Des panneaux indiquent la direction à suivre pour le dépistage de la rougeole sur le parking du Seminole Hospital District en face du Wigwam Stadium, le 27 février 2025 à Seminole, au Texas. Jan Sonnenmair/AFP
La recrudescence de la rougeole dans le monde depuis 2023 inquiète le Liban. Touché depuis 2019 par des crises successives, le pays du Cèdre est « en danger si la population ne prend pas conscience de l’importance de faire vacciner ses enfants », met en garde la Dr Randa Hamadé, directrice des soins de santé primaire au sein du ministère de la Santé. La maladie infectieuse étant des plus contagieuses et particulièrement virulente au risque d’entraîner la mort, la recommandation expresse de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du ministère de la Santé est de faire vacciner les enfants sans plus tarder. D’autant que le taux de vaccination au Liban est insuffisant.
« Le Liban est un pays endémique de rougeole », renchérit le Dr Gérard Wakim, président fondateur du département de pédiatrie à l’hôpital LAU-MCRH (Hôpital Rizk-Centre médical de l'Université libano-américaine) et professeur adjoint de clinique. Car le pays est ouvert aux déplacements de réfugiés de Syrie où la plupart des enfants ne sont pas vaccinés à cause de la guerre. Il est aussi le terrain de déplacements internes depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 8 octobre 2023, malgré la trêve entrée en vigueur le 27 novembre 2024. « Les déplacés vivent dans des conditions sanitaires précaires », note la Dr Hamadé, évoquant « des risques plus importants de contagion ». « La rougeole est hautement contagieuse, chaque cas confirmé pouvant contaminer jusqu’à 18 personnes », complète le Dr Wakim.
Quelque 80 cas de rougeole ont été confirmés au Liban en 2024, selon les chiffres de l’OMS. « Sur quatre millions d’individus, ce n’est pas énorme, mais le risque épidémique est important car les enfants déplacés sont fragilisés par les restrictions d’hygiène, de nourriture et d’eau », observe le pédiatre.
Également montrée du doigt, la « baisse dramatique » de la vaccination nationale contre la rougeole. Selon la cheffe de l’équipe technique au sein de l’OMS-Liban, la Dr Alissar Rady, « le taux estimé de vaccination au Liban a chuté à 53 % ». Bien loin du « taux recommandé par l’OMS de 93 % » et des chiffres affichés par les autorités libanaises : « Avant le Covid-19, le Liban avait atteint un taux de vaccination de 96 % contre la rougeole et de 98 % contre la polio. Mais depuis, en sus des crises nationales, les vaccinations des enfants ont baissé à 68 %, comme dans de nombreux pays, car les parents ont oublié de vacciner leurs enfants contre les maladies infantiles », tempère la Dr Randa Hamadé, reconnaissant que cela reste « insuffisant ». Dans le cadre d’une campagne de prévention en décembre 2024, le ministère de la Santé a vacciné contre la rougeole (et la polio) tous les enfants de 0 à 10 ans qui arrivaient de Syrie, notamment. « Le taux de vaccination est remonté à 84 % », assure la responsable.
Il faut aussi compter avec l’explosion des cas de rougeole dans le monde. En 2023, près de 10,3 millions de cas de rougeole ont été répertoriés par l’OMS et les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC), en augmentation de 20 % par rapport à 2022. Durant la même période, le nombre de décès a été estimé à 107 500, principalement chez les enfants de moins de cinq ans non vaccinés ou sous-vaccinés, selon l’OMS.
Ce qui inquiète particulièrement, c’est que l’augmentation du nombre d’atteintes touche l’Europe et les États-Unis. À titre d’exemple, le nombre de cas a doublé en France en 2024, passant à 127 000 cas. En 2023, l’Hexagone comptait déjà 28 décès. Aux États-Unis, où la rougeole avait été éradiquée en 2000 grâce à la vaccination, les CDC ont confirmé 712 cas entre le 1er janvier et le 10 avril 2025, parmi lesquels deux décès confirmés et un troisième sous investigation, tous non vaccinés. Plus du tiers des atteintes ont émergé au sein de la communauté mennonite du Texas, un mouvement chrétien évangélique réputé « antivax ». Et le ministre de la Santé de l’administration Trump, Robert Kennedy Jr, vaccinosceptique assumé, est accusé de ne pas en faire assez contre la flambée de rougeole.
Une très forte fièvre suivie d'éruption de boutons...
« La rougeole est une maladie grave qui touche les jeunes enfants et plus rarement les adultes, généralement en période d’épidémie. Elle se présente sous forme de fièvre très forte de plus de 40° accompagnée d’éruption de boutons sur tout le corps au bout de quelques jours », décrit le Dr Gérard Wakim. D’autres symptômes peuvent aussi apparaître comme le rhume, la toux, l’infection des yeux, des oreilles et de la gorge.
Si son évolution est le plus souvent bénigne, la rougeole présente aussi des complications comme (par ordre de fréquence) la diarrhée, l’otite moyenne aiguë, l’infection des voies respiratoires, la pneumonie virale ou bactérienne, la méningite, l’encéphalite aiguë postrougeoleuse survenant le plus souvent une à deux semaines après l’éruption et la panencéphalite subaiguë sclérosante survenant en moyenne sept ans après l’éruption (généralement à l’âge adulte), énumère la Dr Alissar Rady.
« L’enfant peut être handicapé à vie des suites de la rougeole, il risque de souffrir de cécité et de surdité et dans certains cas rares les complications peuvent entraîner la mort », met en garde la Dr Hamadé, précisant que les premières causes de décès sont la pneumonie chez l’enfant et l’encéphalite aiguë chez l’adulte. D’où la nécessité pour les parents de consulter rapidement, et pour les pédiatres de rapporter toute atteinte et toute suspicion auprès du ministère de la Santé, afin que des tests de sérologie soient réalisés.
« Le vaccin est le seul moyen d’éviter la rougeole et d’éradiquer la maladie », assure la représentante de l’OMS-Liban, soulignant que « l’homme représente l’unique réservoir du virus ». « Faites vacciner vos enfants contre la rougeole sans plus tarder ! Le vaccin est disponible gratuitement dans tous les centres de santé primaire, les cliniques itinérantes et auprès des pédiatres », insiste, dans la même veine, la responsable des soins de santé primaire au ministère de la Santé. Si en Occident les enfants reçoivent deux doses de vaccin, au Liban le ministère de la Santé recommande « trois doses de vaccin, à 9 mois, 1 an et 18 mois (avec le triple vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons) ».




Que les autorités ouvrent des dispensaires dans toutes les régions du pays en appelant les parents à faire vacciner leurs enfants gratuitement au lieu de faire des statistiques morbides. Se faire soigner au Liban est devenu un luxe et une manne pour les responsables de la bonne santé des citoyens.
12 h 44, le 15 avril 2025