Un enfant se faisant vacciner à Beyrouth, le 21 juin 2021. Fouad Choufany/Unicef
Les taux de vaccination des enfants – notamment contre la rougeole, la polio et l’hépatite – ont chuté dans le monde entier, selon un rapport publié par l’Organisation mondiale de la santé à la mi-juillet. Cette tendance a également affecté le Liban, mais l’Unicef et le ministère libanais de la Santé ont affirmé à L’Orient Today qu’ils se sont associés pour changer la donne.
« Le rapport considère les enfants comme vaccinés ou non selon qu’ils ont reçu la dose complète de vaccin et s’ils l’ont reçue à l’âge requis, explique le Dr Bhrigu Kapuria, spécialiste de la vaccination à l’Unicef au Liban. Si un enfant a reçu deux doses d’un vaccin à trois doses, le rapport ne le considère pas comme vacciné. » « Au Liban, seuls 55 % des enfants de moins d’un an ont reçu toutes les doses de vaccin nécessaires et opportunes », ajoute-t-il.
Centres de vaccination mobiles et stockage à l’énergie solaire
En réponse à un système de santé publique mis à rude épreuve par un manque de financement adéquat et une crise économique et politique permanente, l’Unicef a gratuitement fourni au Liban des vaccins, sans distinction de nationalité.
Les efforts de l’agence de l’ONU sont étroitement liés à ceux du ministère de la Santé. En collaboration avec les infirmières et les médecins du secteur public, 125 centres de santé ont été créés dans tout le pays pour administrer les vaccins et fournir d’autres services essentiels. Plus de 1 000 infirmières ont été formées à l’administration des vaccins. Pour préserver la qualité des injections, ils doivent être conservés à une température inférieure à zéro degré Celsius. Plus de 1 000 congélateurs à énergie solaire ont donc été distribués à ces centres, ce qui permet de pallier les pénuries d’électricité fournie par l’État ou de carburant pour les groupes électrogènes.
Cependant, le coût du transport vers les centres de soins peut constituer un obstacle pour certaines familles, surtout en l’absence d’un système de transport public généralisé. C’est pourquoi l’Unicef a lancé en 2022 un programme de vaccination mobile qui se poursuit. « Nous avons vacciné 300 000 enfants et adolescents, explique le Dr Kapuria. Nous nous sommes dit que s’ils ne pouvaient pas venir à nous, nous irions à eux. » Un autre problème se pose lorsque les familles ayant plusieurs enfants choisissent de ne se rendre qu’une seule fois dans les centres de santé pour faire vacciner tous leurs enfants, ce qui peut retarder l’administration des doses requises. En outre, la loi libanaise exige une preuve de vaccination pour l’inscription à l’école, ce qui pousse certains parents à attendre ce délai pour vacciner leurs enfants, contrairement à ce qui est recommandé pour une efficacité optimale du vaccin. « La plupart des vaccins doivent être administrés au cours des deux premières années de la vie de l’enfant, qui va généralement à l’école à l’âge de trois ou quatre ans », rappelle le Dr Kapuria.
En 2023, le nombre de cas de rougeole a augmenté de façon spectaculaire. Le Liban enregistrait ainsi son chiffre le plus élevé en la matière au cours des trois dernières années. « La rougeole ne peut être évitée que d’une seule manière : la vaccination, insiste le Dr Kapuria. C’est ce que nous répétons aux parents qui amènent leurs enfants dans nos centres et qui hésitent à les faire vacciner. »
Baisse de 27 % des taux de vaccination en 2023
Randa Hamadé, cheffe du département des soins de santé primaires et de la santé sociale au ministère de la Santé, note pour sa part que « la pandémie de Covid-19 et la crise économique au Liban ont grandement contribué à la baisse significative des taux de vaccination ». Selon la médecin, le taux de vaccination des enfants a chuté de 27 % au Liban en 2023. Ces dernières années, le taux de vaccination contre les oreillons et la rougeole s’élevait à environ 100 %, mais il est tombé à 92 % l’année dernière, indique Dr Hamadé, tandis que le taux de vaccination contre la polio est tombé à 85 %. Selon le ministère de la Santé, le Liban est exempt de polio depuis 20 ans.
En réponse à ces défis, le ministère, en collaboration avec celui de l’Éducation et avec le soutien de l’Unicef, a mis en œuvre le « Programme national de vaccination ».
« Je suis optimiste quant à l’amélioration de ces taux en 2024. Nous organisons actuellement de nombreuses campagnes dans le cadre de ce programme, en collaboration avec l’OMS, l’Unicef et la Croix-Rouge libanaise. Nous faisons du porte-à-porte, menons des activités de sensibilisation et impliquons les parents et les écoles, explique Randa Hamadé. Cette initiative exige des écoles qu’elles s’assurent que les élèves sont vaccinés avant l’inscription, ce qui entraîne souvent une augmentation des taux de vaccination pendant cette période. » Les vaccins requis pour l’inscription sont principalement la rougeole, la polio et l’hépatite. Celui contre le Covid n’est pas encore obligatoire pour l’inscription à l’école, selon le ministère de la Santé.
« Nous nous en sortions mieux avant 2021, avant la crise, regrette Dr Hamadé. Mais nous tenons à ce que le ministère de la Santé continue de sensibiliser la population et nous espérons atteindre le jour où 100 % des enfants au Liban seront vaccinés. »



