Le leader des Forces Libanaises Samir Geagea s'exprimant au cours de l'émission télévisée "Sar el-Waët", jeudi 10 juillet 2025. Capture d'écran
Le leader des Forces Libanaises (FL) Samir Geagea a déclaré jeudi soir que le gouvernement « avance dans la bonne direction, même si c'est lentement », calmant ainsi le jeu quelques jours après que sa formation a brandi la menace de démissionner de l’équipe ministérielle. « Nous partageons les mêmes objectifs avec le président de la République, mais nos approches diffèrent » a souligné au cours de l'émission télévisée « Sar el-Waët » le leader chrétien, favorable à une approche frontale pour désarmer le Hezbollah. Le chef de l’État Joseph Aoun joue la carte du dialogue avec le parti chiite, craignant des débordements sécuritaires, un choix que critique M. Geagea, estimant que les craintes du président concernant un risque de guerre civile sont « excessives ».
« Je ne vois actuellement aucune raison de perdre espoir dans ce gouvernement. Si jamais cela devait changer, nous aviserons. Mais pour le moment, les choses avancent dans la bonne direction, même si c'est lentement » a affirmé M. Geagea. Les FL ont vertement critiqué en début de semaine que la réponse libanaise à la feuille de route de l'émissaire américain Tom Barrack, portant entre autres sur le désarmement du Hezbollah, ne comporte pas de calendrier précis et n’ait pas été débattue en Conseil des ministres
« Les ministres représentant les Forces libanaises (au nombre de quatre au sein du cabinet, NDLR) ont proposé, au moins à trois reprises, d’inscrire à l’ordre du jour du Conseil des ministres un calendrier pour la remise des armes, et la réponse (du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam) a été : 'Laissez-nous ce dossier.' En réalité, notre rôle dans le gouvernement actuel est de pousser constamment nos collègues à avancer vers l'objectif commun », a souligné Samir Geagea. Il a insisté de nouveau sur « la nécessité de mettre le « document Barrack » sur la table du Conseil, qui représente et réunit tout le monde. »
« Les États-Unis pourraient abandonner le dossier libanais »
Le chef des FL a également appelé le président Aoun à prendre les devants pour désarmer le parti chiite, sans qu'il ne craigne de « guerre civile. »
« Nous devons établir une feuille de route et le pouvoir ne doit pas oublier qu’il est une autorité, pas un camp. L’État doit honorer ses engagements, agir en tant qu’État et prendre des décisions sans attendre personne. Le président Aoun craint excessivement une guerre civile. Si l’État procède au désarmement de tout groupe armé, cela ne constitue pas une 'guerre civile', mais une mesure normale que l’État doit prendre pour étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire », a-t-il insisté. « Personnellement, je pense qu’il aurait fallu, dès le premier jour, déclarer que l’affaire était close, exiger la remise des armes et fixer un délai précis » a-t-il ajouté, estimant qu'il est nécessaire aujourd'hui que « le gouvernement libanais (prenne) la décision de retirer les armes et la soumette au Parlement, après quoi toute personne enfreignant cette décision doit être arrêtée et emprisonnée ».
« Les États-Unis pourraient abandonner le dossier libanais si nous continuons de cette manière » a précisé le chef des Forces libanaises, qui s'est entretenu mardi avec l'émissaire américain Tom Barrack. Il a ajouté qu’il n’avait « pas d’idée claire sur le document remis à (Tom) Barrack », mais que « selon des informations préliminaires qui (lui) sont parvenues, Barrack a reçu trois documents : un document officiel du président Aoun, un document 'je ne sais quoi' du président Berry, et un document technique de l’armée libanaise. » L'émissaire US s'était entretenu en début de semaine avec MM. Aoun, Berry et avec le commandant en chef de la troupe, le général Rodolphe Haykal.
Évoquant l'incident jeudi dans la localité de Aïtit entre la Force intérimaire de l'ONU au Liban (Finul) et des habitants, Samir Geagea a appelé l'État à faire preuve de davantage de fermeté, alors que ce type d'incidents est récurrents depuis plusieurs mois. « Si la Finul outrepasse ses prérogatives, il faut l’en informer pour qu’elle s’y conforme, et si elle ne les outrepasse pas, l’armée libanaise doit clairement faire savoir à tous que quiconque s’en prend à la Finul, sera contrée », a poursuivi le chef des FL.
