Avec ses 11 musiciens, l’Orchestre de légumes de Vienne porte bien son nom. Photo tirée de leur page Facebook
Dans la nuit des temps, le balafon (ancêtre du xylophone), le chalumeau de jonc, le roseau taillé pastoral et autres courges- tambours résonnaient pour tenter de créer une mélodie. Toute une musique du passé tirée de la nature à laquelle vient s’ajouter à présent, et dans le même registre, l’Orchestre de légumes de Vienne. Une formation de 11 musiciens qui souffle dans des carottes taillées des airs d’instruments à vent, tape des percussions sur des navets, frotte des cymbales d’aubergines, fait vibrer des fibres de rhubarbe et bruisse du persil et des légumes verts. Il ne s’agit pas ici d’une simple performance ludique mais du fruit d’une expérimentation élaborée qui vient de faire son entrée dans le Guinness des records. « Tout au long de ses dix années d’histoire, cet ensemble a concocté de nouveaux succès. Il a donné 344 concerts joués sur des légumes instrumentaux, devenant officiellement le détenteur du record incontesté d’un orchestre de légumes », écrit à leur sujet le Guinness. Ce genre insolite, inattendu, qui pourrait même sembler anecdotique, existe mais n’avait jamais atteint ce degré de parfaite créativité. D’autant que les onze musiciens qui composent cet orchestre « peu orthodoxe » se sont laissé emporter par leur inspiration newlook, tout en évoluant dans ce temple de la grande musique qu’est Vienne, en se faisant l’écho des grands compositeurs du classicisme viennois, Beethoven, Schubert, Mozart ou Brahms.
Du sérieux sans se prendre au sérieux. Photo tirée de leur page Facebook
Une musicalité tirée du panier de la ménagère
Au départ, ces musiciens de diverses formations, (classique, électronique, rock et punk), tous viennois, se sont retrouvés un jour de février de l’année 1998 pour réfléchir et discuter, autour d’une soupe, sur les origines du son. Influencés par le musicien John Cage et le compositeur de musique électronique Aphex Twin, le groupe est constamment à la recherche de nouvelles sonorités et d’instruments inédits. Convaincus qu’il leur est possible de produire des sons pouvant provenir d’instruments autres que les traditionnels, ils en déduisent qu’ « on peut, par exemple, ramener à la surface la vie sonore cachée des légumes et la révéler en représentation ! » Ils passent donc à l’action, ou plutôt à l’exécution, devenant de drôles de luthiers, archetiers et accordeurs. À l’aide de perceuses, de couteaux et d’autres ustensiles de cuisine, ils transforment les légumes en flûtes, marimbas, clarinettes, violons et bien plus encore. Le groupe, qui qualifie sa musique de « style végétal » affirme sur son site que le véritable objectif de ses partitions est de démontrer que la musique peut provenir de toutes sortes d’objets et de lieux, même un supermarché ! « Vous pouvez faire de la musique avec presque tout, chaque chose contient une qualité acoustique très spécifique et représente un univers sonore complexe ». À partir de cette conviction, presque une philosophie, ils ont créé des œuvres pour leurs instruments tirés tout simplement du panier de la ménagère et qui, par la grâce de leur magie et de leur talent, génère une atmosphère musicalement et esthétiquement unique.
Des concerts partout
Cette particularité leur a ouvert les portes des salles de concert du monde entier, toujours couronnés par un grand succès. On les retrouve aussi participant régulièrement à des festivals et à d’important événements musicaux, avec une programmation variée qui couvre aussi bien le souffle classique que les influences contemporaines : house, beat, électronique, expérimentale, free jazz, noise, dub (genre de remixage de ragga) ou encore glitch (un genre de musique électronique expérimentale). L’horizon musical de l’ensemble s’élargit constamment, en même temps que l’exploration technique des légumes : « Un instrument mélodique comme la flûte à bec de carotte ou la marimba de radis doit pouvoir donner la résonance voulue aussi longtemps que dure la chanson», pensent-ils. Plusieurs albums de leur cru donnent le ton, parmi lesquels The Green Album et Onionoise. « Certaines personnes ont besoin d’ordinateurs et de synthétiseurs complexes pour créer des craquements et des bruits indéfinissables, des sifflements et des rugissements, des grincements et des cris. Mais c’est aussi possible tout naturellement avec des légumes », écrit à leur sujet l’hebdomadaire viennois Falter.
Après le spectacle, place à la dégustation
Ces instruments sont naturellement à usage unique. C’est pourquoi le groupe a engagé un chef qui transforme tous les légumes inutilisés après leur transformation en une soupe que les spectateurs sont invités à déguster après le spectacle. Auparavant, ceux-ci trouveront à leur arrivée, posée sur la scène encore vide, une grande et belle citrouille annonçant la couleur de la performance. Elle joue le rôle d’un rideau que l’on écartera, pour l’apparition de l’ensemble et de ses drôles d’instruments. Cet événement d’un nouveau genre sera d’ailleurs présenté durant leur prochaine tournée à Tokyo et au Museum of Science à Trento, après avoir joué au London’s Royal Albert Hall et au Shanghai Arts Center. Comme on peut s’en douter, l’incontournable question « Etes-vous végétariens ? » leur est systématiquement posée. : «Non, nous ne le sommes pas et on nous a posé cette question des milliers de fois ! », répètent-ils.


