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Lifestyle - Mode

Anna Wintour part mais ne part pas

L’annonce de son retrait de Vogue US n’est pas un départ dans l’ombre, mais un ajustement stratégique. 

Anna Wintour part mais ne part pas

Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine américain « Vogue », quitte ses fonctions. Photo AFP

Décorée en février 2025 par le roi Charles III de l’ordre des compagnons d’honneur, la rédactrice en chef de Vogue US refusait d’entendre parler de « retraite ». Déjà « dame », Anna Wintour rejoignait avec cette distinction le club très restreint, limité à 65 membres, de personnes qui ont contribué de façon exceptionnelle au domaine des arts, des sciences ou de la médecine. Il faut croire que de la manière dont elle l’a traité, elle a élevé la mode au rang d’un des beaux-arts.

Pourtant, après trente-sept années passées à la tête de Vogue US, Anna Wintour annonçait le 25 juin quitter ses fonctions de rédactrice en chef. La papesse de la mode, qui avait fait du vêtement une dictature et du style une grâce réservée à quelques élus, avait en tout cas bouleversé le paysage de la communication de la mode. Consciente du pouvoir des magazines du genre, elle en avait usé et abusé, coupant des têtes d’un simple coup de plume, couronnant d’autres, semant la terreur dans le landernau de l’industrie. Depuis 1988, Anna Wintour règne sur Vogue avec une poigne légendaire. Lorsqu’elle en prend la direction, le magazine cherche une nouvelle identité, un souffle plus contemporain, un ancrage dans les tendances tout en les précédant. Wintour incarne cette vision : froide et visionnaire pour certains, protectrice et rigoureuse pour d’autres, elle transforme Vogue en une référence absolue. Elle impose des couvertures inattendues (Madonna, Kim Kardashian, Michelle Obama), diversifie les récits de mode, intègre la culture pop à la haute couture et devient elle-même une figure quasi mythologique du paysage médiatique.

Son propre style est structuré, discipliné, si immuable qu’il en devient caricatural. Sa coupe au bol, sa frange, ses lunettes Chanel, ses tailleurs Oscar de la Renta deviennent des symboles d’autorité silencieuse. Elle inspire le personnage glaçant de Miranda Priestly incarnée par Meryl Streep dans Le diable s’habille en Prada, qu’elle ne dément ni ne revendique, et s’impose comme la curatrice d’une époque où la mode devient un langage culturel global.

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L’annonce de son retrait de Vogue US n’est pourtant pas un départ dans l’ombre, mais un ajustement stratégique. Wintour ne quitte pas Condé Nast, elle en reste la Chief Content Officer, c’est-à-dire la gardienne de la vision éditoriale de tout le groupe à l’échelle mondiale. Elle conserve également le titre de Global Editorial Director de Vogue, ce qui lui permet de superviser toutes les éditions du magazine à travers le monde, du Japon à l’Italie.

Ce qui change, c’est la gestion quotidienne. Elle cède la direction opérationnelle de la version américaine à une personne qui reste à nommer (ou pas). Son nouveau titre de Head of Editorial Content indique que son rôle sera désormais plus ancré dans la gestion de contenu numérique et les exigences d’un lectorat mobile, diversifié, exigeant. Autrement dit, Wintour se déleste d’un pouvoir pour en assumer un autre, plus vaste, plus stratégique. Cette décision arrive dans un contexte bien particulier. Les derniers mois ont vu une remise en question croissante des grands noms de la presse papier. Les abonnements chutent, les générations Z et Alpha consomment la mode sur TikTok plus que dans les kiosques.

Même Vogue, fort de son aura, doit s’adapter. Sous la houlette de Wintour, des tentatives de modernisation ont vu le jour : vidéos éditoriales, collaborations numériques, inclusion accrue de créateurs non occidentaux, mise en avant de nouvelles voix. Mais le défi reste de taille. Vogue US avait besoin d’une nouvelle respiration, d’un regard plus en phase avec les usages culturels actuels. C’est probablement là qu’Anna Wintour a jugé bon d’opérer un virage. Plutôt que de s’accrocher à une fonction devenue plus symbolique que technique, elle choisit de recentrer son action sur le long terme, en conservant l’ascendant moral et esthétique. En quittant ce poste à la tête duquel elle semblait immuable, elle se libère des contraintes opérationnelles pour mieux se concentrer sur des événements mondiaux comme le Met Gala, les éditions spéciales de Vogue World, les directions stratégiques globales. Elle devient une figure encore plus transversale, architecte de goût toujours, mais désormais à l’échelle planétaire.

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En somme, ce départ n’est pas un effacement, mais une mise en scène. Tout ce que fait Anna Wintour est pensé, codifié, stratégiquement placé. Elle reste là où les lignes se tracent, où les invitations se distribuent, où les narratifs globaux se fabriquent. À travers ses nouveaux rôles, elle oriente toujours les contenus de Condé Nast, veille sur l’ensemble du groupe et participe à définir les contours esthétiques d’une époque postglamour, fluide, mondialisée.

Au final, loin de tourner une page dans l’histoire de la mode, ou marquer la fin d’un règne, « la » Wintour ne quitte son trône que pour dominer un empire. La diablesse Miranda n’a pas fini de sévir !

Décorée en février 2025 par le roi Charles III de l’ordre des compagnons d’honneur, la rédactrice en chef de Vogue US refusait d’entendre parler de « retraite ». Déjà « dame », Anna Wintour rejoignait avec cette distinction le club très restreint, limité à 65 membres, de personnes qui ont contribué de façon exceptionnelle au domaine des arts, des sciences ou de la médecine. Il faut croire que de la manière dont elle l’a traité, elle a élevé la mode au rang d’un des beaux-arts.Pourtant, après trente-sept années passées à la tête de Vogue US, Anna Wintour annonçait le 25 juin quitter ses fonctions de rédactrice en chef. La papesse de la mode, qui avait fait du vêtement une dictature et du style une grâce réservée à quelques élus, avait en tout cas bouleversé le paysage de la communication de la...
commentaires (1)

Le Sporting a su garder son âme! Un endroit mythique! Un paysage emblématique! Espérons qu'on le conservera ainsi...

DOUMET Rima

04 h 06, le 28 juin 2025

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Commentaires (1)

  • Le Sporting a su garder son âme! Un endroit mythique! Un paysage emblématique! Espérons qu'on le conservera ainsi...

    DOUMET Rima

    04 h 06, le 28 juin 2025

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