« Devrons-nous attendre l'avis des factions palestiniennes ? »
De même, Samir Geagea a appelé l'État à prendre les devants pour le désarmement des milices palestiniennes, qui aurait dû débuter le 16 juin dernier, mais a échoué en raison du refus de nombreuses factions palestiniennes et d'atermoiements, notamment liés à la guerre qui a éclaté en juin entre Israël et l'Iran. « Il y a environ deux mois, le président palestinien (Mahmoud Abbas) a pris une position remarquable en replaçant ce dossier dans son cadre en tant que question libanaise. Mais quel en a été le résultat ? Devrons-nous attendre l’avis des factions palestiniennes ? Est-ce notre territoire ou non ? Ce qui se passe actuellement donne l’impression qu’il n’y a ni autorité, ni décision, ni souveraineté au Liban », a lancé le leader chrétien. Le 21 mai, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, jouissant d'une faible popularité auprès des Palestiniens qui lui reprochent sa collusion avec le gouvernement israélien, s’est entretenu avec Joseph Aoun au palais de Baabda, avec lequel il s'était entendu sur le principe du désarmement des camps palestiniens au Liban.
Concernant les propres armes des FL, ancienne milice ayant remis son arsenal lourd à l'État en mai 1991 au sortir de la guerre civile (1975-1990), Samir Geagea a assuré que « les seules armes à Meerab (siège des FL) sont celles détenues par les gardes, rien de plus ».
Abordant la situation en Syrie, Samir Geagea a estimé que le bilan du président par intérim Ahmed el-Chareh est « jusqu'à présent positif ». Emboîtant le pas à d'autres pourfendeurs du Hezbollah, il a estimé « qu’on tente de faire croire aux gens que nous verrons les hordes de Daech (nom arabe de l'organisation État islamique, NDLR) déferler de Syrie, mais tout cela relève de l'intimidation ». « Il est possible qu’une cellule apparaisse ici ou là, et c’est là que les forces de sécurité ont un rôle à jouer en intervenant rapidement et efficacement. » a-t-il ajouté.
Le vote des expatriés
Samir Geagea est également revenu sur le dossier du modalités de vote des expatriés aux prochaines législatives, prévues en mai 2026, et le bras de fer qui l'oppose au président du Parlement Nabih Berry. Le chef des FL réclame un amendement de la loi électorale en vigueur, afin de permettre aux électeurs de la diaspora de participer au scrutin en votant depuis l’étranger dans les circonscriptions où ils sont inscrits au Liban (comme ce fut le cas en 2018 et 2022); le président de la Chambre presse en revanche pour l’application des dispositions de la loi prévoyant la création de six nouvelles circonscriptions dédiées aux expatriés.
Faisant part d'une pétition pour abroger l’article 112 concernant l'attribution de six sièges aux électeurs de la diaspora, Samir Geagea a affirmé que le plus grand crime qui puisse être commis contre les Libanais, et en particulier contre les expatriés, est de leur attribuer seulement six sièges, ce qui les éloigne, les isole de leurs villages, de leurs régions et de leur patrie ». Nabih Berry, est « déterminé à maintenir sa position, et nous sommes déterminés à maintenir la nôtre, et c’est pourquoi nous essayons de résoudre cette question de manière démocratique. En observant les rapports de force au Parlement et l’opinion des blocs, je pense que nous parviendrons à amender la loi électorale concernant le vote des expatriés » a-t-il enfin estimé.




Concernant la guerre civile: Primo: Techniquement la guerre civile est une guerre entre les citoyens libanais. Elle présume l'existence d'armes auprès des différentes parties prenantes à cette guerre. Or aujourd'hui dans le clivage anti-hezbs/hezbs seuls ces derniers sont armés. que l'on m'explique alors comment une "guerre civile" pourrait survenir. Deusio L'armée et la police sont supposés eux prévenir l'agression de l'unique partie aujourd'hui armée sur les autres. Mais ceci n'est pas une guerre civile. C'est la gestion de l'ordre public.
12 h 02, le 12 juillet 2025