliennes en territoire syrien, estimant que « la stabilité de la Syrie renforce celle du Liban », a précisé M. Morcos. Il a ajouté que le Premier ministre avait aussi évoqué la récente prise de position du Conseil d’État suspendant la décision prise fin mai par le Conseil des ministres d'augmenter les taxes sur les carburants afin de financer des aides aux militaires en exercice et aux retraités, fortement impactés par la crise économique et financière qui secoue le Liban depuis 2019. M. Salam a plus précisément estimé que les aides ne devraient pas être remises en question, et qu’il est nécessaire de trouver une nouvelle source de financement, a poursuivi le ministre de l’Information. Reste à régler la question de leur financement. Mercredi, une source au Grand Sérail a déclaré à L'OLJ que le gouvernement maintiendra les aides à l’armée que cette mesure fiscale finançait, et que le ministre des Finances allait travailler sur le dossier. Une alternative consiste à augmenter les recettes douanières, ce qui a été au centre de discussions à Baabda.
Avant la réunion, le président Aoun s’est entretenu avec le ministre de l’Énergie et de l’Eau Joe Saddi au sujet d’une proposition chypriote concernant la pose d’un câble sous-marin pour assurer l’approvisionnement en électricité de Chypre vers le Liban, ainsi que des travaux du ministère dans le domaine de la fourniture d’énergie électrique. Ces dossiers n’ont pas été abordés lors du point presse. Le fournisseur public d’électricité, Électricité du Liban (EDL), souffre d’un déficit important de capacités de production, ce qui oblige les Libanais à dépendre des générateurs privés.
Cannabis et aviation
Les nominations des autorités de régulation du cannabis thérapeutique et de l’aviation sont « les deux seuls points ayant été tranchés lors du Conseil des ministres ». La nomination de ces autorités doit considérablement améliorer la gouvernance de ces secteurs et fait partie des réformes réclamées par les partenaires internationaux du Liban depuis des années.
La première autorité sera présidée par Dany Fadel, chercheur et universitaire libanais de renom, spécialisé dans les sciences agronomiques et botaniques, notamment dans l’étude du cannabis à usage médical et agricole. Mahmoud Aziz, ancien capitaine à la Middle East Airlines (MEA) et spécialiste de l’investigation des accidents aériens depuis 1994, prendra la tête de la seconde.
À noter que les ministres représentant les Forces libanaises (FL) ont contesté le mécanisme de nomination adopté par le Conseil des ministres pour les autorités de régulation du cannabis et de l’aviation civile, selon OTV, chaîne du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), adversaire politique des FL.
Le ministre d’État chargé du Développement administratif, Fadi Makki, a déclaré lors du point presse que « les deux autorités de régulation, celle du cannabis et celle de l’aviation civile, ont été confiées à des personnalités parmi les plus compétentes et qualifiées ».
Déchets ménagers
L’un des autres points à l’ordre du jour qui a été reporté est celui de la stratégie du ministère de l’Environnement sur les déchets ménagers, particulièrement l’agrandissement de la décharge gouvernementale de Jdeidé (caza du Metn, au nord de Beyrouth) après son arrivée à saturation. La décharge de Jdeidé reçoit les déchets du nord du Mont-Liban et d’une partie de Beyrouth, alors que celle de Costa Brava (sud de Beyrouth) reçoit ceux de la banlieue sud de Beyrouth et du sud du Mont-Liban.
Peu après le début de la réunion à 15h, le bureau du député du Metn Ibrahim Kanaan a publié un communiqué dans lequel il affirme que « suite à (sa) demande, le point sur l’agrandissement de la décharge de Jdeidé, proposé par le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), a été retiré de l’ordre du jour du Conseil des ministres ».
L’enjeu de l’agrandissement de la décharge de Jdeidé est considérable, du fait que ce site reste le seul où les déchets d'une vaste région sont toujours enfouis, en l’absence d’alternative. Le député du Metn Elie Hankache, du bloc Kataëb, qui suit le dossier des déchets ménagers depuis des années, s’insurge contre cette imprévoyance des autorités qui mettent continuellement le pays, et cette région en particulier, au bord de la crise des déchets. « Cela fait trois mois que je reçois des informations sur la saturation du site par l’entrepreneur qui le gère », a-t-il affirmé à L’Orient-Le Jour.
Cela fait environ un an que la décharge de Jdeidé reçoit, en plus des 1 400 tonnes qu’elle est supposée recevoir, 1500 tonnes qui auraient dû être envoyées à Costa Brava, s’insurge le député. Cette autre décharge était également fermée en raison de sa saturation et des travaux d’agrandissement qui y sont effectués. Même si elle a rouvert récemment, selon les informations de L’OLJ, elle a grandement contribué à la saturation de celle de Jdeidé.
« Entre-temps, la décharge de Jdeidé a atteint précocement son taux de saturation maximal, alors que cela n’aurait pas dû arriver avant fin octobre », poursuit Elias Hankache. Actuellement, poursuit-il, la « montagne » de Jdeidé s’élève à 40 mètres de hauteur, et les autorités veulent y ajouter deux mètres, « ce que nous refusons ». Un éventuel agrandissement se ferait sur un terrain côtier d’environ 45 000 mètres carrés, que l’État libanais avait cédé à la municipalité en échange des années d’enfouissement sur ce site. L’État s’apprêterait donc à le récupérer pour agrandir la décharge, confirme une source bien informée à L’OLJ.
Dans une interview le 8 juillet, la ministre de l’Environnement Tamara el-Zein avait confirmé que la décharge « sera saturée en octobre ».



