Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Les cicatrices oubliées : comment la crise au Liban vole l’avenir des enfants

Aujourd’hui, le Liban traverse l’une des pires crises humanitaires de son histoire moderne, et ce sont les enfants qui en paient le prix le plus lourd. Si l’attention internationale ressurgit lors de catastrophes ponctuelles, comme la guerre en cours, l’explosion du port en 2020 et bien d’autres, la souffrance continue des enfants reste largement ignorée. Pour eux, la crise ne se limite pas à des bâtiments détruits : c’est un vol systématique de leur enfance, de leur éducation et de leur espoir.

En 2025, à un moment où la livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur, entraînant une hyperinflation dévastatrice, l’insécurité alimentaire est désormais un problème majeur. Le Programme alimentaire mondial estime que près de la moitié des familles libanaises n’ont pas un accès suffisant à la nourriture. Dans cet environnement, les enfants sont souvent contraints à des situations inimaginables. Les familles doivent faire des choix douloureux : retirer leurs enfants de l’école pour les faire travailler, marier leurs filles très jeunes pour alléger les charges financières, ou laisser les enfants livrés à eux-mêmes pendant que les parents luttent pour survivre.

Le secteur de l’éducation, autrefois une fierté au Liban, est aujourd’hui en plein effondrement. En 2024 et début 2025, les enseignants des écoles publiques ont fait grève pour réclamer de meilleurs salaires alors que leur rémunération était devenue presque insignifiante. Des centaines d’écoles ont fermé ou fonctionnent avec des horaires drastiquement réduits. L’Unicef rapporte que plus d’un enfant en âge scolaire sur trois est déscolarisé au Liban, un chiffre en constante augmentation, notamment parmi les enfants libanais vulnérables et les réfugiés syriens. Pour beaucoup, l’éducation n’est plus une option. Les enfants travaillent désormais dans les rues, dans les champs, ou mendient aux carrefours.

Le traumatisme causé par la pauvreté, la violence et l’effondrement social entraîne une véritable crise de santé mentale chez les jeunes au Liban. De nombreuses associations ont signalé que des enfants âgés de seulement six ans présentent des signes de stress chronique, d’anxiété et de dépression. Les tendances suicidaires sont en augmentation, et pourtant, l’infrastructure de santé mentale au Liban est quasi inexistante pour les enfants vulnérables, avec très peu de services accessibles et aucune prise en charge abordable.

Pour les enfants réfugiés, la situation est encore plus dramatique. Le Liban accueille plus de 1,5 million de réfugiés syriens et des centaines de milliers de réfugiés palestiniens, dont beaucoup vivent dans des conditions précaires avec un accès limité aux services de base. Ces enfants subissent des discriminations, sont exclus de l’éducation formelle et courent un risque accru de délinquance. Beaucoup sont exploités par le travail, entraînés dans des réseaux de trafic ou contraints à des mariages précoces. Leur avenir leur est discrètement volé et ils restent largement invisibles aux yeux du monde.

Les systèmes de protection de l’enfance au Liban sont dépassés. Bien qu’il existe des lois et des organisations censées protéger les enfants, elles ne fonctionnent plus efficacement. Les services gouvernementaux sont sous-financés et les ONG peinent à survivre face à l’effondrement économique. Les cas de maltraitance, de négligence et d’exploitation des enfants sont souvent non signalés ou restent sans solution. En tant que travailleuse sociale au Liban, j’ai vu de mes propres yeux les difficultés à protéger les enfants avec des ressources et des soutiens extrêmement limités.

Pourtant, de petits efforts courageux existent. Des organisations locales, des enseignants qui continuent à donner des cours sans être rémunérés et des travailleurs sociaux se battent sans relâche pour protéger les enfants vulnérables. Certaines ONG ont mis en place des écoles communautaires, d’autres ont lancé des unités mobiles de soutien psychosocial et distribué une aide alimentaire d’urgence. Cependant, ces initiatives restent des solutions temporaires face à un échec systémique.

Les cicatrices que le conflit et l’effondrement économique laissent sur les enfants du Liban ne sont pas temporaires – elles façonnent l’avenir de la nation. Sans une intervention internationale urgente, une réforme éducative et une stabilité politique durable, le Liban risque de perdre toute une génération. Ces enfants ne sont pas seulement des victimes de la crise – ils sont la clé de la reconstruction du Liban. Ignorer leur détresse, c’est abandonner l’avenir du pays.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Aujourd’hui, le Liban traverse l’une des pires crises humanitaires de son histoire moderne, et ce sont les enfants qui en paient le prix le plus lourd. Si l’attention internationale ressurgit lors de catastrophes ponctuelles, comme la guerre en cours, l’explosion du port en 2020 et bien d’autres, la souffrance continue des enfants reste largement ignorée. Pour eux, la crise ne se limite pas à des bâtiments détruits : c’est un vol systématique de leur enfance, de leur éducation et de leur espoir.En 2025, à un moment où la livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur, entraînant une hyperinflation dévastatrice, l’insécurité alimentaire est désormais un problème majeur. Le Programme alimentaire mondial estime que près de la moitié des familles libanaises n’ont pas un accès suffisant à la...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut