Une photo diffusée par le service de presse du gouvernement libanais le 3 juin 2025, du Premier ministre libanais Nawaf Salam (à droite) rencontrant le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à Beyrouth. Photo AFP/gouvernement libanais
Entre son accueil du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et sa réunion avec une délégation du bloc du Hezbollah, présidée par Mohammad Raad, le Premier ministre Nawaf Salam a eu le temps, mercredi, de « bavarder » avec des journalistes. Le journal Nida' el-Watan rapporte certains de ses propos concernant sa relation en dents de scie avec le Hezbollah ces dernières semaines, estimant que la campagne du parti chiite contre lui est une tentative de faire « diversion » face aux malheurs de ses partisans.
Le Premier ministre a ainsi révélé « avoir été tenu au courant, deux jours avant » son passage à la Cité sportive, grand stade situé dans la banlieue sud de Beyrouth, des slogans hostiles qui allaient être scandés par les partisans du Hezbollah à son encontre, « mais il y est quand même allé ». Son interprétation de cet incident et de ce qu’il appelle « la campagne du Hezbollah contre lui », est que ce parti « cherche à créer un ennemi imaginaire afin de détourner l’attention de son public de sa souffrance » après la destruction massive et les pertes humaines provoqués par la dernière guerre avec Israël. Le conflit a détruit des quartiers, voire des villages entiers du Liban-Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth, des zones d'influence du Hezbollah et de son allié du mouvement Amal, et fait plus de 4.000 morts. Il a notamment tué, dans un bombardement massif, le chef emblématique du parti, Hassan Nasrallah, le 27 septembre 2024, ce qui a porté un lourd coup au moral de la base partisane.
Avec ses critiques, le Hezbollah « s'est trompé de cible », a affirmé Nawaf Salam aux journalistes.
Le 23 mai, le Premier ministre s’était rendu à la Cité sportive fraîchement rouverte pour assister au premier match du championnat libanais Premier League. Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient des spectateurs qui criaient : « Nawaf, écoute attentivement, au nom de Dieu et de Sayyed Hassan » et « Labayka ya Nasrallah [À tes ordres, Nasrallah] », en référence à l'ancien secrétaire général du Hezbollah, assassiné le 27 septembre 2024 par Israël et dont les funérailles se sont déroulées dans ce même stade. Certains avaient également scandé : « Sioniste, sioniste, Nawaf Salam est un sioniste ». Dans un communiqué publié rapidement après l’incident, le Hezbollah s’était distancé de ces slogans et s’était « indigné » de ces comportements « qui vont à l’encontre de l’unité nationale ».
Cet incident s’inscrivait dans le cadre d’une campagne soutenue contre M. Salam, qui est allé jusqu'aux échanges de piques et invectives par discours, entretiens et conférences de presse interposées, avec en ligne de fond, la question du monopole des armes aux mains de l'État, sur laquelle le Premier ministre se montre intransigeant.
Les tensions se sont apaisées ces derniers jours, à la faveur d'une médiation du président de la Chambre, Nabih Berry, jusqu'à une réunion mercredi au Sérail entre le président du Conseil et une délégation de députés du parti-milice.
Toujours selon le Nida' el-Watan, cette réunion était « franche et positive ». M. Salam y a exposé tous les efforts de son gouvernement pour relancer la reconstruction des zones détruites au Liban-Sud et dans la Békaa, mais a mis en avant le fait que le retard dans les investissements est dû aux agressions israéliennes répétées, même après le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, qui sont elles-mêmes liées à la question des « armes du Hezbollah ».
Depuis l’affaiblissement de ce parti et son revers face à Israël en 2023-2024, la question de son désarmement et du monopole des armes aux mains de l’Etat est mise sur le tapis, répondant à une revendication de plusieurs parties libanaises comme de la communauté internationale. Jusque-là, le parti traîne des pieds et la polémique enfle. Le Premier ministre, pour sa part, ne perd pas une occasion de rappeler la nécessité d’un monopole des armes aux mains de l’Etat, l'un des points essentiels de la déclaration ministérielle de son cabinet comme du discours d’investiture prononcé le 9 janvier dernier par le président de la République Joseph Aoun.



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19 h 50, le 05 juin 2025