Des soldats libanais et des militaires de la Finul à Kfarchouba, au Liban-Sud, le 26 août 2024. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
« Il y a eu des avancées concrètes, mais nous sommes encore loin du compte ». De retour d’une mission au Liban – et brièvement en Syrie – le secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, a dressé un tableau contrasté de la situation au Liban-Sud : des progrès sur le terrain, certes, mais des violations continues de la résolution 1701, une instabilité rampante et une pression budgétaire qui menace l’efficacité de la Force intérimaire des Nations unies (Finul).
Dans un contexte de tensions accrues entre Israël et le Hezbollah, et à l’approche du renouvellement du mandat de la Finul par le Conseil de sécurité en août, le message délivré depuis New York est limpide : la présence de l'ONU au Liban-Sud reste indispensable.
« La Finul a travaillé très dur ces derniers mois à la suite de la cessation des hostilités. Nous constatons des résultats tangibles sur le terrain », a déclaré M. Lacroix lors d’une conférence de presse. « Les Forces armées libanaises ont renforcé leur déploiement au sud du Litani, avec le soutien direct de la Finul. Des caches d’armes ont été identifiées, des voies de communication rétablies, et le travail de liaison avec les Forces de défense israéliennes reste capital », a-t-il ajouté.
Ces efforts s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre progressive – et encore incomplète – de la résolution 1701, adoptée en 2006 pour instaurer un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Mais M. Lacroix n’élude pas les obstacles. « Il reste beaucoup à faire. Des violations se poursuivent. La mise en œuvre complète de la résolution 1701 est loin d’être atteinte », indique-t-il.
Une demande officielle libanaise, sans ambiguïté
Face à ces défis, les autorités libanaises ont réaffirmé avec insistance leur attachement à la Finul. De manière unanime, selon M. Lacroix, elles ont exprimé leur soutien au maintien de la mission. « Le président, le Premier ministre, le président du Parlement, les ministres, le haut commandement militaire… Tous ont été extrêmement clairs: la Finul est nécessaire. Elle joue un rôle critique, irremplaçable », souligne M. Lacroix.
Ce soutien s’est concrétisé par l’envoi, mercredi 25 juin, d’une lettre officielle du gouvernement libanais au secrétaire général des Nations unies, sollicitant le renouvellement du mandat de la Finul sans aucune modification. Une source proche du ministère des Affaires étrangères a indiqué que le Liban s’est appuyé sur le texte exact adopté lors du précédent renouvellement, en 2024.
Cette démarche intervient alors que la frontière sud du Liban connaît une intensification des incidents armés, souvent non revendiqués, mais alimentant une tension quasi permanente entre le Hezbollah et Israël. Dans ce contexte inflammable, la Finul apparaît comme l’un des derniers garde-fous diplomatiques et opérationnels encore en place.
Une passation de commandement sous tension
Cette mission de Jean-Pierre Lacroix s’est également inscrite dans un moment de transition à la tête de la Finul. Le général espagnol Aroldo Lázaro Sáenz, en poste depuis 2022, a achevé son mandat. Son action, saluée comme exemplaire, a été vivement applaudie lors d’une réception d’adieu organisée par les autorités libanaises. Il est remplacé par le général italien Diodato Abagnara.
« Le général Lázaro a dirigé la Finul dans une période extrêmement difficile. Son calme, sa détermination, et sa capacité à entretenir un dialogue avec toutes les parties ont été précieux », commente M. Lacroix. Et d'ajouter: « Nous sommes heureux d’accueillir le général Abagnara, avec qui nous avons déjà commencé à travailler étroitement ».
Le spectre de la crise budgétaire
Mais derrière ces mots de reconnaissance et cet élan diplomatique, une ombre plane : celle du financement. Les opérations de maintien de la paix de l’ONU sont aujourd’hui confrontées à une crise de liquidité majeure, susceptible d’entraver leur fonctionnement, voire d’entraîner des réductions opérationnelles.
« Nous avons informé les autorités libanaises que des plans de contingence sont à l’étude pour le cycle budgétaire 2025–2026. S’ils devaient être mis en œuvre, ce ne serait que pour des raisons financières. Nous faisons face à une contrainte budgétaire sévère », prévient M. Lacroix. En d’autres termes : sans financement adéquat, même une mission vitale comme la Finul pourrait voir ses capacités amoindries.
Alors que les diplomates s’activent en coulisses à New York, la question devient urgente : la communauté internationale est-elle prête à préserver l’un des derniers remparts contre une conflagration régionale ? Entre soutien politique affiché et contraintes budgétaires sévères, le sort de la Finul cristallise plus que jamais les équilibres précaires d’un Liban-Sud au bord de l’embrasement.

