Que dire de la paix dans le monde mais surtout dans notre Orient désorienté. Nous sommes submergés par des conflits nombreux et variés. Les commentaires sont aussi débraillés que multiformes. Chacun y va avec ses certitudes entraînant les différents chocs des croyances, des convictions, des intérêts en fonction des personnalités des responsables. C’est la nature humaine avec sa complexité et ses contorsions. Les présidents ne peuvent pas échapper à ces catégories. Il y a des tempéraments propres à chaque personnalité. La personne est soit introvertie tournée vers l’intérieur et renfermée ou bien extravertie tournée vers l’extérieur et exubérante. En 1790 Saint-Just disait : « Il n’existe point de rapport entre les nations, elles n’ont que des intérêts respectifs, et la force fait le droit entre elles. » L’être humain est ainsi fait, et les présidents en font partie. À voir le président Trump, tout à l’honneur par ses hôtes dans la région (l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis). Ce sont deux mondes distincts par la culture et par les intérêts. Ils arrivent à parler la même langue avec des arrière-pensées différentes. Mais les affaires d’abord ! Le principe du président Trump est le suivant : tu me payes, je suis fort, je te protège, c’est le monde des prédateurs.
Le président Trump est inspiré d’un gourou influenceur, M. Curtis Yarvin. Ce dernier est surnommé le pape des « lumières sombres » ou « dark enlightenment » par opposition au siècle des Lumières. Pour lui, il faut faire disparaître l’État au profit d’un libéralisme dérégulé. Le président se doit d’être un président-directeur général qui assume la prospérité de l’État. Le vice-président J.D. Vance inspiré par Peter Thiel (fondateur de PayPal) représente l’extrême droite, l’alt-right des États-Unis. C’est le couple de l’idéologie ultradroitière unie au grand capital. Un deal toujours gagnant pour les plus forts.
Dans cette tourmente, le Liban attend au bord de la route. La plupart des politiques attendent les conseils ou les sommations pour arriver à réagir ou à comprendre. Ce sont des personnes qui ne savent pas compter, alors comment peut-on compter dessus ? Ces politiques jouissent dans la confusion et cultivent la corruption.
Que dire de la gestion du port et des douanes, le centre de la mécanique, le centre de l’état civil ou du cadastre ; que dire des frontières libres tant avec la Syrie ou avec Israël ! Sur terre et en mer ; que dire de la désintégration de l’État (trafic de drogue, blanchiment d’argent, cash économie) ; que dire des réformes qui attendent toutes un décideur ; que dire des biens des déposants malgré les promesses tonitruantes ; que dire du service de l’inspection centrale ; que dire des sanctions à exécuter ; que dire des Syriens au Liban et leur retour en Syrie ; que dire de l’explosion au port et les résultats de l’enquête ; que dire des lois, des magistrats et des décisions non exécutées.
Les responsables se disputent les déclarations, les narratifs prometteurs vers un pays utopique. Mais ces déclarations n’engagent que ceux qui les croient. Le pays reste dans l’indigence et la misère. Tout ce flou politique favorise des projets divers : décentralisation, régionalisation, fédération ou bien la division ou le découpage du pays… Les politiques attendent les conseils, le poids et l’action qui viennent de l’extérieur qui leur impose les solutions. Leur ignorance n’est pas le manque d’information, mais leur incapacité à reconnaître cette lacune. Ce n’est pas l’absence de connaissance qui renforce l’ignorance, mais l’illusion d’avoir atteint la vérité. La majorité des politiques doivent être changées. Ce sont des équipes nouvelles avec de nouveaux logiciels qui pourront sauver le pays. Notre région noyée dans le sacré ne fait qu’engloutir le social qui aboutit à la violence. La Syrie semble se convertir à la paix, mais il faut qu’Israël retrouve le chemin de cette paix. Il reste les Palestiniens et surtout Gaza, une société délaissée, affamée, meurtrie que le monde traîne à secourir.
Enfin il existe pour le Liban une voie pour l’espoir que doit dessiner le président de la République Joseph Aoun et l’équipe gouvernementale avec son président Nawaf Salam. Tout le pays attend le plan de sauvetage, les réformes et surtout leur mise en application. Sinon on risque d’attendre une soupe de galets (tabkhit bahess). Nos responsables doivent travailler avec l’Amérique des grands principes démocratiques, des droits de l’homme, du droit international et éviter la vague de l’Amérique mercantile.
Adel AKL
Psychiatre, psychanalyste
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