Notre région est en ébullition, le pays subit tous les remous depuis des années et on peut s’attendre au pire. L’unité intérieure ne conserve que le nom. Des groupes dans le pays semblent attirés par des courants extérieurs. Qui doit guider le Liban pour échapper à ce cyclone. Les responsables politiques jouent un grand rôle selon leur capacité, leur sens du devoir et surtout leur personnalité et leur caractère. Dans le système démocratique on a tendance à incriminer le peuple pour ses choix au moment des élections. Ce vote populaire est sain en apparence mais avec beaucoup d’interrogations. Il y a certes les convictions intimes, le poids clanique, l’influence tribale, les liens familiaux, l’importance des valeurs, les croyances spirituelles et souvent le poids de l’argent malgré les encadrements légaux. Il y a certes un rôle des partis souvent influencés par les communautés. De plus, il y a l’influence des syndicats. Une fois élus, les politiques agissent selon leur tempérament et leur personnalité qui guident leurs prises de position. Il arrive souvent qu’il y ait des dérives identitaires. Ces dérives sont soit des distorsions dans l’affirmation de cette personnalité, soit des excès. Il y a une instrumentalisation de l’identité à des fins politiques ou idéologiques ou autres déviances. La personnalité des chefs joue dans toute la décision. Nous venons d’assister à un spectacle de jeux guerriers. La chorégraphie est bien harmonieuse en concept et en mouvement. Le casting est choisi avec un producteur et réalisateur : d’abord l’Amérique, et les acteurs Israël et l’Iran. Le président Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le guide Rouhallah Ali Khamenei. Il s’y ajoute un comparse qui a joué les bons offices en la personne du Premier ministre du Qatar. Après des morts en grand nombre et des destructions massives, le spectacle s’arrête brusquement par décision du grand producteur en déclarant la fin de la partie. Tous les belligérants crient victoire. Tout le monde a gagné. Nous assistons à ces guerres en live, comme si on y était. La télévision nous fait vivre les guerres on épisodes : la guerre du Vietnam, la guerre en Yougoslavie, la guerre sur Gaza et enfin les échanges de drones et fusées entre Israël et l’Iran, le tout vécu chaque jour, même tous les détails de l’attaque américaine « Le marteau de minuit » et les détails de la nouvelle technologie.
Dans ce tumulte, le peuple libanais subit les slogans que les responsables lui infligent. C’est la décadence politique. Les ténors du mensonge ne font que flatter la fibre identitaire des Libanais, la corde religieuse, ou l’exaltation nationale. Malgré l’effondrement économique on titille les émotions loin de toute objectivité et on écoute des responsables crier des succès ou des réussites factices. Certains responsables manipulent exagérations et mensonges dans un univers de lâcheté, de trahison et le monde de l’« absurdie ».
Notre monde passe par une période brutale, sans humanité. C’est la loi de la force loin de tous les codes humanitaires et loin de toute référence à la loi et les règles des instances internationales.
Les radicaux en Israël, les pasdaran en Iran, et l’Amérique de la force se disputent en dehors des lois internationales. Ils implorent tous un même Dieu, mais chaque groupe veut établir sa loi et ses visions. Le monde subit les extrémistes, les groupes radicaux, surtout dans notre région. Il faut se rappeler la réflexion de Henri Kissinger : « Un porte-avions, c’est 100 000 tonnes de diplomatie. » Lui qui professait et pratiquait la diplomatie tous azimuts. Cela nous ramène aux thèses de Samuel Huntington Le choc des civilisations et de Francis Fukuyama La fin de l’histoire. Ce sont les politiques selon leur personnalité qui instrumentalisent les concepts de civilisation d’éternité, de culture, de races à des fins politiciennes. L’ensemble de ces politiques mettent à mal les démocraties libérales. Notre Orient continue à patauger dans le radicalisme religieux ou politique. Nos frontières sont contestées et les attaques des groupes religieux font monter les enchères et les liquidations… C’est le choc des rabbins et des mollahs qui manipulent la politique. La guerre ne semble pas terminée, c’est un « round » parmi d’autres en attendant la paix. Il faut quand même se rappeler qu’il y a un camp de la paix qui doit continuer à bouger, lever la voix et clamer l’apaisement face aux agressifs et guerriers déviants. Il y a en Iran un historien Arash Azizi, il y a Narges Mohammadi, Prix Nobel de la paix en 2023, il y a Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix 2003 qui réclament la paix, et en Israël il y a les historiens Tom Segev et Shlomo Sand qui réclament la paix et le droit pour les Palestiniens.
Dans cette tourmente, le Liban joue le Sisyphe qui doit pousser un énorme rocher au sommet de la montagne. Ce rocher retombe toujours. Est-ce une malédiction ou un mauvais calcul ou une mauvaise politique. Il existe une malformation peut être chez nos responsables. Tout individu est la résultante d’un capital génétique, l’influence du milieu socio-économique, une régulation hormonale. Il s’y ajoute une partie d’inconscient chez tout un chacun. Cela nous différencie d’un bon robot produit par une intelligence artificielle. Éloignons-nous de notre ignorance naturelle et de notre perversion. Nos politiques peuvent-ils s’inspirer de l’exemple de Ghandi, de Nelson Mandela ou du dalaï-lama ? Nos politiques doivent recourir aux structures internationales, aux accords et aux lois et au Tribunal international pour nous protéger. Ils doivent s’élever à la stature d’homme d’État, cultiver le dialogue intérieur et guider le peuple à la paix et non à des guerres suicidaires.
Adel AKL
Psychiatre, psychanalyste
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