La frappe ayant visé une voiture sur la route de Kfar Dajjal, près de Nabatiyé, le 24 juin 2025. Photo fournie par notre correspondant Mountasser Abdallah
L'armée israélienne a revendiqué mercredi la frappe aérienne menée la veille sur une voiture à Kfar Dajjal, dans le caza de Nabatiyé au Liban-Sud, qui avait fait trois morts, affirmant avoir ciblé et éliminé Haïtham Abdallah Bakri, le chef du réseau de change « al-Sadiq » du Hezbollah, un « financier » du parti. Le bombardement, mené au moyen d'un drone, avait également tué les deux fils de cet homme, Mohammad et Abdallah.
Dans un communiqué publié par le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, cette dernière affirme que Haïtham Bakri était « une figure clé dans la facilitation des transferts financiers de la Force al-Quds iranienne vers le Hezbollah, permettant au groupe armé de financer ses opérations militaires, notamment l’achat d’armes, les capacités de production et le paiement des salaires de ses combattants. » Selon l’armée israélienne, « le réseau al-Sadiq jouait un rôle crucial dans l’infrastructure financière du Hezbollah, et la mort de Bakri représente un coup significatif porté aux opérations du groupe. »
Trois membres du Hezbollah
Haïtham Bakri se rendait de sa ville natale de Sir al-Gharbiyé (Nabatieh) à sa boutique de change située à Ghobeiry, dans la banlieue sud de Beyrouth, lorsque sa voiture a été visée par un missile, selon les informations de notre correspondant, Mountasser Abdallah. Ses deux fils se trouvaient avec lui dans le véhicule. Selon l'annonce des funérailles, qui doivent se tenir mercredi à 17h dans leur ville natale, les trois hommes faisaient partie du Hezbollah et seront enterrés en leur qualité de combattants « martyrs sur la route de Jérusalem » du parti-milice, selon la formule utilisée pour parler des morts du mouvement depuis octobre 2023.
Cette attaque s’inscrit dans le contexte des frappes quasi quotidiennes menées par l’armée israélienne dans le sud du Liban, et parfois dans la Békaa, malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024, après plus de 13 mois de guerre contre le Hezbollah. Ces frappes et tirs israéliens ont fait, depuis l'entrée en vigueur de la trêve, plus de 230 morts.
Israël agit contre les réseaux financiers de l'axe iranien
Cette frappe intervient alors que la situation militaire et financière du Hezbollah continue de se dégrader, notamment après la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie en décembre 2024, qui a rompu une ligne d’approvisionnement cruciale entre Téhéran et le Hezbollah, via la Syrie.
Le week-end dernier, l’armée israélienne avait en outre confirmé l’élimination de Behnam Shahriyari, en Iran, responsable de la gestion des circuits financiers qui alimentaient la Force al-Quds et ses alliés, dont le Hezbollah. L’assassinat a eu lieu durant la guerre de 12 jours lancée par Israël contre l’Iran le 13 juin, et qui a poussé Téhéran à riposter avec une série de frappes de missiles balistiques contre Israël, avant qu’un cessez-le-feu, négocié par les États-Unis, ne soit atteint mardi. Le ministre israélien de la Défense Israël Katz a dans le même cadre annoncé qu'Israël avait officiellement désigné la Banque centrale d'Iran comme organisation terroriste, rapporte le Haaretz. Commentant cette décision, il a affirmé qu'il « n'y a pas d'immunité pour les entités du régime impliquées dans le terrorisme.Nous frapperons l'axe du mal iranien partout où il opère. » Outre la Banque centrale, la désignation concerne deux autres banques iraniennes, une société affiliée à l'armée iranienne et trois de ses hauts fonctionnaires. Ces entités joueraient un rôle central dans le réseau financier utilisé pour transférer des fonds de l'Iran à ses mandataires régionaux, notamment le Hezbollah, les rebelles houthis au Yémen et les milices chiites en Irak, analyse le Haaretz.
En mai, le programme « Rewards for Justice » (Récompenses pour la justice) du Département d’État américain avait par ailleurs annoncé une récompense pouvant aller jusqu’à 10 millions de dollars pour toute information permettant de perturber les réseaux financiers du Hezbollah en Amérique latine. Plusieurs membres du Hezbollah sont sous sanctions américaines, dont deux hauts responsables et deux facilitateurs financiers visés par les dernières sanctions annoncées le 15 mai, en lien avec les transferts de fonds vers le groupe soutenu par l’Iran. Le 28 mars, cinq individus et trois entités ont été désignés comme faisant partie d’un réseau libanais d’évasion des sanctions soutenant les opérations financières du Hezbollah, selon un communiqué du Trésor américain.
Et en avril 2024, à Beit Méri, au nord de Beyrouth, le corps du changeur Mohammad Srour, 57 ans, avait été retrouvé avec un silencieux, des gants et des produits chimiques visant à effacer les preuves. De l’argent liquide avait été dispersé autour de lui, écartant l’hypothèse d’un vol. À l’époque, le ministre de l’Intérieur libanais Bassam Maoulaoui avait déclaré que la manière dont le crime avait été exécuté amenait les services de sécurité à soupçonner une implication du Mossad.



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03 h 29, le 26 juin 2025